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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 18:30

L'attribution du prix Nobel de littérature 2012 à Mo Yan est une très bonne nouvelle pour la république des lettres. Mo Yan est un superbe écrivain, un des rares, voire le seul, à être unanimement reconnu par l'ensemble des mondes chinois, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Chine.

Je l'ai découvert dès ma première année en Chine, en 2004. Même les plus grands auteurs, Bi Feiyu et Su Tong, disaient de lui qu'il était le premier, ex-aequo avec eux-mêmes.

Quand je demandais aux gens, aux universitaires notamment, ce qu'ils pensaient de l'autre prix Nobel chinois, Gao Xingjian, ils me répondaient systématiquement que Mo Yan le méritait davantage. Il faut dire que Gao était banni de Chine, et qu'il avait pris la nationalité française.

Or, Mo Yan et Gao Xingjian sont deux écrivains magnifiques de la Chine contemporaine. Tous les deux nés après la deuxième guerre mondiale, ils ne sont pas des dissidents, mais frappent par la liberté de leur style et par l'aspect mythologique de leur imagination.

Le plus étonnant, concernant Mo Yan, est qu'il soit resté aussi accepté dans la Chine communiste. Militaire de carrière, il vient de la campagne et fait partie de l'Union des écrivains : c'est donc un officiel, à sa manière, un membre du parti. Et pourtant, il suffit d'ouvrir un de ces romans pour voir qu'il ne connaît pas la censure. S'il a dû retirer des choses de ses manuscrits, ce qui reste est passablement osé dans un pays non démocratique.

Non seulement il critique la corruption des cadres, non seulement il dénonce les abus des politiques mises en place par le Parti, mais surtout, il le fait dans un style baroque et jouissif, provocateur et cru, trivial et fracassant. Tout ce que la culture officielle chinoise déteste. On en banni, pendu, enfermé, pour moins que ça.

Alors comment a-t-il fait pour passer à travers les mailles du filet ? En n'étant lu par personne ? Pensez donc, il est extrêmement connu en Chine. Ses livres ont beau être exigeants pour le lecteur, ils sont des best-sellers. Alors comment se fait-il qu'un auteur comme Gao soit banni et un autre comme Mo Yan soit célébré ?

A mon avis, cela n'a rien à voir avec le contenu des livres. C'est plutôt une question de relations à l'intérieur des groupes de pression. J'imagine que Mo Yan s'est fait de solides amitiés au sein de l'armée, puis au sein du monde de la culture, puis même au sein des instances dirigeantes. J'imagine qu'il est intouchable parce qu'il est protégé personnellement, par des gens qui ont du pouvoir. Et ces gens, pourquoi le protègent-il ? Parce qu'au sein du parti, il existe un courant "libéral", un courant en faveur des droits de l'homme, de la démocratie et de la liberté d'expression.

Lire et soutenir Mo Yan, c'est donc un formidable effort de l'esprit contre les simplifications humanitaires qui ont tendance à étouffer la littérature actuelle. Rien que pour cela, ce prix Nobel est une excellent nouvelle.

 

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 16:44

高 Gao : “Haut”.

行 Xing : “Marcher”. Par extension : ”d’accord”, ”ça marche”.

建 Jian : “Santé”.


Le nom de famille de Gao Xingjian signifie “haut”, et cela est le fruit du hasard. Mais les parents de l’écrivain lui ont donné un prénom qui allie la marche et la santé. Et par extension, donc, l’accord aussi, le deal.

Il semble que le nom concentre et enveloppe le contenu du grand récit de Gao. La Montagne de l’âme se déroule dans les hauteurs des montagnes de Chine. On a diagnostiqué au narrateur un cancer du poumon. Il est las d’être pris dans les tourments du monde, et il aspire à fuir les conflits. Le long voyage, à pied, dans les montagnes, est une manière de quête de la santé.

Les choses peuvent se combiner différemment, selon l’humeur du moment. On peut aussi dire qu’il s’agit de chercher l’ “accord” (entre le narrateur et “elle”, entre l’homme et le paysage, entre ses propres identités “je”, “tu”, “il”) dans une double quête de hauteur et de santé. 

Pour citer mon amie Huang Bei, à qui j’ai demandé si cette interprétation du nom de Gao n’était pas trop loufoque, si c’était acceptable du point de vue d’un Chinois : “Pour être un vrai “Gao Xingjian”, il faut être grand et en bonne santé, et tout cela à travers une belle marche!

Moi, du moment que Huang Bei est d’accord avec mes idées farfelues, tout le monde peut me dire que je raconte des salades, je suis comme le roi d’un pays plus vieux.

