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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 09:09

Le livre que nous venons de faire paraître peut être perçu comme une émanation de ce blog et des blogs qui lui ont été liés dans les années 2000. Mais cela se présente malgré tout comme une étude universitaire collective, publiée aux Presses de l'université de Montréal, rassemblant les meilleurs spécialistes de la littérature chinoise diasporique.

 

Traits chinois /Lignes francophones consiste, en effet, en une exploration de la francophonie chinoise, c'est-à-dire une suite de chapitre concernant les écrivains et artistes chinois qui utilisent le français.Les lecteurs de ce blog se souviennent d'un billet au titre similaire, écrit il y a quelques années, où j'annonçais la tenue d'un colloque sur le même sujet, en 2010. Ce livre est plus que les actes du colloque : un choix a été fait parmi les interventions du colloque, et d'autres textes ont été commandités.

 

On y trouve des chercheurs incontournables et extrêmement stimulants, tels que Zhang Yinde. Mais l'originalité du livre vient de ses contributions issues de la blogosphère, et non seulement du monde universitaire. Moi-même, j'ai modestement travaillé sur l'oeuvre de Gao Xingjian, de manière plus universitaire que dans mes billets de blog. Mon ami Ben (Benoît Carrot), qui a beaucoup commenté sur ce blog et qui a écrit des blogs africains, a produit un beau chapitre sur les Chinois en Afrique francophone. 

Enfin, Neige, la fameuse blogueuse de Nankin, n'a pas été oubliée puisqu'une sélection de ses billets d'étudiante est publiée en clôture d'ouvrage.

 

En définitive, plus qu'une question de support médiatique, ce qui compte pour moi le plus, c'est l'amitié qui unit la plupart des contributeurs de cet ouvrage. Même le deuxième nom apparaissant sur la couverture, à côté du mien, est celui d'une femme que j'aime fréquenter depuis plus de dix ans, dans les pubs et les universités d'Irlande.

 

Comme le dit la présentation de l'éditeur, "Ce livre est aussi une histoire d'amitiés entre quelques personnes – intellectuels, universitaires ou artistes – qui se connaissent depuis des années, et partagent leur passion pour la Chine en vivant sur différents continents."

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 09:14


A Nankin, j'allais souvent dans un bar restaurant qui avait ce nom. Nous pensions que c'était dû à la place qu'il occupait : non pas derrière un mur, mais par delà des escaliers, sur une terrasse, et, pour le coup, caché de la rue par des murs.
Or je viens de découvrir que ce nom provient en fait d'un célèbre récit de voyage, Behind the Wall, écrit dans les années 1980 par le Britannique Colin Thubron.
Récit de voyage que je recommande, et dont je reparlerai.
La traduction française d'Isabelle Py Balibar, Derrière la Grande Muraille (Petite Bibliothèque Payot), fait disparaître l'effet de polysémie du titre anglais. En anglais, la "Muraille de Chine" se dit Great Wall, donc le lecteur comprend tout de suite de quel mur il s'agit.
Mais il y a aussi l'idée d'un peuple et d'un pays qui sont encore "derrière un mur", plus ou moins protégés des regards extérieurs, et encore enfermés dans un système clos. Le voyage a eu lieu au début de l'ouverture des années Deng Xiaoping, et de nombreux réflexes de protections et de rejet existent encore.
Je recommande ce livre parce que sa lecture apporte un plaisir que je crois typique de la littérature du voyage. Ni fiction, ni roman, ni reportage, ni journalisme. Ni intrigue, ni suspense. Ni information, ni imagination. Ni aventure, ni héroïsme. Juste une manière étonnamment juste, précise, intelligente et sensible de faire voir les choses. Je reste flou volontairement, car ce n'est pas facile de dire ce qui fait le propre d'un bon récit de voyage.
Il faut le lire surtout si on connaît un peu la Chine d'aujourd'hui. Elle a tellement changé que, superficiellement, ce n'est pas le même pays. On ne lit donc pas ce livre pour préparer un voyage, ni pour aucune raison pratique. On le lit comme on lit les explorations de Jean de Léry, ou celles de Claude Lévi-Strauss.

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 11:06

C’est un roman audacieux, puisqu’il est écrit par un Français, Stéphane Fière, et que le narrateur et personnage principal est un travailleur migrant chinois, un mingong (paysan ouvrier). Il raconte à la première personne le destin d’un campagnard qui vient tenter de s’en sortir à Shanghai. 
Les mingongs sont très nombreux, on parle de deux à quatre cent millions, qui sont prêts à travailler pour presque rien puisqu’ils n’ont pas de papiers qui les autorisent à vivre dans les grandes villes. Comme ils sont l’essence du bâtiment, ils sont un facteur majeur de la croissance de l’économie chinoise.

