Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Rechercher

Archives

4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 10:03

Dès que j'ai posé le pied à Shanghai, je me suis senti chez moi.

 

Dès l'aéroport de Pudong, j'ai tenu à prendre le bus pour aller au centre ville. Je sais que la ligne 2 du métro permet de s'y rendre plus rapidement, mais je voulais voir les paysages, et l'urbanisation du grand est de Shanghai.

 

Pu Dong, cela signifie "Est de la rivière Pu" (ou Huang Pu). Et Pudong, c'est la grande ville nouvelle qui pousse, depuis les années 90, de l'autre côté du fleuve, par rapport au Shanghai historique. Les images habituelles de Pudong, ce sont des gratte-ciel et une forêt de tours.

 

Or, ce qui m'a surpris dans le bus, et même ému, c'est combien Pudong est resté agricole. Sur des kilomètres, entre l'aéroport et la ville, de nombreux petits champs vallonnés restent cultivés à l'ancienne, indifférents aux autoroutes aériennes qui passent au-dessus d'eux.

 

Arrivé sur la Pace du Peuple, je suis descendu du bus et j'ai eu l'immense plaisir de me retrouver devant le fameux pilier autoroutier entouré de dragons. La légende raconte que lorsqu'on a voulu construire ces nouveaux axes de transport, une maman dragon, enceinte, habitait précisément là, et qu'un moine bouddhiste a réussi à la convaincre de déménager, afin de continuer le chantier. La maman dragon a accepté, à condition que ses petits soient les maîtres du pilier central.

J'ai flâné au bord de ces grandes routes, car un petit peuple vit tranquillement, juste à côté des millions de voitures. Les petites boutiques ne sont pas plus perturbées par le trafic intense. Je m'arrête pour déjeuner dans un minuscule bouiboui : même pas une salle, mais un simple renfoncement dans la façade, où le cuisinier a à peine la place de disposer les différentes gamelles parmi lesquelles nous pouvons choisir pour garnir notre plateau.

 

J'ai perdu tout mon chinois. Je pointe du doigt ce que je veux, du riz, de la viande et des légumes. Le gérant me sert et me montre les billets que je dois donner. Je trouve un tabouret sur le trottoir et mange en compagnie de Chinois qui fument et me regardent sans être étonnés.

Repost 0
Published by Guillaume - dans Voyages
commenter cet article
16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 08:58

 

 

Cette vidéo est un bon exemple de ce qu'il ne faut plus faire dans le récit de voyage contemporain.

 

A priori, tout est réuni pour que j'aime ce film. Une femme de mon âge, belle comme le jour, qui aime la solitude, le voyage, la montagne, la marche à pied, l'aventure et l'Asie. Elle est sans aucun doute sympathique et pleine de vie, bref elle a tout pour plaire. Pourtant, je suis mal à l'aise du début à la fin de cette bande annonce.

 

Dès les premières images, après une courte introduction sur l'itinéraire d'Alexandra David-Néel en 1923, on voit Priscilla Telmon parler à une femme autochtone, qui est peut-être chinoise mais peut-être pas. Elle lui dit : "Fa Guo, Fa Guo Ren. Wo Jiao Priscilla. Pri - Sci - La. Priscilla." Je traduis : "France, Française, je m'appelle Priscilla." On comprend que c'est là une bonne manière de présenter l'héroïne au spectateur, en pleine action, en conversation avec une paysanne. Sauf que la paysanne a l'air d'être importunée par cette touriste envahissante, et de plus, on comprend que Priscilla, dans les rencontres furtives que propose le voyage, tient avant tout à parler d'elle-même aux indigènes.

 

Je précise que sa prononciation du chinois est incorrecte : elle prononce "Ren" en roulant le "r", comme si l'alphabet du pinyin répondait aux mêmes règles que les langues européennes. La prononciation de "Ren", qui veut dire "homme, personne", se situe plutôt "Wen" et le son "Jen". Ce n'est pas très grave, me dira-t-on, mais cela signifie que Telmon n'a pas fait le minimum d'effort linguistique pour paraître au point. Nous sommes devant un phénomène de poudre aux yeux presque délibéré.