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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 12:38


Serge Bramly a le bras long, il ne voyage pas les mains dans les poches et sait tirer profit de chaque instant en Chine. Déjà dans Le voyage de Shanghai, il débutait son récit par le rendez-vous qu’il avait quelque part. Un contact qu’on lui a donné à Paris, quelqu’un qui lui fera rencontrer des gens intéressants, du beau monde et les haut lieux.


Cela lui permet de parler d’un fameux concept chinois : les guanxi, les relations, le réseau d’influence. Cela lui permet surtout de faire des portraits de gens variés et forcément au moins un peu intéressants. Cela me permet, à moi, d'amorcer une réflexion sur l'identité de l'écrivain voyageur : dans ses textes, il donne de lui une image de poète, la tête en l'air, rencontrant par hasard des prostituées, des écrivains, des ministres, des dissidents et des responsables associatifs, alors qu'il est très organisé, qu'il prépare son voyage avec soins et en prenant des contacts précis dans les consulats et les lieux stratégiques où se concentrent les personnalités d'influence.

Il recommence dans son album SHANGHAI, réalisé avec la photographe Bettina Rheims (dont wikipedia nous informe qu’elle a eu un enfant avec lui, c’est du propre.)
Les photos sont formidables, mais le texte n'est pas mal non plus. Au fil des pages, le lecteur a l'impression d'une bande de copains, constituée de l'écrivain Mian Mian, de comédiennes et de mannequins, grandir, sortir, s'unir et se quitter. 

Pour terminer, et pour se rincer l'oeil uniquement, cette photo d'un autre livre du duo Rheims/Bramly, qui n'a rien à voir avec ce billet, mais qui berce l'esprit.

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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 12:16

Le poète a fait une promenade entre les différentes façons de se souvenir et de faire vivre la mémoire, chez Baudelaire, Nerval et Proust. Textes à l'appui, pour éviter d'être trop général, devant un public qui, s'il connaît quelques poèmes de Baudelaire, n'a jamais lu Nerval et ne sait de Proust, généralement, que le fait qu'il était homosexuel et qu'il écrivait des phrases trop longues, Gérard macé a fait un cours de littérature comparée assez magistral. Sans concept technique, sans théorie universitaire, il a intérprété succinctment des passages des uns et des autres pour amener les étudiants à apprendre à lire, dans les mots des autres, leurs propres expériences du sommeil, de la sensation et de la réminiscence.
Ce qui est beau, dans la vie de Macé, c'est qu'il n'a jamais été universitaire. Il a enseigné le français dans un lycée technique, sans avoir à s'encombrer de prose académique, et il a écrit des poèmes, des promenades, des "choses vues" des "choses rapportées", des choses lues. Petit à petit, il s'est fait un nom, puis il a obtenu des prix littéraires (Médicis pour Ex Libris), et il a inspiré des chercheurs et des critiques de premier ordre (J. Starobinsky et J.P. Richard ont écrit sur lui). On a fait appel à lui pour écrire des préfaces.
Ce qui est beau, aussi, c'est sa manière de ne pas écrire. Il n'a jamais de stylo avec lui et ne prend jamais de notes. Il n'a pas écrit ses conférences pour les étudiants de Fudan car il s'en dit incapable. Huang Bei a donc fait l'interpète sans filet, avec pour seule préparation les quelques textes prévus à cet effet. Il ne connaît pas l'angoisse de la page blanche car il ne se met jamais devant une page blanche, sans avoir déjà des phrases qui se sont formées dans son esprit et qu'il peut retenir par coeur. Il se récite des phrases, il les rumine, les remâche, les modèle de l'intérieur avant de les inscrire sur un écran ou sur du papier. Après, dit-il, c'est un travail d'artisan, de finissage et de polissage.
Il n'est pas parti sans offrir au département de français quelques livres. Des recueils de poèmes, des récits de voyage (Illusions sur mesure), des critiques sur Proust (Le manteau de Fortuny) et sur Nerval (Je suis l'autre), et même des livres de Nerval dont il a écrit la préface. Pour nous, au département, ce sont des cadeaux inespérés et précieux, car les universités chinoises ne commandent pas de livres français, et que toute bibliothèque francophone, ici, se constitue par dons, par extractions, par soutirages, par suppliques, et même, parfois, par photocopillages.
Macé, toujours accompagné de sa femme, est ensuite parti pour l'inauguration de la "fondation Victor Segalen", dans un village du Zhejiang. Après quatre jours de conférences et de discussion, il n'aura pas chômé et je serais très surpris qu'il ne soit pas sur les rotules à la fin de ce week-end.  
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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 10:13

Si vous passez par Shanghai la semaine prochaine, vous pourrez venir à l’université Fudan pour assister à des conférences du grand critique, sur Baudelaire, Nerval et Proust.




