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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 16:16


La diplomatie française se réjouit, en cette minute. Espérant que les médias chinois passent en boucle les protestations anti-chinoises que le premier ministre chinois a subies en Angleterre, elle se dit que la Chine va peut-être oublier la France. Après tout, s’il met en balance ce que les Britanniques et ce que les Français ont fait, un nationaliste chinois devrait penser que la Grande Bretagne est plus à punir que la France. Faites le compte:

Le Dalai Lama y a été accueilli officiellement, le Prime Minister a refusé d’assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin, une chaussure a été lancée à la face de Wen Jiabao à Cambridge, on l’a traité de dictateur, quelques manifestants se sont réunis pour libérer le Tibet.


Ce qui m’amuse dans la
vidéo amateur du lancer de chaussure, c’est l’attitude de la salle. Quasiment que des Chinois, qui applaudissent longuement lorsque Wen reprend la parole, et qui arrêtent les applaudissement lorsque le premier ministre fait signe de la main. Tous ces étudiants ont une habitude bien ancrée des cérémonies officielles de leur pays, qui se déroulent comme sur du papier à musique. Le calme de Wen, d’ailleurs, s’explique par le fait que ce genre d’imprévus lui est tellement étranger qu’il n’a aucune idée de la manière avec laquelle réagir.

Ce qui m’amuse aussi, ce sont les accents des gens qui s’expriment dans le public. Le manifestant qui crie : “Comment cette université peut se prostituer en invitant un tel dictateur ?” est un Anglais, et ceux qui lui répondent : “Honte à toi!” sont tous Chinois. Comment pourrait-il en être autrement ? Il n’y a que des futurs cadres de la Chine autoritaire pour penser que c’est une honte de manifester contre un chef.

Affaire à suivre.

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 09:16
Devant les Français de Shanghai, Sarkozy s’est comporté comme en terrain conquis. Quelques chiffres lui permettent de le croire, comme il l’a dit lui-même : « Si la France avait voté comme vous, ça n’aurait pas changé le résultat mais on se serait passé du deuxième tour. (rires dans la salle) Ce qui aurait été dommage pour le débat (éclats de rire dans la salle et applaudissements chaleureux) ! »

Qui était-il à ce moment-là ? Le président de tous les Français ?

Pas vraiment, et ce n’était pas non plus un homme de droite borné, reconnaissons-le. C’était un homme de spectacle qui aime être acclamé, dont l’art du discours est de créer l’électricité et les applaudissements. C’était un homme en campagne, mais en campagne pour quoi ? Il est déjà élu… Il garde les mots et les réflexes linguistiques de la campagne : redonner l’espoir à la France, la France n’est pas le passé, elle doit redevenir bla bla bla. La critique de la France telle qu’elle est, voilà ce qu’il continue de nous servir. Une image des Français fainéants, assistés, inefficaces, conservateurs. C’est à se demander si quelqu’un lui a dit qu’il était élu maintenant, et qu’il faudrait changer de disque.

Il y a eu un moment amusant. Il nous a félicités pour être partis loin de France, tenter l’aventure. Puis il nous a dit : « Nous avons besoin de vous, pour dire au Français ‘restez dans l’hexagone…’ » et là une femme a ri de manière sonore. Lui-même s’est interrompu et, devant la salle hilare : « Je reconnais que mon discours prenait un angle à 45 degrés… Vous avez pu vous demander où je voulais en venir. » Et en effet, on n’a pas su où il voulait en venir car il n’était là que pour dire qu’il était heureux d’être là.

C’est dommage, j’aurais bien voulu un discours fleuve écrit par Guaino, un discours qui fasse polémique.

Car les contrats, c’est formidable pour l’industrie française, mais soyons francs, ils auraient été signés sans la visite du président. Les Chinois ont besoin d’avions et ils ont suffisamment acheté à Boeing ; ils sont comme qui dirait tenus d’acheter aussi à Airbus. Même chose sur le nucléaire. Après les contrats qui sont passés sous le nez d’Areva, l’année dernière ou il y a deux ans, il était prévu qu’avec les besoins énergétiques de la Chine, elle se fournisse aussi en France. Le contraire aurait été incroyable, reconnaissons-le.

