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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 13:02

Vive la Chine! Célébrons notre amour et notre admiration pour cette culture hors du commun. Chinois, mes grands frères, vous me montrez la voie pour tant de choses.

 

Il paraît que la Chine a menacé Oslo de représailles au cas où le prix Nobel de la paix serait attribué à Liu Xiaobo, ou à tout autre dissident chinois. Je suis donc ravi de ce nouveau Nobel. On ne peut pas accepter qu’un pays fasse pression de cette façon, et surtout, que le pouvoir économique soit capable de faire taire tout le monde. Heureusement, la Chine n’est pas réductible à ce gouvernement qui met en prison ses intellectuels les plus courageux. La Chine éternelle, aujourd’hui, palpite dans la cellule de Liu Xiaobo.

 

Comme Gao Xingjian, qui fut le premier Nobel de littérature de langue chinoise, Liu Xiaobo sera un héros avant l’heure en Chine. Avant l’heure car c’est dans quelques années qu’il sera réhabilité. 

 

Ces personnalités dissidentes sont en réalité des héros qui donnent une très belle image de la Chine. Moi, c’est par amour de la Chine que je les admire. Gao dans sa littérature, Liu dans son engagement intellectuel, ne sont pas des imitateurs de l’Occident, vraiment pas, mais ils puisent dans la culture chinoise leur inspiration et leur force pour faire progresser l’art et l’intelligence sinophones. Bien sûr, Liu Xiaobo sera beaucoup plus médiatisé que Gao car clairement dissident, vivant en prison pour avoir seulement rédigé un appel à la démocratisation du pays. Impliqué dans les événements de la place Tiananmen en 1989, et dans le militantisme interne depuis, il peut incarner une conscience qui perdure au sein même de la république populaire.

 

L’avantage du prix Nobel, c’est qu’il reste toujours d’actualité. Vingt ans plus tard, on peut toujours dire : “Un tel, prix Nobel de cela”. C’est utile pour forcer le souvenir, surtout face à un régime qui est passé maître dans la dissimulation de la vérité. Un jour, de jeunes Chinois s’éveilleront à ces faits intangibles et s’apercevront que plusieurs prix Nobel furent attribués à des compatriotes. Cela les conduira peut-être à lire La Montagne de l’âme ou la Charte 08. En lisant, ils se demanderont pourquoi les auteurs de ces textes furent bannis, car ces textes n’ont rien d’anti-chinois, bien au contraire. Ils se rendront compte alors, peut-être, que les ennemis de la Chine sont d’abord ceux qui empêchent les Chinois de s’exprimer librement.

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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 22:42

La politique étrangère de Sarkozy a connu, paraît-il, des succès. Je ne sais pas, c’est bien possible, mais ce qui me frappe, pour ma part, c’est la continuité dans l’erreur. Afrique, Chine, Iran, la France se décridibilise avec acharnement.

AFRIQUE - Le discours de Dakar, prononcé en 2007, est maintenant une archive historique et il suffit de le réécouter, même en partie, pour en être choqué. Venir en Afrique noire pour dire aux gens que “l’homme noir” n’est pas assez “entré dans l’histoire” et que c’est là “son drame”, est injustifiable et témoigne, de la part de la personne qui a écrit ce discours, de ce qu’on appelle la connerie dans les bar-tabac des villes de province. L’ensemble du discours prête à rire et aura des conséquences néfastes sur notre rapport à l’Afrique pour longtemps encore. Plutôt que de se tasser, les effets vont apparaître avec le temps car le racisme y est relativement bien dissimulé derrière des citations de Senghor. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce discours est maintenant un document qui fait date dans les études postcoloniales, et l’université le prend et l’analyse comme un symptôme particulièrement parlant et radical, presque pathologique, du néocolonialisme.