 

Ensuite on la voit marcher de sa belle silhouette, et moi cela me va. S'il n'y avait pas de voix off, pas d'action, pas d'"engagement", pas de quête spirituelle, je me satisferais de regarder Priscilla Telmon marcher, dans des tenues différentes, à des rythmes divers, dans l'eau et sur les crêtes.

 

Malheureusement, on la voit prier, ce qui n'est pas le plus ridicule.

 

Arrive le titre, Tibet interdit, avec ce qu'il charrie de clichés sur le Tibet et la Chine. La voix off dit que les peuples de l'Himalaya sont menacés, je cite, "par la marche du monde et l'avancée des armées chinoises". C'est tout dire. On se demande qui, de l'armée chinoise ou de la marche du monde, est le plus destructeur des mille peuples de l'Himalaya.

 

Elle prétend parler du Dalai Lama avec un Tibétain. Un seul mot est prononcé : "Dalai Lama". On veut nous faire croire qu'il y a eu rencontre, je crois. L'aventurière lui donne un papier bleu - peut-être une photo du Dalai Lama - qu'il s'empresse de mettre sous son manteau avant de déguerpir. Bien. Il est vrai que la liberté de parole n'est pas plus garantie en Chine qu'au Tibet, mais que cherche-t-elle à montrer, cette voyageuse aux pieds rapides, en faisant comme des millions d'étrangers qui se rendent au Tibet (car ce n'est nullement interdit d'y pénétrer), de leur parler du Dalai Lama et de leur en donner des images ?

 

Le film est cadré de manière à faire croire que la Française est seule parmi un peuple quasiment intouché, ce qui est une illusion car dans ces lieux grouillent de nombreux touristes, randonneurs, chercheurs et journalistes. Et les jeunes Tibétains n'aiment rien tant que faire sonner leur téléphone portable quand ils marchent dans les montagnes. Je le sais, j'ai dû supporter de la pop indienne à fond dans les montagnes sacrées du Sichuan tibétain, il y a quelques années.

 

Je ne sais ce qui est le plus embarrassant, dans ces quelques minutes de vidéo. Est-ce d'entendre Priscilla s'exclamer à voix haute : "Alexandra! Nous y sommes!" ? Est-ce d'entendre parler d'un itinéraire qui mêle aventure et "cheminement intérieur" ? Est-ce de la voir soigner un vieux ? Est-ce la voir faire des acrobaties comme dans un programme de télé-réalité ? Tout cela galvaude tellement l'idée du voyage.

 

Quand les "flics" empêchent l'équipe de télévision française de continuer la marche avec les Tibétains, Priscilla pleure devant la caméra en rageant : "Je les hais, putain, je les hais!" Ah oui, en effet, il ne fait pas de doute que notre aventurière ne mâche pas ses mots et qu'elle a le courage de ses opinions.

 

Il semble y avoir un grand affaiblissement du récit de voyage dans la génération des auteurs/réalisateurs qui sont nés dans les années 70. Ma génération. Les uns et les autres mettent en avant un objectif humanitaire qui sert de paravent à toutes les putasseries.

 

Au fond, ce que fait Telmon au Tibet rejoint tout un courant d'écrivains voyageurs contemporains qui sont guidés par une vision du monde simpliste. Ce que j'ai écrit à propos d'une journaliste française dans le Xinjiang peut être réédité ici. C'est la pauvreté esthétique, historique conceptuelle des voyageurs humanitaires.