Je me sens assez verni, pour dire le vrai. Je travaille à l’autre bout du monde, je ne fréquente que des gens charmants, personne ne me cherche de poux et je vois défiler un nombre incroyable de chercheurs, d’écrivains, d’hommes politique, qui viennent parler aux jeunes Chinois.

La semaine dernière, j’ai raté Paule Constant, car des excès de la veille m’interdisaient de me lever, mais je tiens à ne pas rater Gérard Macé.

C’est un des meilleurs critiques de la littérature, parmi les poètes vivants. Un vrai spécialiste de Nerval.


Mardi, mercredi et jeudi après-midi au département de littérature comparée. Conférence d'une heure traduite en chinois par l'excellente Huang Bei.

Vendredi matin au département de français, sans traduction chinoise.

 

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14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 12:29
J’ai fait ici, et sur Nankin en douce, assez de réserves sur l’œuvre de François Jullien pour me permettre d’en recommander la lecture dorénavant.
 

Le sinologue Jean-François Billeter avait publié un pamphlet en 2006, Contre François Jullien (Allia), auquel a répliqué l’intéressé :

Chemin faisant. Connaître la Chine, relancer la philosophie
(Paris : Le Seuil, 2007).


Les premières et les dernières pages de Chemin faisant montre un homme blessé dans son orgueil. Il en perd un peu son sang froid, pour tout dire, et prend une pose supérieure qui le discréditera aux yeux des lecteurs qui n’iront pas plus loin.

Car il faut aller plus loin. Les chapitres centraux de ce libelle sont l’occasion pour le philosophe, de réexposer son approche, pour répondre à un certain nombre d’accusations ou de critiques.


Et c’est tout l’intérêt des polémiques, c’est la raison pour laquelle il faut en produire de temps en temps : quand elles sont bonnes, elles revivifient un champs de recherche, un domaine du savoir. Elles prennent l’allure d’un combat de coq, mais elles mettent en lumière des idées, des positions théoriques. Les mauvaises polémiques ne sont que des combats de coqs. Les bonnes polémiques explicitent, sous le bruit des combats, les concepts, et les rendent plus saillants. Les bonnes polémiques font évoluer les idées pendant que les belligérants attaquent, défendent, contre attaquent, dédaignent, disqualifient, montrent du doigt, ricanent.


Je pense que la polémique Billeter Jullien est de celles-là : une belle polémique qui, sous les querelles de personnes, nous permet de repenser notre rapport à la Chine, notre façon d’écrire sur elle, ce qu’on peut attendre d’elle.

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4 janvier 2008 5 04 /01 /janvier /2008 01:02
C’est un jeune écrivain qui a la tête singulièrement bien faite. A 35 ans, il a déjà écrit dix livres qui semblent être marqués par des qualités de mesure, d’équilibre trouvé entre érudition, narration, réflexion et fiction. Il ne se laisse pas déborder, Olivier Bleys, il maîtrise, il a du métier, et ça se voit.

Il est venu à l’université Fudan faire une conférence sur l’histoire des voyages. Il l’a construite en deux temps trois mouvements, entre un taxi et un café, sans hésitation, avec modestie et intelligence. Si les questions des étudiants ne l’y avaient pas forcé, il n’aurait pas dit un mot de son propre travail. Il aurait pu passer quelques heures avec nous sans même que nous sachions qu’il était écrivain.

Grand comme un jour sans pain, il se déplaçait avec lenteur, toujours entouré d’une nuée d’étudiantes et d’enseignants. Sa compagne, un peu à l’écart, prenait l’air dégagé de celle qui est habituée. Tous les deux avaient les traits tirés par le décalage horaire, et la conférence avait ce côté planant qu’on reconnaît chez ceux qui ont trop longtemps travaillé, ou trop longtemps fait l’amour.

Il improvisait sa conférence en parlant lentement et distinctement, ce qui est une qualité rare : c’est à cette qualité que l’on distingue quelqu’un qui sait s’adresser aux étrangers. J’ai entendu d’autres intervenants qui vivaient à l’étranger, qui ne travaillaient qu’avec des étrangers, et qui n’avaient pas la moindre idée de la manière de leur parler. Or, savoir parler aux étrangers est aussi important que de savoir parler, je ne sais pas moi, aux femmes, aux enfants, aux électeurs. Beaucoup de gens n’ont pas l’intuition des mots que les Chinois connaissent ou ne connaissent pas ; ils ne possèdent pas l’instinct de l’évolution de la langue, qui permet de dire des idées fortes dans des phrases simples. Il n’y a rien de tel pour développer sa densité d’expression. Savoir remplir de vie et de pensée trois phrases élémentaires, trois phrases nues, voilà une compétence qui n’est pas plus inutile qu’une autre.