CHINE - Après l’Afrique, voilà que notre président se ramasse avec les Chinois. Il parvient à se mettre à dos l’ensemble de la blogosphère chinoise, et pas seulement le gouvernement. Ses gesticulations autour des jeux olympiques n’ont donc servi strictement à rien, je crois que c’est aujourd’hui admis. Aucun dossier bilatéral n’a avancé depuis l’élection de Sarkozy. Rien de positif n’est apparu ; au contraire, on en est encore à tenter de réchauffer les relations diplomatiques pour que les Chinois reviennent à la position normale qui est la sienne, et qui consiste à signer des contrats avec la France autant qu’avec d’autres pays européens. En contrepartie d’un délabrement des relations Franco-chinoise, rien n’a bougé au niveau des droits de l’homme, des prisonniers politiques. Bref, échec total vis-à-vis d’un pays qui était pourtant bien disposé à notre égard, et qui devient, à la faveur de la crise actuelle, un acteur fondamental de la géopolitique.

IRAN - Sarkozy a sur le dossier iranien une position plus dure encore que celle des Américains. Il ne prend prend pas en compte le changement d’approche d’Obama ; il est encore sous Bush et se croit dans son bon droit en se lançant dans un bras de fer avec Téhéran. On croit rêver! A ce niveau, ce n’est plus de l’incompétence, cela ressemble à de la bêtise. Va-t-on se mettre à dos tous les pays émergents ? Je ne veux même pas entrer dans le détail de l’affaire, je veux seulement critiquer l’attitude formelle. Au niveau des formes, le président de la France ne peut pas venir dans des pays étranger et prendre de haut des gouvernements étrangers, c’est juste quelque chose qui ne se fait pas.

Et surtout, la France se décridibilise quand elle exige que l’Iran rentre dans le rang ”en cessant immédiatement ces activités destabilisantes et en répondant sans délai aux demandes de la communauté internationale” (lemonde.fr avec AFP, 28 sept. 09), sans pouvoir ni vouloir passer à l’acte pour faire respecter sa demande. On appelle cela des gesticulations à contre-temps, et ça ne peut que réjouir le gouvernement de l’Iran qui voit là une démonstration inespérée de l’idée que les Occidentaux leur refusent l’indépendance.

Ce qui me choque dans ces trois dossiers, c’est l’inculture qui semble présider à tous ces mouvements. Quand Sarkozy pense Iran, à quoi pense-t-il ? Pays pauvre, musulman, anti-occidental, il pense peut-être turban, barbe blanche ? Mais quand on pense Iran, il faut d’abord penser Perse, civilisation ancestrale, culture raffinée, profondeur historique. Nous devons aller à Téhéran avec la grandeur de la Perse à l’esprit et Hérodote dans les valises. Il ne faut jamais oublier qu’à l’époque d’Hérodote, par exemple, l’Asie centrale et toute l’Egypte était sous la domination de la Perse, et que les Iraniens n’oublient pas leur grandeur passée. Nous ne pouvons avoir de bonnes relations avec l’Iran si nous ne connaissons rien de son histoire. C’est aussi important que de savoir ce qu’est devenue la sociologie du pays, sa classe moyenne, le rôle des femmes, les mouvements démographiques. Or, Sarkozy se contrefiche de tout cela.

Plus généralement, je crois qu’il faut en finir avec les effets de manche diplomatiques. Les rapports entre pays ne sont pas une affaire de décisions brutales et de rodomontades, elles sont faites d’un long travail de connaissance mutuelle, d’échanges, de frictions, de négociations, sur un temps long et patient. Avec le temps, je me désolidarise des manifestations pro-tibétaines qui ont eu lieu à Paris en mars 2008, et que j’ai un peu soutenues à une époque. Non seulement elles ne feront jamais rien avancer sur le terrain et elles blessent les Chinois , mais surtout elles enracinent des idées stupides et erronées dans l’esprit de la jeunesse occidentale. L’idée que plus on criera plus on aidera les opprimés. L’idée que le Tibet était un pays indépendant avant l’invasion chinoise des années 1950. L’idée qu’on est pur lorsqu’on traite les Chinois d’assassins. L’idée que la France est un pays qui peut exiger des choses aux autres. Là aussi, l’inculture était essentielle aux manifestations anti-chinoises. Qui, parmi les manifestants de Paris, s’étaient jamais penché sur l’histoire du Tibet ? Pour aider les Tibétains, il y a d’autres leviers, plus discrets, sur lesquels agir.