Mes étudiants ont noté qu’il a changé de position sur l’embargo des armes. Pourquoi, alors qu’il disait être contre la levée de l’embargo, dit-il aujourd’hui qu’il est pour ? C’est qu’il a moins l’intention d’incarner la rupture, finalement. Monsieur Dassault, présent à Shanghai, doit s’en réjouir.

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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 07:19

C’est avec plaisir que j’ai reçu mon invitation pour aller écouter mon président, mardi prochain, au Palais des Expositions de Shanghai.

Oh ! bien sûr, je pourrais la jouer classe, blasé, faire le mec au-dessus de tout. Je pourrais dédaigner l’invitation et dire : « Je n’ai pas le temps pour ces simagrées. » Je pourrais surtout, en signe de contestation stérile, refuser d’y aller, en attendant qu’un président me convienne avant de me déplacer.

Mais je ne suis pas assez classe, et pas assez blasé. Je suis un vrai plouc, voilà la vérité, et pour moi, être reçu par le président de la république, c’est un événement important. Quand je dis « pour moi », je veux dire pour un démocrate comme moi. C’est une forme d’honneur que je ressens, et le fait que Sarkozy soit politiquement éloigné de moi rend ce sentiment plus ferme. Ce n’est pas un tel ou un tel que je vais écouter, mais le président de mon pays.

De plus, il est rare de voir un professeur à des événements de cette nature. L’assemblée devrait surtout se composer d’hommes d’affaires, d’industriels, de ces gens qui ont voté pour lui en mai dernier.

Il est bon qu’il y ait aussi des représentants de l’enseignement, de la recherche, des relations interculturelles. Qu’il y ait des pauvres types qui ne voteront peut-être jamais pour lui.

Il faut le dire, c’est tout à l’honneur des responsables du consulat de Shanghai.

 

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14 avril 2007 6 14 /04 /avril /2007 12:44

Quand Valéry Giscard d'Estain est monté sur scène, j'ai ressenti une légère émotion. Des souvenirs de télévision des années quatre-vingt me sont revenus en mémoire. Les imitateurs qui contrefaisaient sa voix, sa maigreur squelettique, c'était comme revoir un épisode de Dallas ou de Télé foot.

Il a parlé de l'Europe pendant quarante minutes. C'était pédagogique, clair comme le cours d'un professeur qui ne cherche pas à séduire ses étudiants. Un professeur qui ferait confiance dans l'intelligence de ses étudiants, mais qui, en même temps, ne verrait aucun intérêt à les surprendre, à les inspirer, à provoquer en eux des interrogations et des enthousiasmes. Confiance dans la force de persuasion d'une idée juste.

Il avait une confiance inébranlale en lui-même et en son projet de constitution européenne. Le non des Français au referendum, il en parlait comme d'une anomalie qui serait tôt ou tard surmontée, ainsi que celui des Hollandais. Puis les Anglais y viendraient, pour lui, si on l'écoutait "entre les lignes", tout cela ne faisait aucun doute.

Dans sa conclusion, il a avancé l'idée que la grande mission à venir dans les cinquante ans à venir serait de constituer une identité pour les Européens. Il n'a pas dit comment cela pourrait se réaliser, mais j'ai sondé mon coeur : je suis déjà européen, et je sens que je l'ai toujours été. Moi, je veux bien d'une citoyenneté européenne et ça ne me dérangerait pas le moins du monde d'avoir pour dirigeants des Finlandais, des Allemands et des Italiens. Je ne suis pas certain que le personnel politique français soit le meilleur d'Europe et, franchement, je déléguerais bien mon pouvoir à des sociaux démocrates scandinaves.

Ce n'est pas une opinion politique, c'est un sentiment. Mon coeur me dit que je suis européen d'origine française. Si vous me demandiez de vous expliquer ce que cela signifie, je serais bien en peine de vous le dire, mais j'aurais autant de mal à vos dire exactement ce que signifie être français. Ici, quand il faut comparer la Chine avec chez moi, je compare avec l'Europe. Quand je pense à Dublin, je suis chez moi ; l'Italie, c'est chez moi ; mon origine directe, c'est la Grèce antique et des Vikings violeurs d'Anglaises.

