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20 février 2007 2 20 /02 /février /2007 03:46

J’ai enfin compris pourquoi les Japonais sont si différents des autres peuples asiatiques. Sur le Ferry, l’explication de leur jalouse unicité m’a été donnée par la mer. Mer agitée à très agitée. Je recommande à tous les voyageurs qui vont au Japon d’y aller par voie de mer, et de se mettre à la place des flottes anciennes : l’archipel est vraiment difficile d’accès et, quand on parvient à l’atteindre, les hommes sont trop exténués et terrifiés pour se battre sereinement.

Les Mongols ont essayé. Ils avaient déjà la Chine entre leurs mains, ainsi que la Corée, le Tibet, et leur empire était un des plus grand, peut-être le plus grand que le terre ait jamais vu. Ils ont tenté d’envahir le Japon, mais la mer et les vents les ont renvoyés à leurs chères études. Un vent, en particulier, était très mauvais, les Japonais en ont fait une divinité protectrice et l’ont nommé : Kami kaze. Pour nous, le mot kamikaze renvoie à des aviateurs qui n’hésitent pas à mourir dans une action militaire, mais ces aviateurs reprenaient en réalité le nom d’un vent marin. Un vent terrible pour les étrangers.

Quand les Japonais ont voulu se débarrasser des étrangers, au seizième siècle, leur xénophobie n’était pas plus exacerbée que celle qu’on peut voir dans d’autres pays. La différence avec eux est qu’une fois partis, les étrangers ont toutes les peines du monde à revenir.   

Je pensais à tout cela, sur le ferry, en entendant les femmes vomir dans toutes les chambres. Les gens se sont fait vomir incessamment pendant trente heures. Leurs vociférations gutturales se mêlaient aux bruits de sifflement que faisait la mer dans le bateau : on aurait dit des cris d’enfant. Nous traversions « la ceinture de typhons et de vagues » (Bouvier) qui protège le Japon.

Chacun, et même le personnel, se démenait avec une démarche ridicule. Des danses d’ivrognes, des pas de côté, des immobilités soudaines et des pas en arrière. Des pas de débiles mentaux, des démarches précautionneuses de gouvernante qui tient à garder une ligne droite et qui fait de fréquents arrêts.

Je me demandais si je n’allais pas tomber malade, moi aussi. J’avais la chance de ne pas être atteint du mal de mer, et j’étais un des rares à être présent dans la salle à manger pour tous les repas. Il y eut un déjeuner où nous ne fûmes de deux passagers à passer commande.

C’est alors qu’apparut Misa. Une jeune Japonaise qui avait un guide de la Chine écrit en anglais. Elle vint s’asseoir à ma table pour me demander du feu. Nous parlâmes des heures et des heures. En sus d’un visage charmant aux reflets espagnols (son sourire et certains regards me faisaient penser à une actrice latino, mais impossible de me rappeler son nom), elle avait une personnalité adorable, elle était gentille, réfléchie, collectée. Elle avait des valeurs, elle croyait en des choses, elle appréciait la compagnie des hommes. Le temps, avec elle, devenait léger comme une bulle de savon. Quand elle partit se coucher, je n’avais plus aucune idée de l’heure et du lieu.

Et je ne l’ai plus jamais revue. Un ange. J’avais rencontré un ange.

Heureusement, j’ai gardé une trace matérielle d’elle. Un haïku de Basho écrit de sa main sur mon carnet.

 

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19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 05:12

Cela tient du miracle, que j’aie pu attraper le ferry pour Shanghai, en ce mardi matin. Réveillé à Osaka, je n’avais plus d’argent japonais, mais des euros et des yuans RMB, et je n’étais toujours pas certain du lieu d’embarquement, et pour cause, aucune agence de voyage ni aucun point d’information n’avait pu éclairer ma lanterne. Finalement, au port d’Osaka, on me dit qu’il n’y avait pas de bateau aujourd’hui, qu’il fallait aller à Kobe. Là, peut-être bien qu’un départ pour Shanghai était prévu vers midi. Ce manque de rigueur dans l’information me choquait, dans un pays si scrupuleux sur toutes les autres choses de la vie. Les Japonais ont-ils une aversion particulière pour les bateaux ?