Repost 0
Published by Guillaume - dans Voyages
commenter cet article
18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 07:12
Puis nous sommes allés dans le Yunnan avec Mimique. J'en garde un souvenir doux amer, puisque c'est depuis ce voyage que Mimique en a eu marre de mon sale caractère et a pris de la distance, pas seulement avec moi, mais avec toute la communauté française. J'ai été sans aucun doute plus emmerdant que nature.
Par exemple à Lijiang, dans les magasins d'articles en laine du Yunnan. C'était à l'époque où Lijiang était déjà bondé de touristes mais pas encore considéré comme perdu par les Chinois. (Quand j'ai entendu des Shanghaiens dire qu'il y avait trop de touristes et qu'il ne fallait plus y aller, je me suis dit que le vers était vraiment dans le fruit, quel que soit le sens qu'on puisse accorder à cette expression en l'occurrence.)
Moi je voulais acheter une écharpe, et plus si affinité, mais je ne pouvais me résoudre à ces prix exorbitants. Non seulement c'était cher, mais il n'y avait pas de marchandage possible.
J'ai commis l'erreur d'être inflexible. Mimique était dans une situation désespérée : d'un côté il me montrait qu'il ne pouvait en aucun cas faire baisser les prix, et de l'autre il montrait à ses compatriotes que son ami étranger n'apportait aucune plus-value.
Je ne sais plus ce qui a débloqué la situation : je crois bien que Mimique a payé un peu plus sans me le dire pour faire passer la pillule. J'avais refusé cela bien sûr, mais il est possible qu'il l'ait fait quand même. A moins que, devant les prix implacables, j'eusse décidé de ne prendre qu'un article et de laisser tous ceux que j'avais mis en balance d'un bon deal des campagnes, et qui aurait fait gagner beaucoup plus d'argent au commerçant.
Dans tous les cas, Mimique a perdu la face à cause de moi, c'est ce qui m'est apparu beaucoup plus tard.
Du point de vue global des échanges entre les cultures, je n'avais pas tort : j'agissais naïvement et sincèrement comme un Européen qui refuse de se faire plumer. Et c'est un fait, les Asiatiques devront faire avec ces étrangers-là, de plus en plus nombreux. C'est une des conséquences de l'ouverture, et c'est par des moments d'échec comme ceux-là que les commerçants finiront par respecter les étrangers.
C'est du point de vue de mon amitié avec Mimique que j'ai eu tort. J'aurais dû lui laisser le beau rôle, payer mon écharpe quelques dizaines de yuans supplémentaires, m'extasier de sa roublardise, faire les yeux doux aux vendeuses.
Au final, remarquez bien, je n'ai pas regretté cet achat : cette écharpe est la plus chaude et la plus élégante que j'aie jamais portée.
Repost 0
Published by Guillaume - dans Voyages
commenter cet article
19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 21:54

C'est bien simple, depuis que je suis en Angleterre, je mange chinois. Ce n'est pas que je fuie la nouriture anglaise, bien au contraire, je cours après les frites et les filets de morue, mais je n'ai pas le choix, ce que je vois de plus appétissant, et même de seuls restaurants dans mes prix, ce sont les buffets chinois.
Je mentirais si je disais que cela ne me réjouit pas intimement et ne me ramène pas à de délicieux souvenir dans mon pays d'adoption.
A Liverpool, comme à Manchester, un quartier chinois expose une belle arche colorée et propose au promeneur toutes sortes de restaurants ouverts toute la journée. Pour six livres (à peu près 100 yuan RMB), on peut manger à volonté.
La coquetterie anglaise va jusqu'à traduire les noms de rue en chinois. Je dis que c'est de la coquetterie car, let's face it, les Chinois savent lire l'anglais, ils n'ont nullement besoin de traduction. Ce signalement est fait en direction des Occidentaux, pour leur montrer que Liverpool a évolué depuis l'infâme et lucrative époque du commerce triangulaire, de la traite des esclaves et du colonialisme.
Par ailleurs, les Chinois, et le mandarin, c'est classe, cela fait ouvert sur le monde, presque lettré. Il n'y a pas de quartier africain, (qui ferait classe aussi, notez bien.) 

Repost 0
Published by Guillaume - dans Voyages
commenter cet article
18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 11:04
Photo prise sur un site dont j'ai oublié l'adresse ©

Je l’ai découvert en déambulant au hasard. Une arche à la chinoise m’avait attiré l’œil. Et en effet, sur une ou deux rue, que des Chinois et des magasins, des restaurants asiatiques.

Pas bête d’avoir souligné leur présence par un signalement urbain reconnaissable. Le quartier est moins grand que celui de Paris, à peu près de la taille, sinon plus petit, que celui de Lyon, et pourtant il fait pleinement partie de la nouvelle identité de Manchester, qui cherche à se donner une image d'ouverture, de tolérance, de multiculturalisme.
Pourquoi ne ferions-nous pas, nous Français, des quartiers français, comme les Chinois ? Des restaurants à pris variés, des jolies filles et des femmes élégantes, des parfumeurs sauvages, des librairies crasseuses, quelques éléments de prostitution bien comprise, nous aurions un succès considérable. Notre économie aurait de nouveaux débouchés. Notre jeunesse aurait des endroits où aller dans le monde entier. Ce serait peut-être plus efficace et moins coûteux que les alliances françaises et autres instituts super balaises.