Et d’abord se cultiver sur les régions du monde qui nous intéressent. Les relations internationales ne devraient-elles pas être le lieu de la connaissance, de la recherche patiente, de la lecture et des traductions des grandes oeuvres ?

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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 09:57
Nous sommes en plein anniversaire des grandes manifestations de la place Tienanmen. Elles ont eu lieu entre le 15 avril et le 4 juin 1989, il y a exactement 20 ans.
Ce dont nous nous souvenons, nous qui étions assez vieux pour voir la télévision, ce sont les chars que Pékin a envoyés sur les étudiants. Aujourd'hui les étudiants ne sont au courant que de quelques détails et le régime de Pékin a réussi à faire oublier Tienanmen, ou du moins à dégonfler tellement son contenu que les étudiants ne sont au courant que de l'existence de troubles dans les années 80.
Comme je l'écrivais lorsque j'enseignais en Chine, il fallait du temps pour qu'un titre de journal comme "Les enfants de Tienanmen" soit compris. 
Le mot de Tienanmen ne leur faisait pas penser aux massacres de 1989. L'article du Monde faisait le portrait de Hu Jia et sa femme, aujourd'hui en prison et en résidence surveillée. Les étudiants de l'université Fudan acceptaient sans problème que nous parlions de ces choses, mais ça ne résonnait pas très fort dans leur conscience, je dois l'avouer.
C'est peut-être une question de temrinologie. Le pouvoir des mots est essentiel et beaucoup dépend de ceux avec lesquels nous racontons l'histoire. Pour "Tienanmen 1989", faut-il parler de "massacres", de "manifestations", d' "événements", de "viols" ? Là encore, je parlais de ces questions de vocabulaire, par rapport aux grands événements de l'histoire, en 2006 lorsque j'habitais et enseignais en Chine. Je précise cela car je tiens à rappeler que je jouissais d'une liberté de parole totale, dans mes classes et dans mes blogs. J'étais peut-être surveillé, mes paroles étaient peut-être rapportées aux réunions des étudiants du Parti, on me l'a fait comprendre plusieurs fois, mais je n'ai jamais eu besoin de faire de l'autocensure.

Mais mon blog a été bloqué plusieurs fois. Pas le mien seul, mais tous ceux qui appartenaient à over-blog.com. C'est pourquoi j'en ai monté un autre sur lemonde.fr.

Or aujourd'hui, ce sont les blogs de blogspot qui sont bloqués, et ce, probablement, jusqu'à la fin des commémorations des "événements" de Tienanmen. Cela touche Neige et son Pays de Neige, qui ne peut plus être approvisionné. Même chose pour le blog d'Olivier David qui, lui, a monté un nouveau blog sur lemonde.fr.
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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 12:21

Je lis dans Le Monde que la Chine débloque 4000 milliards pour des projets intérieurs, afin de relancer la demande intérieure, plutôt que de tout attendre des exportations, qui sont en forte chute.

C'est une bonne nouvelle pour tout le monde et c'est ce que l'on espérait depuis quelques années déjà. Cela devrait donner des emplois à quelques millions de Chinois, aider la population à faire face à la crise et, par extension, stabiliser le pays.

Bien sûr, les Occidentaux espèrent que, la Chine étant stabilisée, elle pourrait faire naître un modèle de croissance économique plus autonome, plus sain, et par suite importer en masse leurs produits, ce qui relancerait l'économie occidentale.