Le héros de Stéphane Fière vient du Shanxi et travaille d’abord sur le chantier de Xintiandi. Il rencontre une jeune femme qui vend des petits-déjeuners aux ouvriers, et une histoire d’amour remplira sa vie laborieuse. Ensemble, ce provincial valeureux et cette shanghaienne rusée trouveront des moyens pour gagner plus, pour soutirer du plaisir, pour économiser, pour s’élever dans la société, et enfin pour sombrer.

Les avis sont très partagés sur ce roman. Je ne parle pas de l’aspect purement littéraire, qui est d’un intérêt limité, style sans particularité, construction classique des romans mélodramatiques et/ou naturalistes de gare (success story ponctuée de coups durs, avec le malheur qui se déploie à l’insu du personnage tout le long du roman avant d’éclater à la fin.)

Ce qui fait discussion, c’est le misérabilisme supposé de l’histoire. Plusieurs amis m’ont fait part de leur déception devant tant de malheurs, alors que moi, à la lecture, je voyais beaucoup de choses positives. Certes, la mère du héros meurt dès les premières lignes, son père meurt sur un chantier, il se fait trahir par sa petite amie, et finira peut-être mal, mais…

Mais il tombe amoureux et cet amour est physiquement réciproque. Or, un jeune homme plein d’espoir qui peut faire l’amour avec une femme qu’il aime, c'est un homme qui connaît le luxe extraordinaire d'une éducation sentimentale et sexuelle, c’est déjà un sort bien enviable. Moi qui ai connu cela aussi, à son âge, je considère cela comme une chance inouïe et un cadeau de la vie.
Ensuite, il n'est pas condamné à un travail aliénant et sous-payé toute sa vie. Il change d'emplois, il jongle avec les jobs, il apprend sur le tas. Un gamin qui non seulement apprend l’amour, mais peut passer d’un boulot à un autre, payés un peu plus à chaque fois, c'est ce que j'appelle un gamin heureux.
Vers la fin du roman, ce travailleur précaire parvient à gagner plusieurs centaines d’euros par mois. Il dépasse même le salaire moyen de Shanghai, cela indique que les mingongs, s’ils ont la niaque, peuvent s’en sortir.

Maintenant, du strict point de vue de la diégèse, c'est vrai que c'est un roman noir. Mes amis l'ont trouvé atroce, je l'ai trouvé plein d'espoir... Je me demande si cette incompréhension a été vécu par l'auteur lui-même, ou si c'est moi qui, comme d'habitude, suis à côté de la plaque.

La promesse de Shanghai, Stéphane Fière, 2007, (Picquier ed.)

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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 16:39

Comment passer du bois à la fleur ? Cette question qui vient du plus antique émerveillement de notre enfance, est une des tâche de la poésie. Considérons une seconde ce vers de Wang Wei :

 

木末芙愹花 

 

La prononciation importe peu : Mu Mo Fu Yong Hua

et le sens est banal : "La fleur éclôt au bout de l’arbre", ou quelque chose comme ça.

 

L’intérêt du vers réside en fait dans la succession des caractères.

Il s’agit de passer de l’arbre (début du vers) à la fleur (fin du vers).

Les deux premiers sinogrammes sont construits sur le caractère de l’arbre : , auquel est ajouté un trait. Le signe de l’arbre est donc en transformation, il grandit, il accumule de nouveaux éléments.

 

Le troisième caractère voit disparaître l’arbre, mais donne l’impression de faire évoluer le deuxième caractère. Apparaît alors la clé de l’herbe : , si bien qu’est accentuée la transformation de la végétation, du bois vers la fleur.

 

Les deux derniers sinogrammes comportent le caractère de l’homme : , ce qui, d’après la collègue qui m’en a parlé, peut vouloir dire que le poète, ou tout au moins une figure humaine, est déjà incluse dans le paysage, mais dans un état latent, ou spirituel. L’homme est d’ailleurs déjà introduit dans le troisième caractère, avec l’élément qui, laissé seul (sans la clé de l'herbe qui le couronne) signifie « mari », ou « monsieur ».

 

La présence de l’herbe, puis celle de l’homme, prépare l’éclosion du dernier caractère, qui en est constitué, et qui se prononce dans une ouverture de la bouche (Hua), après quatre sons plutôt étouffés.