Allez, camarades Français, encore un effort pour imiter nos amis chinois !

Repost 0
Published by Guillaume - dans Voyages
commenter cet article
8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 10:14
Je sais que j'ai déjà fait le coup plusieurs fois, mais là c'est sûr, c'est officiel de tous les côtés. Je quitte la Chine dans un mois, jour pour jour.
Je pars du pays où j'ai réalisé plusieurs de mes rêves de gosses pour aller réaliser un autre rêve : celui d'aller écrire une thèse, et de passer mon temps à cela. Une bourse m'a été généreusement offerte pour que je puisse vivre dans les bibliothèques et les colloques pendant trois ans.
Alors je quitte la Chine et c'est un peu dur. Je sais déjà combien certaines choses vont me manquer, certains visages, certaines voix, une affection dans les contacts. Les massages de pieds, les fruits dans la rue, les restaurants pas chers et délicieux, le son du chinois, la tête des Chinois, le jour qui commence dès 5h30, les soirées au Face bar.
J'ai choisi de ne pas organiser de fête de départ, sauf quelques apéro pour discuter le bout de gras avec ceux qu'on ne croise pas souvent hors des occasions professionnelles. Mais sinon, pas de fêtes, d'abord parce que je n'aime pas trop cela, et ensuite parce que je ne me vois pas très joyeux à l'idée de fêter le fait même que je vais quitter tout ça.
Les différences culturelles impromptues, celles qu'on n'avait pas prévues, les réactions anti-françaises stupides, les déchaînements irrationnels ou le sentimentalisme dégoulinant, tout cela qui, sur le moment, vous fait fuir, mais qui, à terme, après avoir passé la crainte de devenir fou ou dégénéré, vous marque et dessine une nouvelle image de la Chine, encore plus attachante que celle qu'on s'était faite avec les paroles avantageuses lues ou entendues. Ces crises, ces folies, ce nationalisme borné, cette fierté démente, cette arrogance sont en fait les symptômes d'une société qui se transforme et qui a du mal à trtrouver des repères. Alors les gens se recroquevillent sur de pseudo-traditions qui n'ont rien de traditionnelles, ou qui n'ont rien de chinoises.
Jamais je n'aurai eu autant le sentiment du travail colossal qu'une nation doit accomplir, à certaines époques de son histoire. Nous sommes dans le moment chinois de l'humanité, où les problèmes sont affreusement graves, nombreux et intriqués : Il y a trop de Chinois, et en même temps la population vieillit, ce qui va rendre la charge trop lourde pour les générations à venir. Ils doivent se développer économiquement mais en arrêtant de polluer. Ils doivent garantir la paix sociale, ce qui leur rend la démocratie indésirable, mais les dirigeants savent mieux que tout le monde combien les Chinois peuvent devenir explosif quand ils sont à bout.
Nous sommes au moment chinois de l'humanité parce que l'évolution de la Chine va déterminer notre vie à tous. Paix ou conflits majeurs, droit international ou retour à la barbarie du chacun pour soi, planète sur la voie du salut ou pollution globalisée. Les Chinois peuvent rendre l'avenir harmonieux s'ils parviennent à résoudre leurs défis majeurs sans catastrophe, comme ils peuvent faire sombrer le monde dans le chaos. C'est quand même excitant comme enjeu!
C'est aussi pour cela que je suis triste de partir. Il me semble qu'il faudrait justement être là et observer les choses en ce moment, et dans les années à venir. Je suis très curieux de savoir ce qui va se passer avec la crise économique, après les J.O., après l'Exposition universelle de 2010. Curieux de savoir comment vont évoluer les questions tibétaine, ouighour et taiwanaise.
Bon, je ne serai pas très loin, je pourrai toujours lire la presse.
Et puis je reviendrai souvent, car la Chine a changé ma vie, et m'a peut-être rendu plus harmonieux, moi aussi, au fond.
Repost 0
Published by Guillaume - dans Voyages
commenter cet article
22 août 2007 3 22 /08 /août /2007 14:52

En me promenant sur l'île d'Ouessant, le désir m'est venu d'écrire sur les îles. Je voyais des rochers, des vagues, des fleurs sauvages, des phares ; c'était beau mais j'étais un peu étranger à tout cela. J'étais moi-même une île dans cette île.