Impossible de savoir se cela va se produire, mais imaginons un instant que cela se produise, et mesurons les conséquences d'un tel événement dans le concert des nations. La Chine serait vue alors comme la seule puissance fiable, les Etats-Unis s'écrouleraient, honnis par le monde entier qui ne verraient en eux qu'un pays profiteur, vivant au crochet des autres.
Dans le même mouvement, je crois qu'il ne faut pas être Nostradamus pour deviner ce qui arriverait à d'autres choses qui accompagnaient notre civilisation hédoniste, profiteuse et endettée: la démocratie, la liberté d'expression, la liberté des moeurs, la liberté de mouvement, le confort de notre minorité anthropologique.

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 11:30
Quelques sites font état d'une information troublante concernant les autorités chinoises : des policiers chinois auraient été à l'origine d'un terrible attentat à Kashgar, juste avant les J.O. de Pékin.
Des touristes américains ont vu des scènes horribles depuis leur hôtel : des policiers chinois tuant et découpant d'autres policiers chinois avec des couteaux, afin de faire croire à l'atrocité des terroristes ouïghours. Voir les photos, commentées par le touriste lui-même sur le site du
New York Times.
Je précise tout de suite que je ne sais pas ce qu'il faut croire et ne pas croire. Par avance, je sais que les Chinois diront que c'est une manipulation d'Occidentaux, que d'ailleurs on ne voit pas de crimes sur les photos, et qu'il n'y a aucune preuve. Les autres diront que cela ne les étonne pas, qu'il est évident que les autorités chinoises font des actes ignobles tout le temps.
C'est cette absolue mésentente qui m'inquiète et me dérange, moi. Je voudrais que les Chinois puissent s'informer et être informés des zones d'ombres de leur Etat et qu'ils développent une pensée critique et constructive sur la politique à mener. Mais je voudrais aussi, et surtout, que les Français ne tombent pas dans l'excès inverse qui est de voir les Chinois comme d'inhumains tortionnaires, tous capables de couper des bras de leurs collègues au couteau pour des raisons de domination territoriale.
C'est toujours la même problématique, il faut informer et chercher la vérité mais sans que la réalité provoque une émotion qui rende incontrôlable la réaction des uns et des autres.
Une information comme celle-ci doit absolument faire l'objet d'un traitement sérieux, et on doit essayer de connaître la vérité. Mais quelle que soit la vérité, il ne faut pas oublier que ces actes atroces ne sont pas proprement chinois. Plutôt que de voir les Chinois comme des assassins, ce qui est une pente perceptible chez un certain nombre de gens, il convient de tenter d'augmenter sa connaissance dans toutes les directions concernant la Chine : ne pas fermer les yeux devant les violences des pouvoirs, mais ouvrir aussi les yeux sur les qualités extraordinaires des populations chinoises.
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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 17:19

Le règne de Bush a été responsable d’un grand retard dans la prise de conscience internationale. Avec l’aide des Anglais (de Tony Blair surtout), il a essayé de faire croire que ce qui comptait le plus au monde, c’était Al Qaeda, l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan. Cela va changer avec Obama qui a nommé des spécialistes de la Chine parmi ses conseillers. Jeffrey Bader, par exemple, qui semble être assez connaisseur de l’empire du milieu pour continuer à observer Taiwan comme un pôle de tension à venir, et qui a dressé un intéressant parallèle entre la situation de Taiwan et celle de la Géorgie dans une note typique des think-tankers de l’institut Brookings. Obama s’est aussi entouré de gens comme Kurt Campbell qui écrivait en 2007 combien il était important de s’intéresser de nouveau à Taiwan, ce qui souligne les risques de conflits armés dans cette région du monde.