Je suis parti pour Kobe, assez pessimiste sur mes chances d’arriver au bon endroit à temps, mais qui ne tente rien n’a rien. Tout le long du trajet, je ne me suis pas séparé d’un calme olympien, car j’ai beaucoup raté de trains, dans ma vie, beaucoup d’avions, de bus, beaucoup de réveils n’ont pas sonné ou ne m’ont pas réveillé le matin. J’ai contracté l’habitude d’échouer une fois sur deux ou trois, cela forge le caractère et aide sans doute à la tranquillité de l’âme. Et puis, j’avoue : rater ce ferry signifiait que je devais attendre quatre jours au Japon avant le prochain, et cela ne me déplaisait pas. Je me voyais bien retourner à Kyoto et y passer encore quelques jours. J’avais le luxe faramineux d’avoir assez d’argent pour cela, pour dormir dans une auberge et manger à ma faim. J’étais le roi du pétrole, voilà ce que j’étais. Le sage précaire enseigne que le bonheur absolu consiste à se promener sans but entre les temples et les sanctuaires de Kyoto, environné de geishas vieillissantes et engloutissant d’épais morceaux de poisson cru.

Au port de Kobe, personne. Sauf un pékin, au loin, qui me fit signe d’approcher. Je m’approche et il m’indique une direction sans décrocher un mot. Dans le hall vide, une hôtesse coquette, en uniforme rose, me dit d’aller au troisième étage, sans me dire pourquoi. Je dis : « Shanghai ? » Elle me sourit sans répondre. Au troisième étage, personne, sauf un bureau avec une femme qui me dit : « Passport ! » Je répète : « Shanghai ? » Oui, c’était pour Shanghai. Mais comment se faisait-il que tout fût aussi vide ? Cela ne pouvait pas être le lieu de transport entre deux des plus actives et nombreuses populations de la planète !

La dame remplit mon billet et, quand elle m’annonça le prix, le moment de vérité final était arrivé : je n’ai pas de yen, mais je peux payer en euros ou en yuans RMB. En France, un coup de ce genre m’aurait laissé en rade. Ici, on a discutaillé en japonais, et on m’a dit d’embarquer, qu’on verra à bord. Chapeau, les Japonais ! La dame m’accompagne à bord, à travers les couloirs. Je m’aperçois que tout e monde avait déjà embarqué, et que les lieux étaient vides parce que j’étais très en retard.

Pas le temps d’apprécier ma victoire sur le hasard que le Ferry faisait bouillir la mer.

 

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18 février 2007 7 18 /02 /février /2007 08:06

En fait, assez vite, j’ai cessé de lui poser des questions et j’ai écouté ces indications avec des ah ! et des oh ! C’était plus simple et ça a considérablement fluidifié notre relation.

A Nara, ancienne capitale du Japon très influencée par la Chine des Tang, les étudiants se font un devoir et un honneur de travailler bénévolement comme guides. Uniquement pour les étrangers, notez, et seulement en langue anglaise. Maliko fait ce travail depuis plus d’un an, à raison de deux ou trois permanences par mois. Elle rencontre des étrangers, elle pratique son anglais et apprend des choses sur sa ville natale dont elle est légitimement très fière. Depuis que je ne lui pose plus de questions, c’est elle qui m’en pose et elle s’amuse beaucoup de mes réponses. Je profite de notre bonne entente pour enregistrer sa voix, lire des inscriptions sur des lanternes. Je l’emmène dans une librairie pour lui faire lire un long poème de Basho. Bizarrement, personne ne fait cela, faire lire aux autochtones des œuvres que nous connaissons en traduction française. Pour moi, c’est une source infinie de plaisir d’entendre les versions originales des poèmes Tang, ou des romans chinois. Je rêve de me faire lire l’Odyssée en grec, mais je me sens très seul dans ce rêve, ce plaisir et cette pratique. Suis-je fou, ou déséquilibré, de vouloir entendre Basho en japonais, après avoir rêvé sur ses poèmes quand j’étais adolescent ?