C'est ainsi que la beauté, comme la branche de l'arbre en hiver, se cache parfois dans la matérialité même des signes. Quand le sage montre la lune, il faut parfois savoir regarder le doigt.

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 16:41


En écrivant sur de la pierre, les Chinois pouvaient diffuser des textes canoniques, classiques ou politiques, par milliers d'exemplaires, vers tous les coins de l'empire. Il suffisait d'inventer le papier et de l'estamper. Une seule pierre pouvaient contenir des milliers de caractères. On lui appliquait une grande feuille de papier, puis on la pliait et cela constituait un trésor de savoir qui ne nécessitait pas le travail de copiste des milliers de moines qui, chez nous, reproduisait les grands textes au Moyen-Âge.
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26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 03:40
Né en 1894, Roger Poidatz a combattu dans l’armée de l’air lors de la première guerre mondiale. Déjà, ça en impose, je trouve. Les vieux avions, tout ça, les risques qu’il fallait prendre, rien que pour ne pas s’écraser au moindre soubresaut du moteur.

Après la guerre, il va travailler au Japon en tant qu’ingénieur, il s’occupe de photos aériennes. Voilà qui en impose encore un peu plus. Moi je donnerais volontiers un mois de salaire pour avoir quelques unes de ces photos.

Il écrit un bouquin qui se passe au Japon, Une bonne partie de campagne (1924), une histoire qui a l’air d’être intéressante : un étranger poursuit une Japonaise et cherche à l’inviter à visiter une île, tandis qu’un Japonais poursuit ledit étranger pour l’accompagner sur ladite île. Une course poursuite où la politesse le dispute au désir et aux préjugés raciaux.

Il prend pour pseudonyme Thomas Raucat, inspiré par l’expression japonaise « Tomarô Ka », qui signifie : « Ne m’arrêterai-je point ici ? »

Dans son nom même, il médite sur son appartenance territoriale. Va-t-il rester et s’établir au Japon ? Son roman rencontre un joli succès et sera réédité jusqu’au 21ème siècle, en poche et chez L’imaginaire/Gallimard. Il se promène en Asie et écrit un récit de voyage, De Shanghai à Canton, publié en 1927 chez Emile-Paul. L’année suivante, il ajoute quelques textes et publie le tout chez Gallimard, sous le titre Loin des Blondes. Il s’y montre, on l’a vu, pédophile, mais aussi colonialiste drolatique. Une nouvelle commence ainsi :

« Le Mé-Kong est un de nos grands fleuves français, avec la Loire et l’Oubanghi. »

Le lecteur se demande tout de même s’il ne rigole pas, ce mystérieux ingénieur, quand il parle d’Angkor comme de l’architecture française, « aussi français que Versailles. »

Il continue : « Le peuple khmère qui le bâtit descend évidemment des Athéniens, comme nous aussi. Et Angkor est français car son sol est français. On aura beau dire que la cité d’Angkor était construite avant notre venue. Est-ce qu’il n’y a pas dans notre pays d’autres merveilles qui existèrent avant que les Français ne fussent nés : le Puy de Dôme, par exemple. » Moi, je trouve cela hilarant.

Sur un bateau, il s’engueule avec un couple d’Européens qui comparent Angkor avec Bourouboudour, un temple de Java. Thomas Raucat, ça l’horripile d’entendre ces gros blonds qui se permettent de critiquer l’architecture française. Il se laisse alors aller à un sentiment de racisme moqueur que je cite ici parce que je trouve ce paragraphe drôle :

  « Tandis que Bourouboudour, quoi qu’on dise, est un monument germanique, puisqu’il se trouve à Java. Maintenant je discernais la vraie nationalité de ces deux étrangers. J’aurais parié qu’ils étaient nés à Leipzig. Et sans doute à Bourouboudour, dans une nuit de sabbat, assis sur les marches de pierre, en compagnie de walkyries, avaient-ils dû engloutir d’énormes chopes de bière, le dragon Faffner sur les genoux. »

Il finira par se fâcher définitivement avec ses compagnons de voyage, à cause d’opinions divergentes concernant les panthères. A savoir, montent-elles, oui ou non, aux arbres ? Il y a des gens qui écrivent vraiment sur n’importe quoi !

Thomas Raucat ne publiera plus rien. Personne ne sait s’il est mort. S’il est vivant, il aura cette année 114 ans. Bon anniversaire, Monsieur Poidatz.