Bleys nous a parlé de Marco Polo, des différentes visions du monde qui se sont succédé dans l’histoire, des évolutions de la cartographie. Des raisons pour lesquelles nous voyageons. Il nous a appris, par exemple, que ce n’est qu’en 1911, avec la découverte du pôle sud, qu’on a terminé le dessin de la carte du monde. 1911. J'ai l'impression que j'étais déjà vivant. 
Puis il a terminé par un retournement de situation, un bouclage de boucle, en vieux loup de mer des conférences qu’il est : les voyageurs contemporains, enfoncés dans les imageries du tourisme de masse, sont comme les premiers marchands médiévaux qui ne connaissaient rien d’autrui, mais qui avaient des préjugés assez clairs sur ce qu’on pouvait trouver là-bas, à l’autre bout du monde, là où les licornes broutent de l’herbe d’or.

Nous l’avons invité à manger un festin chinois, car il restait à l’université l’après midi. C’est le bonheur d’être enseignant à Shanghai, on profite davantage de la présence des écrivains et des chercheurs français. Des plats et des plats et des plats, en nombre théoriquement calculables, mais calculés de façon à donner aux invités l’idée d’infini et d’interminable gastrique. Des poissons, des raviolis, des crêpes qu’on se prépare soi-même, des soupes, du porc, des légumes, du tofu, des crevettes, des champignons qui ressemblent à des algues, des châtaignes qui étaient peut-être des marrons d’eau, et j’en passe. La table tournante où sont empilés les plats doit donner l’image d’un monde prospère et tourbillonnant. 
Le collègue qui a réalisé la commande me fait un geste de connivence : je crois qu’on les a impressionnés. J’acquiesce d’un signe de tête. On leur a fait tourner la tête, tu veux dire.

Vous pouvez écouter, sur France Culture, le feuilleton d’Olivier Bleys consacré au compositeur brésilien Villa-Lobos, tiré de son dernier roman, Semper Augustus (Gallimard, 2007). Vous pouvez aussi lire son blog, qu’il met à jour régulièrement, ce qui est assez rare et généreux pour un écrivain.

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9 septembre 2007 7 09 /09 /septembre /2007 10:08
Je me faisais une fête d’accueillir le grand écrivain reporter. Nous nous étions mis au point, à Paris, pour une série d’interventions. Il était d’accord pour venir deux fois dans mon université, la première pour une conférence classique devant un parterre classiquement obligé d’être là. Et une deuxième fois pour une rencontre plus intime avec quelques  étudiants volontaires et nourrissant un véritable intérêt pour la chose littéraire.

C’était un privilège extraordinaire pour moi, d’abord de l’avoir invité lui, puis d’avoir obtenu du consulat une belle marge de manœuvre pour son séjour.

Tout était de bonne augure jusqu’à ce qu’il m’envoie ce mail où il m’annonce qu’il a développé des « troubles fonctionnels qui ne mettent en danger ni [sa] vie ni [sa] santé mentale », mais qui l’obligent à annuler le voyage.

Je passe sur ma déception et sur celle, à venir, de mes étudiants.

Le consulat, pris de court, doit se précipiter pour trouver un autre conférencier, et me demande une liste de noms d’écrivains susceptibles d’intéresser les étudiants chinois. Je prends cela pour un honneur et un privilège. Se mettre à sa table et rêvasser aux auteurs qu’il serait intéressant de faire venir, quel pied. En premier lieu, éliminer les stars médiatiques qui ne prêteraient même aucune attention à l’invitation (Sollers, Houellebecq, Nothomb…) ; en deuxième lieu, écarter ceux qui font paraître un livre lors de cette rentrée littéraire (ce qui exclut Quignard, Forest et quatre cents autres.)

Alors qui ? Avec délectation, j’ai frappé ces quelques noms sur mon courrier destiné au consulat : Pierre Michon, Régis Jauffret, Jacques Réda (qui doit être un peu vieux, je m’avise), et quelques autres. La crème de la crème.

Après quoi, j’apprends sur le blog de Pierre Assouline, http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/09/02/oyez-oyez/#comments, que Pierre Michon va être présent à un festival organisé en son honneur dans le Limousin, autour du 20 septembre. Qu’il y aura de la bonne bouffe, des lectures, des discussions et des invités de marques, parmi lesquels… Jean Rolin !