Après l’investiture, on attendait Obama sur l’Irak ou l’Afghanistan, c’est bien entendu sur la Chine qu’il est d’emblée intervenu, car les Etats-Unis et la Chine se tiennent, si je puis dire, par les roubignoles, et nos équilibres à nous sont suspendus, si j’ose encore, à ces dernières. Les Etats-Unis dépendent de la volonté des Chinois d’éponger leur déficit en achetant des bons du Trésor. Les Chinois dépendent de la consommation des Américains pour soutenir leurs exportations et garantir leur croissance. Pour le moment, l’administration Obama hausse le ton, faisant planer des menaces. Un mot très fort a été lancé la semaine dernière: manipulation. La Chine a été accusée de “manipuler” le cours du yuan. Ne nous illusionnons pas. Cette gesticulation n’est que le début d’une longue négociation, d’un mano a mano qui va durer des années. Les Américains essaient de commencer les négociations sur une position de force, intimidante, afin de s’adoucir dans quelque temps et d’obtenir une réévaluation significative du cours de la monnaie chinoise. Ce qui est certain, et les Chinois le savent, c’est que les Américains ont besoin que la Chine continue de financer leur déficit. Ce qui est certain aussi, c’est qu’on aura besoin de la Chine sur de nombreux dossiers internationaux, en Afrique, en Asie centrale, en Asie du sud-est et en extrême-Orient.

Stratégiquement, militairement, il faut donc parer au plus pressé. Pour ce qui est de la Chine, et du point de vue de la communauté internationale, le plus pressé n’est pas le Tibet, qui est un problème mal posé et une cause vouée à l’échec (dans les termes posés par les Occidentaux en tout cas). Le plus pressé, c’est Taiwan, que la Chine veut “récupérer” indubitablement, et que les Etats-Unis ne peuvent pas lâcher. Le jour où ils lâcheront Taiwan, ce sera officiellement la fin de l’hyper-puissance, or ce n’est pas l’ambition d’Obama qui, au contraire, veut restaurer le leadership mondial de sont pays.

A notre niveau à nous, de sages précaires, ce qui nous reste à faire est de mieux connaître les deux pays qui sont en train de bipolariser le monde à nouveau. Précaires de tout pays, profitons de la baisse d’activité dans notre vieille Europe et partons en Chine et en Amérique. Nouons des contacts dès maintenant, apprenons le chinois à nos enfants. Ouvrons nos universités aux Asiatiques. Voyageons dans la culture chinoise, apprenons à l’aimer, nous ne serons pas déçus du voyage.

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 12:17

La colère des Chinois, après l'entrevue du président français et du Dalaï Lama, est une très bonne chose. Je m'étais permis d'espérer que cela arrive, et qu'on voie un peu les conséquences. Attendons de voir, mais d'ores et déjà, on peut s'assurer de l'acrimonie des Chinois à notre endroit.
Il n'y a pas lieu de s'en effrayer, mais il n'y a pas lieu non plus d'en retirer du ressentiment. Les Chinois, ne l'oublions pas, sont en apprentissage dans le concert des nations. Leur croissance économique a été très rapide, leur donnant un poids économique qu'ils croient légitimement devoir être doublé d'un poids politique équivalent. 
Dans leur apprentissage, il y a une chose qu'ils devront prendre en compte, entre autres règles immuables. La France se sent bien quand elle agace tout le monde.
Les Chinois se souviendront peut-être de la tension qu'il y avait à l'époque des préparations de la guerre en Irak. Chirac et De Villepin disaient non à la super-puissance américaine et la pression sur la France était autrement plus écrasante que celle que la Chine peut imprimer sur un pays aussi contradicteur que la France.
Ce n'étaient pas que les Etats-Unis qui faisaient pression, c'était tout le monde anglo-saxon. Je lisais les journaux anglais à l'époque, c'était du délire. Même les analystes qui ne soutenaient pas la guerre peignaient les Français comme des salauds, des faibles, des lâches. On nageait dans une atmosphère électrique, c'était très réjouissant.
Les gens que je rencontrais à l'époque ne me disaient jamais que mon gouvernement faisait preuve de courage, alors qu'il faut reconnaître que c'était celui qui en avait le plus (devant ceux de Chine, de Russie, d'Allemagne, d'Afrique, d'Amérique du sud, qui soutenaient ses efforts mais en se cachant derrière son écran). J'entendais plutôt dire que, naturellement, la France avait des intérêts financiers avec Saddam Hussein, et que c'était ces intérêts qui lui dictaient sa conduite.
L'idée que des Français aient des principes, ou fassent preuve de fermeté, ce sont deux choses que l'imagerie anglo-saxonne cherchent à miner, depuis les deux guerres mondiales. Il s'agit de convaincre le monde que nous sommes, par nature, égoïstes, faibles et lâches.