 

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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 12:24
La deuxième tentative fut la bonne. Nous avons rencontré une dame qui a demandé au fonctionnaire sourcilleux, celui qui nous avait refoulés la première fois, de bien vouloir nous ouvrir les portes de la réserve des livres anciens de l'université Fudan.
Si on en croit le fonctionnaire sourcilleux, 3000 ouvrages sont entreposés là, au 8ème étage de la bibliothèque universitaire. 
On nous a laissé une grosse poignée de minutes dans les lieux. A peine le temps de prendre quelques photos pour tenter d'attirer l'attention de ceux qui pourraient nous aider à faire bouger les choses. Consulat de France à Shanghai, universités, centres d'archives et de recherche, particuliers, sait-on jamais qui saura être déterminant dans la mise en valeur de cette présence française en plein coeur de la plus célèbre université de la Chine du sud. 
Quelques exemples :
La première édition de la Mission archéologique de Victor Ségalen.

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Un récit de voyage à Canton, publié "l'an VII de la République française", à l'époque où l'on disait encore "à la Chine".

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Et puis un livre dont j'adore le titre, promesse d'aventures et de poésie.

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Il n'y a pas de livres plus anciens que le XVIIème siècle (une édition augmentée par l'auteur de La recherche de la vérité  de Malebranche est des seuls que j'aie vu du grand siècle), mais il y a de quoi intéresser des chercheurs et des amoureux du livre.
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1 janvier 2008 2 01 /01 /janvier /2008 14:44
Sollers utilise la Chine comme une catégorie mentale, un rapport au temps et à l’espace. Chez lui, la Chine est un écart avec nous, c’est le recul nécessaire pour penser l’histoire de l’Europe. Le fameux « détour » de François Jullien. C’est une Chine de non-sinologue.

Quand il se décrit comme un « écrivain européen d’origine française », Sollers ajoute : « Exactement ce que dira de moi un dictionnaire chinois. » Un vrai roman, Mémoires, p.261. Outre le narcissisme délirant (car il sait bien que jamais les Chinois ne s’intéresseront à lui, ni aux courants littéraires et théoriques auxquels il a pris part), la vision est assez juste d’une Chine qui sera le prochain maître de l’écriture de l’histoire. Vue de Chine, les Français n’existent pas au même titre que les « vrais » peuples. La France n’est qu’un moment de l’histoire, une induration, qui est née et qui mourra. L’Europe, par exemple, existait avant la France, et elle existera après. Un Chinois du siècle prochain étudiera la culture française comme, aujourd’hui, on le fait de l’Empire austro-hongrois, ou même de l’Europe centrale.

Quand il parle des Chinois, Sollers ne parle pas de gens réels, mais d’un type d’humanité dont nous devrions nous inspirer, et moi qui traverse une longue phase de sentimentalité, d’admiration et presque d’adoration pour la Chine et les Chinois, ça me plaît assez.

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31 décembre 2007 1 31 /12 /décembre /2007 03:29
D’abord il y a son ignorance. Dans ses mémoires, Un vrai roman (Plon, 2007), il est souvent question de la Chine. Il s'en fait passer pour un grand connaisseur, mais c’est son inculture qui saute aux yeux.

Inculture géographique, en premier lieu. Il situe les grottes de Longmen « près de Nankin »… C’est comme dire que celles de Lascaux sont près de Lyon.

Inculture littéraire aussi. Les seuls auteurs qu’il cite sont Sun Zi et Zhuang Zi. Lao Zi de loin. Bo Juyi une fois. Les absences de Cao Xueqin, et surtout de Li Bai, sont incroyables. Un amoureux de Mozart ne peut laisser passer Li Bai, c’est rigoureusement impossible. Plus globalement, pas un mot des narrations et des fictions, comme si les Chinois n’avaient passé leur temps qu’à déclamer des formules obscures dans un style dépouillé. Rien sur la sagesse sexuelle des anciens Chinois, rien sur Li Yu (dont Leyris – que Sollers ignore aussi – avait traduit le célèbre roman pornographique par un très beau : Ton corps est un tapis de prière), rien sur Jin Ping Mei. Pour un érotomane comme Sollers, c’est le signe implacable qu’il est très loin de la Chine, qu’il n’en parle jamais avec ses amis, qu’il n’a pas de commentateurs qui, sur son blog, relance son intérêt et lui font découvrir des choses.

En peinture et calligraphie, il ne parle que de Shi Tao. Soit. Mais ne rien dire de Ba Da Shan Ren, c’est bizarre. Je le répète, c’est impossible. Pour ne pas rester obsédé toute sa vie par la vie et l’œuvre de Ba Da Shan Ren, il faut n’avoir aucune proximité, aucune habitude de la Chine.