Je réécoute l’enregistrement d’Au bout d’une ruelle étroite, et la voix de Maliko sert admirablement l’écriture de Basho. Des petites phrases qui partent comme de douces mitraillettes de cailloux. Une langue de sons concassés et qui ne se déplacent que par troupes, par vagues, par escadrons rapides. (Si je savais comment faire, ce serait avec plaisir que je vous montrerais la vidéo.) Une langue quasi indo-européenne, à l’oreille. On pense au turc, au grec, au magyar, au finnois, mais on ne s’imagine pas en extrême orient.

Nous nous quittons bons amis, avec Maliko, sans échanger nos emails, et en nous complimentant sur notre anglais respectif.

 

 

 

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18 février 2007 7 18 /02 /février /2007 07:58

Arrivé à Nara, non loin de Kyoto et très près d’Osaka, où je passe mes derniers jours au Japon, les dames du centre d’information me proposent les services d’une étudiante anglophone qui peut me faire visiter la ville. Pour une fois, me dis-je, pourquoi pas.

Au temple Todai-ji, il y a beaucoup de monde en raison d’une « fête nationale ». Je demande à ma guide, Maliko, ce que l’on commémore. Elle n’en sait rien. Après investigation, elle me dit qu’aujourd’hui est la célébration de la fondation de la nation japonaise. Bien, et quand a-t-elle eu lieu, cette fondation ? Elle comprend mal ma question. Je dois répéter plusieurs fois, en changeant habilement de vocabulaire pour le rendre le plus transparent possible. Voyez-vous, les Américains, on sait quand ils sont devenus une nation indépendante, on le sait pour les Irlandais, pour les Australiens, pour les Italiens. Les Français commémore leur République, les Chinois la prise du pouvoir du parti communiste, mais les Japonais ? L’origine de la nation semble se perdre dans une antiquité sans écriture et sans témoignage assuré. Maliko ne peut répondre, mais elle promet de demander à un prêtre (!) et doit déjà regretter d’être tombée sur en enquiquineur de mon acabit.

Nous faisons la visite classique des vieux temples bouddhistes, de la vieille pagode, du sanctuaire shinto, rien ne manque. Le parc où se rassemblent les sites historiques sont pleins de cerfs ou de chevreuils totalement domestiqués et nullement effrayés par les touristes qui les nourrissent. Ce sont plutôt eux qui font pleurer les enfants de moins de six ans. Moi, gamin, j’aurais fait dans mon froc de voir s’approcher ces énormes bestioles aux visages indéchiffrables et plus grandes que les plus grands chiens.

Nous passons devant une cloche que, tous les ans, au mois de décembre, les moines font sonner 108 fois « pour combattre les 108 désirs mondains ». J’arrête ma guide et je lui dis : « 108 ? Je ne vais pas te demander de me les réciter tous, mais 108… As-tu 108 désirs différents, toi, Maliko ? Et dis-moi un peu, qu’est-ce qu’un désir qui n’est pas mondain ? » Elle s’en sort en parlant de numérologie, que 1+0+8 ça fait 9, et que le neuf est un chiffre magique, etc. Mouais, dès qu’on se lance dans les croyances magiques, tout est ouvert, et tout a un sens caché que les initiés peuvent dévoiler avec des airs intelligents. C’est pratique, la numérologie, ça évite de réfléchir sur la place des désirs dans notre vie.

Dans le sanctuaire shinto, je la filme en train de faire la prière rituelle, pour montrer à mes étudiants. Lancer une pièce, s’incliner deux fois, puis frapper deux fois dans les mains, puis s’incliner profondément une dernière fois. C’est chouette qu’il y ait des règles claires, cela permet au touriste de s’y retrouver.

Au moment de partir, elle me montre un vieil arbre qui dépasse des toits. Vieux de 800 ans, l’arbre a été conservé car, dit Maliko, les Japonais respectent la nature. Elle répète plusieurs fois que les Japonais respectent la nature, et est un peu troublée de mon manque de réaction. Je ne dis rien pour ne pas créer la polémique, mais je doute beaucoup que qui que ce soit respecte la nature. Laisser pousser les vieux arbres, tout le monde le fait peu ou prou, et croire que les vents et les nuages sont des dieux, nous sommes tous passés par là…

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17 février 2007 6 17 /02 /février /2007 07:53

Je connaissais Yukiko pour l’avoir rencontrée à Nankin, il y a un an ou deux. Elle parle français avec un accent irrésistible. Elle dit « histoire d’ameur », « si ça te combien », des choses comme ça.