Les Chinois l'ont cru, puisqu'ils sont comme tout le monde, sous l'influence de la culture et de la pensée américaines.

J'ai des amis chinois, enseignants de français, connaisseurs de la culture française, dont les idées ressemblent davantage à celles des journaux anglais que celles des journaux français. Ce sont les préjugés anglo-américains qui ont le plus pénétré les autres cultures, plus que leurs valeurs fondamentales, malheureusement. 
Les Chinois, donc, doivent apprendre qu'il y a des pays plus emmerdants que d'autres, dont on a pas encore réussi à se débarrasser.

Ils doivent apprendre aussi que plus ils seront en colère, plus ils chercheront à faire peur, plus les Français seront contents et bomberont le torse. C'est malheureusement rendre un grand service aux dirigeants français que de chercher à faire pression sur eux.
Et avec le temps, les Chinois (le peuple cette fois-ci, les citoyens curieux du monde) se rendront compte que leur ministre des affaires étrangères avait un peu dépassé la mesure. Quand on en vient à dire : "Cette entrevue a profondément ébranlé des intérêts centraux pour la Chine, a gravement blessé les Chinois et endommagé le socle politique des relations de la Chine avec la France et l'Union européenne", c'est qu'on manque un peu d'assurance en soi-même.
Et cela, les Chinois seront assez intelligents pour le remarquer par eux-mêmes, très bientôt.

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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 17:07

On lit des choses qui font tomber à la renverse dans Le Monde. Que pensez-vous de phrases de cet acabit ?


“Nous sommes persuadés qu’il faut être gentils avec les Chinois pour que les Chinois soient gentils en échange.”

Que vient faire la gentillesse dans une analyse de politique internationale ?

“Nous sommes ainsi considérés comme un pays femelle, faible et qui change tout le temps d’avis.”

Pas un seul Chinois n’a dit ni écrit une chose pareille.

“Or la Chine ne respecte que la force.”

A la différence des Français qui respectent le droit avant tout, c’est cela ? Ou c’est autre chose ? 


Pour les Chinois, la France est un pays vassal.”


Comment une idée pareille est venue se loger dans l’esprit de qui que ce soit ? La France vassale de la Chine ? Mais on veut faire rire les Chinois, en fait ?


Il y a heureusement beaucoup de gens en Europe qui commencent à comprendre que la Chine n’est pas un pays ami.”


Il y a donc des pays amis ? Nom de Dieu, qu’on m’en donne la liste, et qu’on me dise ce que cela signifie.

“C’est un pays égoïste”

Pas de commentaire. Je regarde autour de moi pour vérifier qu’il n’y a pas de caméra. A mon avis, un copain se fout de ma gueule et a mis ces mots dans Le Monde pour voir la tête des lecteurs devant une sorte de poisson d’avril en décembre.


 “Si l’Europe faiblit, la Chine pourra piétiner tous les pays européens l’un après l’autre, sauf la Grande-Bretagne, qui ne se laissera jamais faire.”

Que ceux qui prennent ces mots de diabolisation au sérieux se manifestent, et qu’ils explicitent leur vision du monde, de l’histoire et de la géographie. (Et que dire de ce commentaire sur la Grande Bretagne ? Comment ne pas être au moins perplexe ?)


D’où ces mots peuvent-ils venir ? D’un pauvre blog, comme internet nous en abreuve par milliers ? D’une espèce de sage précaire dont l’éducation a souffert d’un parcours chaotique, qui fait l’intéressant en ânonnant la vulgate anti-chinoise la plus inepte ? Sans profondeur, sans réflexion politique, sans le début d’un commencement de fondement. Ce sont des propos plutôt pires que ceux qu’on peut lire dans la presse chinoise. Alors, ce doit être un pauvre hère que le journal quotidien cite pour se faire l’écho des excès de la blogosphère. 