Et puis il y a son rapport avec la langue chinoise. Il dit, p.107, avoir « fait deux ans de chinois ». Il l’écrit à nouveau p.173. Qu’est-ce que ça veut dire, deux ans de chinois ? Ca veut dire qu’on n’en a jamais fait, voilà tout. C’est comme les gens qui disent qu’ils ont lu tel livre quand ils avaient 17 ans : ça explique pourquoi ils ont tout oublié, mais ça interdit aux autres toute forme de mépris. D’ailleurs Sollers ajoute, p.107 : « (trop tard, et pas suffisant, il faut commencer à 8 ou 9 ans) ». A la page 173, ça change : « (trop peu, il faut commencer à 9 ans) ». C’est faux, je le dis tout de suite. Je connais des gens qui ont commencé après l’âge de 25 ans et qui ont un très bon niveau. Il dit avoir traduit les poèmes de Mao, ce qui est possible avec des gens qui expliquent chaque caractère et le sens général, et en écoutant la musique du poème plusieurs fois, car dans ce cas ce qui compte c’est l’usage du français, pas la connaissance du chinois. Il dit avoir eu en tête une nouvelle traduction de Zhuang Zi et Lao Zi, ce qui est quasiment une preuve qu’il ne connaît que très partiellement la culture chinoise. C’est le genre d’idées qu’on a dans la fièvre des débuts, quand on n’a pas idée de la complexité des choses.

Alors, il sort des preuves, et leur naïveté d’enfant est touchante. Il dit que Jean Lévi lui offre sa traduction de Zhuang Zi, dont il cite la dédicace : « Avec estime et amitié ». Vous voyez ? Même Jean Lévi m’estime et m’aime, si c’est pas une preuve que je suis aussi un spécialiste de la Chine ! Il dit que Simon Leys est aujourd’hui très gentil avec lui, loin des combats des années 70. Il oublie simplement, il occulte, que c’est Simon Leys qui s’est fait insulté à l’époque, pas lui.

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28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 14:50
Il y a, paraît-il, dans les étages d’une bibliothèque de l’université, un véritable trésor de livres français.

Les pères jésuites, qui ont fondé l’université « Aurore », au début du 20ème siècle, possédaient de belles ressources. On peut imaginer des milliers d’ouvrages du 19ème, entassés, sous la poussière, dans une pièce fermée. Il paraît que la pièce est grande, plus grande que l'actuelle bibliothèque de l'institut des langues étrangères, toutes langues confondues.

Dans notre département, seul un professeur émérite a visité ce fonds ancien, qu’on appelle parfois le « trésor ». C’était il y a quinze ans. Depuis, il est possible que personne n'y ait mis les pieds.
Ce trésor nourrit mes rêves, cela fait un an que j'imagine m'y promener, comme dans une cité fabuleuse et endormie, un Angkor Vat de papier et de cuir.
 
Le voyageur, qui n'a pas de bibliothèque à lui, qui disperse ses propres livres chez les uns et chez les autres, qui, à chaque déménagement, fait porte ouverte pour laisser ses amis se servir dans tous ceux qu'il ne peut pas conserver, le voyageur fantasme sur la présence mystérieuse, presque mystique, d'un fond intouchable de reliques culturelles.

On peut imaginer des documents d’archive étonnants, des gazettes de l’époque, des récits de voyage oubliés, publiés à Shanghai à l’époque des concessions étrangères, des voyages dans la Chine des Qing.

Je rêve de voir des livres de géographie aux cartes médiévales. 
Je rêve de trouver des témoignages sur le Shanghai du 19ème siècle.

Je rêve de tomber sur de grands Traités des jardins, avec des eaux-fortes sur des pages gigantesques.
On peut imaginer bien des choses encore. N'est-ce pas la spécialité du voyageur, que d'imaginer sans trève ?

 

On peut imaginer, mais sans aller beaucoup plus loin, car il est très difficile d’accéder à la salle du trésor.

L’autre jour, j’y suis allé avec deux membres éminents de l’institut des langues étrangères, nous avions une lettre d’autorisation dûment signée par un directeur de quelque chose, et nous avons reçu une fin de non recevoir. Un fonctionnaire, que nous avons cherché d’étages en étages, a fini par nous dire que non, c’était impossible en l’état. Il fallait encore l’autorisation d’un autre chef, qui était absent ce jour-là.

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