Elle est très occupée, elle travaille comme architecte, mais elle continue ses études pour obtenir le permis gouvernemental d’architecte agréé, en plus de quoi elle danse dans une troupe de ballet et enseigne l’art de la danse classique. Son emploi du temps est chargé, comme beaucoup de Japonais, mais elle m’a accordé une soirée. A moi d’en faire bon usage. Je l’ai invitée dans le restaurant le plus cher qu’il m’était possible, dans le quartier de Shinjuku, et qui m’a coûté quatre ou cinq nuits d’auberge. Le chef faisait cuire le bœuf et les légumes sur une plaque, devant nous, tandis que Yukiko m’entretenait de son désir d’aller vivre à l’étranger. Si elle travaillait à l’obtention de son permis d’architecte, ce n’était pas par passion pour l’architecture mais pour pouvoir trouver un travail, en France ou ailleurs.

Après le repas, nous nous sommes promenés dans le quartier chaud de Kabuki-cho, où des grands Noirs baraqués ont voulu nous inviter à boire un verre dans un bar à putes. Yukiko a refusé avec la dernière énergie, malgré l’assurance des rabatteurs que ce serait gratuit pour elle. Je ne comprendrai jamais les femmes.

« C’est dangereux, me dit-elle. Ils font payer très cher et après tu as des problèmes.

- Pourquoi ? Regarde, il y a un grand Black pour nous protéger.

- Il n’est pas là pour nous protéger. C’est lui qui va te casser la gueule.

- Ah ? »

Je l’ai regardé avec beaucoup moins d’affection, soudain, ce grand costaud qui nous répétait : « It’s free for the lady. Come on. »

Tu parles pas comme ça de Yukiko, d’abord.

Cette dernière m’a tiré par la main pour me diriger vers un karaoké où j’ai fait d’elle une interview en français pour mes étudiants. Mon ambition était, je crois, de leur montrer, à mes chers étudiants, que les Japonais étaient des gens normaux, c’est-à-dire qu’ils parlaient français. Quelques jours plus tard, je ne saisis plus bien ce qui m’a motivé ce soir-là car, au fond, je ne vois pas pourquoi mes étudiants devraient considérer les Japonais comme anormaux.  

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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 11:53

Les Américains ont voulu comprendre les Japonais, après la guerre, après leur avoir envoyé deux petites bombes atomiques. Nous sommes comme ça, nous, les Occidentaux, nous envoyons des bombes, des armées, et après nous cherchons à comprendre. Cela fait partie de notre charme, je crois, et ce n’est pas étranger à l’amour sans faille que nous inspirons à tous les peuples d’Asie et d’Afrique.

Les Américains ont donc demandé à une anthropologue réputée, Ruth Benedict, d’écrire une étude sur le peuple japonais. En 1946, elle publie Le chrysanthème et le sabre, sans avoir jamais mis le pied au Japon. Nicolas Bouvier dit d’elle que « sa formation lui évite ce péché que commet si souvent l’Occident : vouloir tout ramener à nos catégories. »

Qu’est-ce que c’est que ces catégories qui sont les nôtres et que nous ne partageons pas avec tous les autres hommes ? Franchement je me demande. Je vois bien certaines réalités occidentales, inventées par les Européens, mais critiquées aussi, depuis longtemps, par les Européens mêmes : la philosophie (c’est sujet à débat, quant à savoir si l’on peut appeler les sublimes pensées et sagesses orientales des formes de philosophie à proprement parler), la science expérimentale, la croyance au progrès technique, le commerce et la finance érigés en pratiques respectables et même dominatrices (alors qu’elles étaient méprisées dans toutes les civilisations pré modernes, considérées comme plus bas que la paysannerie, et laissés aux mains des parias à qui l’on refusait tout autre honneur, les juifs chez nous), le libéralisme, le socialisme, les droits de l’homme, la démocratie, l’universalisme (c’est sujet à débat), et enfin l’idée que les hommes ont des « catégories ».