Nullement. Ces paroles sont tirées d'un entretien avec un homme que Le Monde qualifie de “spécialiste de la Chine”. Pourrait-on en savoir plus ? Que faut-il faire pour être présenté de la sorte ? Moi, par exemple, j’ai un beau-frère qui connaît rudement bien la Chine, pour y être allé en vacances, et qui a lu les livres de Jean-Luc Domenach. C’est bon, il est spécialiste aussi ? Le Monde pourrait-il publier une interview de lui ?



Le Monde
, Le Monde, que t’arrive-t-il donc ? Que cherches-tu à faire avec des papiers de ce genre ? Quelle stratégie mets-tu en place ? Est-ce juste un faux-pas, une erreur de rédaction pardonnable, ou est-ce le début d’un plan raisonné ?



S’il n’y a pas, dans les jours à venir, d’aticles informés et intelligents sur la Chine, pour rattraper cette catastrophe, je vais commencer à avoir des doutes sur les motivations profondes, et sur les ressources peut-être, de mon quotidien préféré. 

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 15:05

On peut traiter les leaders chinois d'abrutis, c'est certain. Annuler un sommet sino-européen en temps de crise, uniquement parce que Sarkozy va voir le Dalaï Lama dans quelques jours, c'est un peu décourageant. On peut se demander : "Ils n'ont rien d'autre à penser, les Chinois ?" Parce que le Tibet ne menace en rien la sécurité de la Chine. Le Tibet peut se pacifier assez facilement. Tout le monde le sait, il suffit d'entrer dans un processus de dialogue, et tout s'apaiserait, tous seraient gagnants-gagnants, comme dit l'autre. Tout le monde la fermerait pour très longtemps, les violences tibétaines ne seraient plus soutenues par les bo-bo occidentaux et le Tibet resterait chinois.

Cette politique anti-Dalaï Lama est donc voulue par Pékin. Pékin veut que les projecteurs soient braqués sur la question tibétaine. La question est de savoir pourquoi, alors que les dirigeants ont les cartes en main pour résoudre le problème à moyen terme.

Plusieurs raisons à cela, que le seul bon sens me dicte.

1- La posture de Pékin par rapport aux Européens est une affirmation de puissance inouïe. "Vous avez besoin de nous, nous disent les Chinois, et vous vous en rendrez compte de plus en plus. Alors respectez-nous, c'est-à-dire pliez-vous à nos injonctions, surtout quand elle touche les affaires intérieures. Or le Tibet est une de nos régions."

2- Ensuite, c'est un bon moyen d'unifier le Parti au pouvoir, qui est aujourd'hui profondément divisé. Hu Jintao est devenu président grâce à sa capacité de faire cohabiter les courants opposés, d'où des décisions politiques apparemment contradictoires, ces dernières années, alliant retour au marxisme et ultra capitalisme, comme autant de concessions faites aux conservateurs et aux réformateurs.

Cet équilibre instable entre les courants du Parti ne peut durer qu'en temps de croissance économique. Avec les usines qui ferment et la paupérisation, les décisions à prendre sont trop lourdes pour qu'un homme aussi peu puissant que Hu Jintao soit assuré de ses arrières. Agiter le problème tibétain est une manière de se donner du mou sur les questions économiques.

3- Les questions économiques, justement, sont une troisième raison du report du sommet U.E./ Chine. Les Chinois savent ce que veulent les Européens, pour le bien du monde entier : sauver l'économie en donnant l'argent qu'ils ont en réserve aux Chinois, stimuler la consommation des Chinois pour faire repartir les importations et nos entreprises, etc. Une partie des Chinois veulent cela aussi. Hu Jintao n'est pas sûr de lui, et il subit les pressions de toutes parts. Pour lui il est urgent d'attendre.