 


Je pourrais en parler à mon copain Nicolas. Il a pris de nombreuses photos d'une île irlandaise, il en a fait des expositions. Nous pourrions nous associer sur le projet d'un livre sur l'insularité. Beau sujet,  l'insularité. Le philosophe allemand Peter Sloterdijk y consacre un gros chapitre dans son très beau Ecumes. Je pourrais plagier un peu, mine de rien. Deleuze a aussi écrit un bel essai, L'île déserte, que le voyageur peut lire dans un livre posthume. Ce serait plus dur à plagier car, dans mon souvenir, les idées qu'il y développe sont à deux doigts dêtre délirantes, ce qui rend le plagiaire beaucoup plus repérable.

Plus je marchais sur le chemin côtier, plus j'étais séduit par ce livre virtuel. Après avoir écrit sur la fluviatilité, puis sur l'urbanité, il me manquait, dans mon oeuvre précaire, l'insularité, la montagnité, la ruralité, et d'autres "ités" en perspective. En y réfléchissant, je trouvais de plus en plus de livres en rapport plus ou moins direct avec les îles, mais je dois avouer que je n'avais, moi, pas le début d'une idée vraiment personnelle sur la question. Je m'y mettrai, que voulez-vous.



Repost 0
Published by Guillaume - dans Voyages
commenter cet article
7 août 2007 2 07 /08 /août /2007 22:41

Quand j'étouffais à Shanghai au mois de juillet, je ne rêvais que de vent frais, de fine bruine, de ciel bleu clair, de nature et de fleurs. Je me suis donc offert une semaine en Irlande et je n'ai pas regretté. Dominique, qui m'a accueilli à Belfast, a quitté quelques jours sa toute nouvelle - et première - épouse, et il m'a accompagné dans les montagnes Mourne, dans le nord. Pour être frais, c'était frais, et même fermement poisseux aux sommets les plus hauts. Chaque fois que je m'apprêtais à jurer ou à pester contre le froid, le vent ou le brouillard, je repensais à l'air irrespirable de Shanghai en été, et ça me calmait tout de suite.

Nous avons traversé le massif en deux ou trois jours, non sans nous être trompés de chemin ni sans avoir fait d'erreurs d'approvisionnement. Nous avons dû arbitrer nous-mêmes des divergences de vues sur l'itinéraire à prendre, à certains moments cruciaux. Des décisions difficiles furent à prendre : privilégier la vallée au plus grand kilométrage ou les dénivelés de la crête ? Apprécier nos forces, le poids des sacs, la persistance ou la levée du brouillard, l'incertitude des chemins non balisés... de nombreux paramètres nous obligèrent à décider sans être sûrs de l'option choisie. Finalement, nous fîmes des compromis qui ne satisfaisaient personne tout à fait mais qui, comme en politique, ont leur importance psychologique.

 

Nous avons campé au bord d'un lac, nous avons bu l'eau de ce lac, nous nous sommes enfoncés dans les marécages, sommes tombés dans des trous, nous avons longé des murs, nous avons foulé la terre, traversé des rivières, discuté littérature. Une nuit, alors que je dormais, Dominique a lu d'une traite Un roman russe, le dernier livre d'Emmanuel Carrère. Cet homme lit avec une effroyable rapidité, et il retient le moindre détail du livre.

L'un dans l'autre, ce fut un succès sportif et esthétique. Les paysages, variés et inattendus, m'ont empli de beauté naturelle pour quelques jours.

Quelques jours plus tard, j'ai marché au hasard sous la pluie de Dublin. En un mot, j'ai thésaurisé de la fraîcheur avant de me retrouver dans la moiteur.