C’est un préjugé d’anthropologue, enraciné dans la mauvaise conscience européenne, de penser que les ethnies, les civilisations, sont complètement différentes les unes des autres. Que l’humanité n’est pas une, mais chamarrée, bigarrée. Ce qui est bien ici est mal là. Montaigne le disait : « Vertus au-delà des Pyrénées, vice en deçà. » Certes, les hommes changent, ils évoluent et ils régressent, mais considérer chaque peuple comme engoncé dans des catégories qui l’influencent inconsciemment, cela me gêne. Si je pense que les femmes sont les égales des hommes, est-ce que je parle sous l’influence de mes catégories ? Si je dis que les Japonais travaillent trop, qu’ils se soucient trop peu de leur qualité de vie, et que cela explique le fait qu’ils ne font plus d’enfants, est-ce que je parle avec les préjugés d’un Français assisté ? Si je dis qu’ils devraient ouvrir leur code de nationalité à leurs minorités brésilienne, coréenne et chinoise, qui, elles, font des enfants, suis-je coupable d’ethnocentrisme ? Est-ce aussi simple que cela ?

En fait, l’Occident moderne ne s’oppose pas tant aux autres civilisations qu’à sa propre histoire. Autrefois, nous aussi nous pensions que les femmes étaient inférieures aux hommes, et un clerc du Moyen-âge aurait ri à l’idée farfelue que le peuple pourrait être consulté pour élire les dirigeants du pays. Les philosophes qui ont pensé que les hommes étaient égaux entre eux ont fait l’effort de penser hors des catégories mentales de leur époque et de leur ethnie. Même chose pour ceux qui ont critiqué l’humanisme et l’universalisme, après la seconde guerre mondiale. Et méfions-nous du relativisme culturel, car le régime chinois est en train de s’en servir à des fins moyennement appréciables. Il dit que la démocratie, c’est un truc d’étranger et que la Chine ne doit pas se laisser imposer un modèle venu de l’extérieur.

Bref, je ne vois qu’une humanité. Partout, il est interdit au commun des mortels de tuer son prochain, de commettre l’inceste (choses qui peuvent être autorisées à des individus considérés comme supérieurs, divins), il y a toujours un système politique pour organiser la vie des gens, toujours une mythologie qui raconte l’origine du monde avec des histoires invraisemblables. Les différences ne sont que de degrés, pas de nature. La propreté est une bonne chose pour tout le monde, sans exception. Mais les Japonais nous ont toujours vus comme sales, et ils ont toujours eu raison. Aujourd’hui, quand un Japonais revient de Paris, il dit que c’est plein de crottes de chien, que ça sent la pisse, que le métro pue. Mais cela ne signifie pas qu’il ne peut pas aussi voir au-delà de la réelle négligence des Français, les signes d’une culture qui vaut son pesant de sumotori.

 

 

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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 02:19

Bamalega, dans un commentaire récent, s'interrogeait sur "l'absence chronique" des mères dans les dessins animés et les bédés japonais. Elle me demandait de voir un peu si je ne pourrais pas trouver une explication, pendant que j'étais au Japon, ou au moins un début d'interprétation.

 

 

J'ai posé la question à un jeune homme et à une jeune fille. Ils n'avaient jamais remarqué cette absence, mais ça ne les étonnait pas vraiment non plus. Ils l'ont très vite expliquée, sans réfléchir, en disant que la solitude de l'enfant l'obligeait à s'endurcir, s'aguerrir, à devenir plus malin. C’est une vertu japonaise, que de se maîtriser et de devenir autonome tôt. Mais il s’agit de devenir dur, comme un samouraï.

La fille a précisé qu’il n’y avait rien de triste là-dedans. Moi, spontanément, j’avais imaginé que les dessins animés en question cherchaient à faire pleurer dans les chaumières, mais je me trompais, comme d’habitude : la mère, ou le père, symbolise la protection, et l’absence de la mère libère la narration, la tend vers l’aventure, l’exercice d’une liberté dangereuse. C’est en effet le principe narratif qui sous-tend Le pays où l’on n’arrive jamais, d’André Dhôtel. Pas de mère, donc pas d’autorité, ou du moins pas d’autorité légitime, donc la rébellion, la fuite, la bagarre deviennent légitimes.