4- Dernière raison : le Tibet, il ne faut pas se la cacher, n'intéresse pas les dirigeants chinois. Le Tibet n'est en aucune manière un enjeu d'importance. Le problème à venir, en terme de géo-politique chinoise, c'est Taiwan. Quand et comment les Chinois vont-ils reprendre Taiwan, c'est la double question. Faire parler du Tibet, c'est créer un voile qui nous fait oublier ce qui sera peut-être un déclencheur de crise plus important : Taiwan soutenu par les Etats-Unis et le Japon, mais lâché petit à petit, car de moins en moins stratégique. Pour endormir la vigilance des Occidentaux sur un champs de bataille, les Chinois font diversion sur un autre, à l'autre extrémité du pays. C'est habile.

 

 

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 13:58


Ce que j'aime chez Hu Jia,c'est le côté glamour que lui apporte sa situation maritale. Toujours lié, sur les photos de la presse étrangère, à sa jeune femme Zeng Jingyan, il dépasse la simple figure du combattant pour les droits de l'homme. Il incarne, sans le savoir peut-être, probablement sans le vouloir, une certaine idée du couple, une belle histoire d'amour où la famille se mêle à l'engagement politique et social.

Il y a un an, au début de l'année universitaire, j'avais commencé un cours de "Lecture de presse", avec les étudiants de quatrième année de français à l'université Fudan, par un article du "Monde" sur ce couple. Personne ne les connaissait dans la classe. Hu Jia n'avait pas encore été emprisonné et le couple était peint comme de sympathique Chinois qui luttent pour le droit des Chinois à se faire soigner, à se faire respecter. Il n'y avait rien de provocateur dans mon cours, rien d'anti-chinois. Au contraire, je croyais sincèrement, et je crois encore fermement que la jeunesse chinoise pourrait prendre des gens comme cela pour des héros modernes. Ils sont jeunes, ils sont profondément patriotes, ils veulent aider la Chine à se développer, ils sont célèbres dans le monde entier, ils sont photogéniques, ils ont des valeurs, ils s'aiment... Ce sont des héros de film, ils ont tout pour eux. Quel dommage que les jeunes Chinois ne les connaissent pas, ou les connaissent si peu!



Dans ma classe, il n'y avait pas eu une seule réaction négative face à l'article. Je me souviens que le titre était "Les enfants de Tienanmen" et que mes étudiants avaient mis quelques minutes pour saisir à quel événement ce titre faisait allusion. Au début, ils croyaient que Tienanmen symbolisait l'histoire de Mao, ou le Parti communiste lui-même.
La mémoire de 1989 est difficile à faire vivre, beaucoup d'étrangers pensent être plus intelligents que les autres en n'en parlant jamais, d'autres se croient autoriser à donner des leçons d'histoire blessantes... L'équilibre est difficile à trouver, mais il est nécessaire de le chercher, il est nécessaire de ne pas se taire, tout en cherchant à respecter le sentiment des Chinois.

Il y a un travail infini à faire sur
l'usage des mots pour parler d'actualité et des événements historiques. Alors, il ne faut pas jeter à la figure des Chinois les mots de "dissident", "critique du régime", "opposant", "pro-indépendantiste" à propos de Hu Jia et de Zeng Jingyan. Au contraire, il s'agit de montrer qu'en les soutenant, on soutient tous les Chinois, on soutient une image moderne et ouverte de la Chine, on soutient des Chinois qui luttent pour d'autres Chinois.

Les députés européens viennent d'attribuer le
prix Sakharov à Hu Jia. D'emblée, les autorités chinoises ont fait part de leur mécontentement. J'espère qu'on ne se lancera pas dans une nouvelle démonstration de folie médiatique comme on en a vu cet été.

J'espère qu'on saura rester calme et constamment parler avec les Chinois en leur disant que c'est par amour pour la Chine qu'on soutient un grand patriote chinois, que le pouvoir en place en soit content ou non. Cela a toute les caractéristiques d'une gageure, et c'est pourtant ce fragile équilibre que je crois indispensable de chercher.

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