Giscard, lui, il était au-dessus de tout ça. Avec son sourire narquois et son air de n'avoir jamais douté de rien, il donnait une impression de sagesse, d'être au-dessus de la mêlée ("si les Européens donnent la majorité aux partis de gauche, eh bien la politique européenne sera plus sociale, et la constitution n'aura rien à voir là-dedans".) A la différence d'un Chirac, qui a tant de fois retourné sa veste et changé de personnalité - revoyez son débat avec Mitterand en 88 sur le site de l'INA, vous ne reconnaîtrez pas le vieil amateur d'art asiatique - Giscard donne l'impression de penser continuellement dans ce qu'il estime être le bien général.

Pour finir, je vous le dis tout net (et depuis la plus grande incompétence politique), moi je suis plutôt de gauche, j'ai en tout cas toujours voté à gauche, mais j'aime l'idée que mon pays ait eu un jour Giscard comme président, cela prouve que nous ne tombons pas nécessairement dans les bras du plus démagogue de la liste. 

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30 septembre 2006 6 30 /09 /septembre /2006 07:57

En parlant de chef, nous en avons reçu la visite d’un gros, l’autre jour : l’ancien ministre des affaires étrangères. A l’occasion de la traduction en chinois de son livre Face à l’hyperpuissance, il sillonnait la Chine (un seul sillon : Pékin, Shanghai et Hong Kong) pour diffuser ses idées dans les institutions les plus adaptées à son profil. Il vint donc parler aux étudiants de Fudan.

Je préparais les étudiants en leur parlant, à tout hasard, de diverses polarités, dans des expressions du type « monde unipolaire », « monde multipolaire », et de différentes latéralités dans des expressions telles que « monde unilatéral », « monde multilatéral ». Si on est venu me chercher à Nankin, c’est pour bien préparer ce genre de conférences n’est-ce pas ?

Le matin de la rencontre, Hubert Védrine m’a immédiatement fait penser à mon oncle Jean Paul. Pour être plus précis, il avait une présence physique, une chevelure et un visage qui se situaient entre mon oncle Jean Paul et mon oncle Xavier. Il avait aussi un faux air de mon oncle Benoît, mais là, il faut connaître ma famille pour comprendre.

Il parla. Sa conférence fut brève et facile à suivre. Il employa à bon escient les termes « multilatéral » et « unipolaire ».

Au déjeuner qui suivit, il fut le seul, avec moi, à manger de bon appétit, et je fus le seul à boire du vin rouge sans m’arrêter véritablement. Il avait ce visage intéressant des grands diplomates : il souriait peu. Il ne cherchait pas à plaire, ce qui me le rendait assez attachant. Même quand un dignitaire du Parti communiste lui racontait une blague et rigolait en compagnie de son interprète, Védrine pouvait rester de marbre ou esquisser un très léger rictus. Cet effort suffisait pour montrer qu’il avait compris et apprécié la blague. Le visage impassible, pensais-je, cela lui venait peut-être de sa fréquentation assidue de François Mitterrand. J’aime l’impassibilité, je travaille à l’acquérir. Plutôt qu’on interprète à tort et à travers mes expressions du visage, les gens diraient de moi : « Lui, on ne sait jamais ce qu’il pense. Sauf quand il parle et qu’il dit ce qu’il pense. Comme il parle beaucoup, on sait souvent ce qu’il pense. »

Ce qui est fort avec Védrine, c’est que même quand il parle, on ne sait pas non plus ce qu’il pense. Sans donner l’impression de noyer le poisson, il sait ne pas dire d’idées trop saillantes. Il fit tranquillement preuve d’un réalisme politique légèrement provocateur à l’égard de l’Europe, et sut dire aux Chinois que le monde attendra d’eux, bien vite, qu’ils prennent en main leur part de responsabilité dans le sauvetage de la planète, et que l’argument du développement économique ne pourra pas leur laisser les mains libres très longtemps. Mais qu’est-ce qui forcera les Chinois à se réformer, Védrine ne nous l’a pas dit. Il faut dire qu’on ne le lui a pas demandé.

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