En même temps, nous discutions de cela, mais ni eux ni moi ne connaissions rien à l’univers des mangas. Les deux jeunes gens m’ont dit qu’ils s’étaient détournés des mangas car ces derniers devenaient trop érotiques, ou quasi-érotiques. J’ai alors pensé que j’avais assez d’éléments pour répondre à Bamalega, et j’ai engagé la conversation sur des questions plus ouvertement pornographiques.

 

 

 

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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 12:17

Je tenais a aller a Hiroshima. Je sais bien qu'on apprend rien de nouveau quand on se promene dans des lieux de memoires comme celui-la, mais cela remet les idees en place, peut-etre. On se recueille un peu sur les evenements passes, et on se laisse submerger par certaines emotions. La reproduction des lettres des maires de Hiroshima, adressees aux gouvernements de la France, du Royaume Uni, des Etats-Unis, de la Russie, de L'inde, du Pakistan, et plus recemment de la Coree du nord, qui protestent contre les essais nucleaires, est un moment de lecture bouleversant.

Dans l'exposition du Memorial de la paix, peu d'informations nouvelles mais des choses interessantes, comme l'histoire de la guerre du point de vue japonais. Les Japonais en Chine, les massacres qu'il y ont commis. Le massacre de Nankin, qui est reconnu comme une atrocite commise par le pays, et decrit comme une honte.

Dans le parc, une allee de troens tourmentes, commes des barbapapa tordus, bossus et penches de toute part.

Dans les rues, des phrases du film Hiroshima mon amour  me reviennent en tete, et pas seulement celles qui parlent de la bombe ou de la mort. "Les six bras en delta, de la riviere Ota". Pourquoi cette phrase ?

Dans les rues commercantes, a deux pas du memorial, les jeunes vivent et s'amusent. Ils voudraient sans doute qu'on visite leur ville pour autre chose que la bombe. Sur un mur, une grande affiche de jeunes gens souriant avec, ecrit en gros caracteres : "I LOVE HIROSHIMA". Plusieurs images entre les sourires, aucune du Dome en ruine, ni du Musee ni du Parc de la Paix. C'est naturel, mais c'est amusant ces deux villes antithetiques : l'une est la pour le devoir de memoire, et l'autre fait tout pour oublier un peu.

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13 février 2007 2 13 /02 /février /2007 12:07

Nicolas Bouvier abuse du mot "monde". Il dit souvent "tel machin, qui est le plus grand du monde." Dans le premier livre, L'usage du monde, ca impressionne le lecteur, mais c'est une expression qu'on ne peut pas employer plus d'une fois par livre, et encore. Bouvier l'emploie plusieurs fois par livre. Dans Chronique japonaise (je fais quelques critiques avant d'en faire l'eloge, car c'est un livre que j'aime beaucoup par ailleurs) il ecrit a un endroit : "Dans la station Ginza, la plus grande du monde." Plus grande que New York ? En 1964 ? Plus que les stations de Mexico ou de Rio ?

Plus loin (ou moins loin, je ne sais pas, car j'ai lu le livre dans le desordre) : "Une publicite omnipresente et hideuse mariee a la plus belle langue du monde." Chronique japonaise p.128

Or, le japonais ne peut pas etre plus beau que le chinois, c'est rigoureusement impossible et c'est parfaitement independant des gouts de chacun. Le japonais ecrit est un melange de caracteres chinois et de signes conventionnels, inventes il y a un peu plus de mille ans, et qui sont des transcriptions phonetiques. Visuellement, ca donne quelque chose d'impur, de desordonne, fait de bric et de broc. On peut aimer, bien sur, mais l'heterogeneite graphique saute aux yeux.

Compare a la beaute presque parfaite du chinois, a son maintien, a sa grace, son equilibre, sa capacite a occuper tout l'espace avec un seul trait, les autres ecriture s'ecrasent. Cette ecriture qui concentre en elle-meme l'histoire, l'esthetique, la divination, le signe muet, toutes les ecritures vivantes palissent. Il n'y a que les hyeroglyphes des Egyptiens qui peuvent rivaliser.