Repost 0
Published by Guillaume - dans Voyages
commenter cet article
23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 16:24

La vie est si chère en France que je procède à des opérations que j'avais abandonnées depuis l'époque où j'étais étudiant : je compte mon argent. J'économise, je fais gaffe, je me limite, je pense à l'argent. Je fais des calculs sur des feuilles, divisant la somme dont je dispose par le nombre de jours qui me restent sur le territoire européen. Je retranche les dépenses incompressibles, train, avion, rendez-vous business avec des copains et autres connaissances, et je sais ce que je peux dépenser, en moyenne, chaque jour, jusqu'à mon retour à Shanghai. Bon, c'est jouable, mais je ne pourrai pas être aussi généreux que je voudrais l'être. Et je ferai en sorte de ne plus trop traîner dans des librairies.

Sauf que j'ai vu le premier tome de Pérégrinations vers l'ouest disponible à l'achat sans le deuxième tome. Cela économiserait 50 euros et me permettrait d'acheter le deuxième tome l'année prochaine. Oui mais 50 euros pour un bouquin, franchement, par les temps qui courent... En effet, Pérégrinations vers l'ouest, comme Le rêve dans le pavillon rouge, n'est publié en France que dans l'édition de la Pléiade.

C'est en me promenant à Lyon que j'en suis venu à me demander s'il était raisonnable de quitter la Chine, l'année prochaine. Ce n'est pas un pays qu'on quitte, comme ça, sur un coup de tête. Et je suis moins sûr de trouver, en Europe, une vie quotidienne aussi excitante que celle que j'ai en Chine. 

Je commence alors à rêvasser sur des projets qui me fassent rester en Chine, ou en Asie. La dernière rêverie en date : aller travailler dans une province éloignée de Shanghai, dans un endroit plus pauvre, et même plus rural. Connaître de plus près les conditions de vie plus rudimentaires du centre ou de l'ouest, ou du sud, après avoir connu les fastes de Shanghai, où l'argent coule à flots, où les étudiants ne vous écoutent parfois que d'une oreille tant ils sont sous le charme des chants de sirène de l'Entreprise, du Marché, des Stages et des Perspectives mirifiques de carrière.

Retourner dans des lieux où les jeunes ne sont dragués par personne. Les jeunes Shanghaiens, on leur propose tellement de choses qu'ils sont blasés. Il faut peut-être les laisser tranquille et solliciter d'autres Chinois. Revoir les Dong, pourquoi pas ? Ou les gens du Xinjiang.

Compter son argent et faire gaffe là où les gens font gaffe.   

 

Repost 0
Published by Guillaume - dans Voyages
commenter cet article
23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 16:00

Est-ce de vivre en Chine ? Je vois de nombreuses personnes en France dotées d'un type asiatique. Il y a des touristes, certainement, mais surtout un nombre incalculable - ou difficilement calculable par quelqu'un comme moi - qui sont aussi français que moi, mais avec un visage asiatique. Je me surprends à les regarder avec tendresse.

J'aimerais les aborder, leur payer un verre et qu'ils me racontent leur histoire, l'histoire de leur famille. Garçon, deux autres cafés ! Et votre mère alors, d'où vient-elle ?

L'autre jour, j'étais à une terrasse d'une ville nouvelle, où ne vont jamais les touristes. Sur l'esplanade de Villefontaine (Isère), entre le Centre social Simone Signoret et le Casino, un grand marché avait lieu, où l'on pouvait acheter des vêtements, des chapeaux, des chaussures, etc. Je regardais passer les gens et j'étais agréablement surpris par le brassage de populations : des Chinois, de nombreux Vietnamiens, des Noirs d'ébène, des Maghrébins... Et surtout de nombreuses jeunes gens dont on ne pouvait décider si elles étaient françaises du sud ou africaines du nord. Une grande paix se dégageait de ce marché, un matin de juillet 2007.

A la télévision aussi, beaucoup de visages asiatiques. Soit il y a une mode, actuellement, soit la population française se métisse bel et bien. Soit c'est moi qui suis devenu ultra sensible aux indices asiatiques des visages et des gestes. Soit c'est tout cela mélangé.

Repost 0
Published by Guillaume - dans Voyages
commenter cet article