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18 février 2007 7 18 /02 /février /2007 07:58

Arrivé à Nara, non loin de Kyoto et très près d’Osaka, où je passe mes derniers jours au Japon, les dames du centre d’information me proposent les services d’une étudiante anglophone qui peut me faire visiter la ville. Pour une fois, me dis-je, pourquoi pas.

Au temple Todai-ji, il y a beaucoup de monde en raison d’une « fête nationale ». Je demande à ma guide, Maliko, ce que l’on commémore. Elle n’en sait rien. Après investigation, elle me dit qu’aujourd’hui est la célébration de la fondation de la nation japonaise. Bien, et quand a-t-elle eu lieu, cette fondation ? Elle comprend mal ma question. Je dois répéter plusieurs fois, en changeant habilement de vocabulaire pour le rendre le plus transparent possible. Voyez-vous, les Américains, on sait quand ils sont devenus une nation indépendante, on le sait pour les Irlandais, pour les Australiens, pour les Italiens. Les Français commémore leur République, les Chinois la prise du pouvoir du parti communiste, mais les Japonais ? L’origine de la nation semble se perdre dans une antiquité sans écriture et sans témoignage assuré. Maliko ne peut répondre, mais elle promet de demander à un prêtre (!) et doit déjà regretter d’être tombée sur en enquiquineur de mon acabit.

Nous faisons la visite classique des vieux temples bouddhistes, de la vieille pagode, du sanctuaire shinto, rien ne manque. Le parc où se rassemblent les sites historiques sont pleins de cerfs ou de chevreuils totalement domestiqués et nullement effrayés par les touristes qui les nourrissent. Ce sont plutôt eux qui font pleurer les enfants de moins de six ans. Moi, gamin, j’aurais fait dans mon froc de voir s’approcher ces énormes bestioles aux visages indéchiffrables et plus grandes que les plus grands chiens.

Nous passons devant une cloche que, tous les ans, au mois de décembre, les moines font sonner 108 fois « pour combattre les 108 désirs mondains ». J’arrête ma guide et je lui dis : « 108 ? Je ne vais pas te demander de me les réciter tous, mais 108… As-tu 108 désirs différents, toi, Maliko ? Et dis-moi un peu, qu’est-ce qu’un désir qui n’est pas mondain ? » Elle s’en sort en parlant de numérologie, que 1+0+8 ça fait 9, et que le neuf est un chiffre magique, etc. Mouais, dès qu’on se lance dans les croyances magiques, tout est ouvert, et tout a un sens caché que les initiés peuvent dévoiler avec des airs intelligents. C’est pratique, la numérologie, ça évite de réfléchir sur la place des désirs dans notre vie.

Dans le sanctuaire shinto, je la filme en train de faire la prière rituelle, pour montrer à mes étudiants. Lancer une pièce, s’incliner deux fois, puis frapper deux fois dans les mains, puis s’incliner profondément une dernière fois. C’est chouette qu’il y ait des règles claires, cela permet au touriste de s’y retrouver.

Au moment de partir, elle me montre un vieil arbre qui dépasse des toits. Vieux de 800 ans, l’arbre a été conservé car, dit Maliko, les Japonais respectent la nature. Elle répète plusieurs fois que les Japonais respectent la nature, et est un peu troublée de mon manque de réaction. Je ne dis rien pour ne pas créer la polémique, mais je doute beaucoup que qui que ce soit respecte la nature. Laisser pousser les vieux arbres, tout le monde le fait peu ou prou, et croire que les vents et les nuages sont des dieux, nous sommes tous passés par là…

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Published by Guillaume - dans Japon
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