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13 février 2007 2 13 /02 /février /2007 10:56

On dit que le Japon est cher. C'est vrai, mais pas vraiment plus que les pays d'Europe de l'ouest. De plus, si vous avez peu d'argent, vous pourrez dormir dans des endroits varies et interessants.

Les auberges et les hotels sont nombreux, j'ai deja parle de leur interet.

Les "capsules hotels" ne sont pas non plus. Au depart, je n'avais pas tres envie d'y aller, a cause du mot capsule, bien sur. Dormir dans une capsule, dans mon esprit etroit et borne, c'etait un peu comme faire une sieste a la morgue. La realite est moins sinistre, elle est meme assez attractive. Le River View, dans le quartier Asakusa (Tokyo), a deux pas de la station de metro du meme nom, est parfaitement recommandable. J'y suis alle car je ne supportai plus le ton sec du manager de l'auberge en bois du meme quartier. Le voyageur arrive, il enleve ses chaussures et le gardien lui remet la cle de son "locker", dans lequel se trouvent une serviette de bain, un pyjama, une brosse a dent et un rasoir jetable. Le voyageur se met a poil et fait peau neuve. Il laisse toutes ses affaires, son sac a dos, dans un coin du hall d'entree. S'il craint les voleurs (Ah! Ah! Des voleurs au Japon!), il peut mettre son argent et son passeport dans le locker.

Au neuvieme etage, le bain. Depuis le bain, le voyageur, dans la tenue d'Adam pour la deuxieme fois en quelques minutes, contemple la riviere en contrebas et la "Flamme d'or", un immeuble surmonte d'une flamme olympique jaune.

Au cinquieme etage, les capsules. Juste assez de place pour un homme d'1m90, et pour qu'un tel homme puisse s'asseoir. Moi je fais moins, alors j'etais confortable comme tout. Une television surelevee, suspendue au plafond au-dessus de ses pieds. A cote, incruste dans le mur, un tableau de bord avec des boutons pour la tele, la radio, la lumiere et le reveil-matin. Les ronfleurs s'entendent peu, et, quand le voyageur est fatigue, (et il l'est, il est un peu creve, le voyageur, pour dire le vrai), il dort comme un bebe.

Enfin, dans une ville ou le voyageur arrive un samedi soir sans avoir reserve ou que ce soit, plutot que de faire tous les hotels qui, meme les capsules et meme les plus cochons, avec du rose partout et des photos de filles deguisees en soubrettes, sont pleins comme des oeufs, que lui reste-t-il ? Moi, au moment ou je me preparais a dormir dehors, les pieds et les epaules en capilotade, j'ai vu la publicite d'un cafe internet ouvert 24 heures sur 24. A Osaka, je recommande Popeye Multimedia, sous les arcades, a la sortie numero 11 de la station Namba. Un box individuel, muni d'un fauteuil et de savates, peut etre loue pour dix heures, et pour moins cher qu'un lit de dortoir. Je m'y suis installe, et, apres avoir parcouru rapidement les actualites footballistiques (l'Olympique lyonnais venait de gagner, enfin, un match apres des semaines de mauvais resultats), je me suis endormi. Reveille et rendormi plusieurs fois, j'eus un desir tres grand d'horizontalite : je me contorsionnai pour mettre ma tete et mon dos par terre. Ma tete sous le bureau, les pieds sur le fauteuil, je ressentis le plus grand plaisir corporel de tout mon voyage au Japon. Un sentiment de soulagement immense. Je me reveillai a sept heures du matin, de bonne humeur et bien repose. Le cafe mettant des douches et des salons de bronzage (!) a disposition, je fis ma toilette et pris la route.

Voyez, on dort partout et de toutes les manieres, quand on est pauvre. Quand on est riche, en revanche, les hotels se ressemblent souvent, et si l'on en veut des originaux, il faut se mettre en quatre pour les trouver. Alors que le sage precaire trouve la nouveaute et l'originalite quand il ne les cherche pas. 

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Published by Guillaume - dans Japon
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