C’est à n’y rien comprendre. Je le croyais atteint de troubles fonctionnels, Jean Rolin ? Ah, je vois ! Les écrivains français préfèrent picoler tranquille entre eux plutôt que de ramer devant un public de jeunes filles médusées !

Je plaisante, bien sûr, et ce n’est pas drôle. Jean Rolin ne viendra pas, à notre grand dam, et j’espère qu’il se débarrassera bien vite desdits troubles, afin qu’il reprenne la plume et nous enchante comme il l’a fait cet été avec L’explosion de la durite.

 

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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 16:54

Rencontré Jean Rolin à la terrasse d'un café, à Bastille.Nous devions nous voir pour parler business, Shanghai, consulat, reportage portuaire, conférence, interprète et piccole.

Moi, je n'en menais pas large et je laissais parler le maître. Il est prolixe, le maître, cela tombe bien. Il a parlé de nombreux lieux de vie et d'écriture. Puis il a abordé le sujet de son prochain livre, les chiens errants. Jean Rolin est intarrissable sur les chiens errants, qu'il observe depuis longtemps, dans le monde entier. Dans une lettre, il m'avait demandé si je connaissais une ville, en Chine, célèbre pour en héberger de nombreux. J'avais répondu que non. Non, je n'en connais pas, non pas non il n'y en a pas.

Il m'a dit qu'en Chine, en 1989, il avait refusé de manger du chien. C'est un interdit, me dit-il. Ces bêtes sont koprophages. Je n'en mangerai plus non plus.

Au bout de quelques heures, il fallut bien aborder un peu Shanghai. Pour lui, c'est une destination parmi bien d'autres. Il était à Moscou il y a quelques jours, il sera aux Etats-Unis au mois d'Août. Sa conversation est émaillée de lieux et de villes, lointaines ou proches, où il a travaillé, écrit, fait des recherches, des reportages. C'est inouï ce que cet homme voyage. Alors à Shanghai, il ira volontiers mais pour lui ce n'est pas un événement. Ce n'est certes pas un événement aussi important que ça l'est pour moi : faire se rencontrer mes étudiants et mon écrivain préféré.

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 01:39

Mademoiselle Peng, avec douceur, avec tact, avec une adorable précision, m’écrit qu’elle ne traduira pas L’organisation. Elle s’en croit incapable, elle dit que le style de Jean Rolin est trop difficile. Ce qui est émouvant dans son e-mail, c’est la gentillesse avec laquelle elle m’annonce sa décision. Beaucoup d’autres m’auraient à peine contacté, aurait oublié ou auraient, par gêne, été désinvoltes en me disant trois mots de refus par-dessous la jambe. Mademoiselle Peng, au contraire, a eu l’intuition que je serais déçu et a pris la peine de composer un courrier dans lequel elle cherche à me consoler. C’est une femme assez rare, contrairement à ce qu’on pense habituellement des femmes, qui a le souci de la personne à qui elle s’adresse. Elle a saisi que la littérature en général, et celle de Jean Rolin en particulier, avait beaucoup d’importance pour moi et elle prend la mesure de mon désappointement.   

J’ai le souvenir de petites amies qui ne pouvaient pas imaginer cela, pour qui les livres étaient une chose importante mais extérieure, une réalité sociale, un objet de loisir, un outil de travail, un truc de prestige, mais pas des rencontres déterminantes.

Distance Lointaine m’avait dit, quelques jours plus tôt : « Guillaume, j’ai lu L’organisation, c’est intraduisible en chinois. » C’était net, mais incroyable. Elle a dit cela en présence d’un collègue qui avait traduit les Ecrits de Lacan ! Mademoiselle Peng semble lui donner raison, cependant, puisqu’elle écrit : « La syntaxe est vraiment difficile à rendre en chinois tout en gardant la beauté de l'esprit de livre» Rolin plus difficile à traduire que Lacan, voilà qui risque de plonger l’écrivain dans des abîmes de perplexité.

Je me transforme donc en fin jésuite. Faire accepter Rolin en Chine, voilà ma mission. Vous allez me dire que c’est un peu con comme mission, ou du moins que c’est assez maigre, lorsque d’autres cherchent à réduire la pauvreté, à loger les SDF ou à sortir notre pays de la crise. Je répondrai qu’on a chacun la mission qu’on mérite. Moi, je me suis trouvé une petite mission à ma portée, concrète, faisable, durable. Ma mission prend racine dans un terrain de problématiques plus larges : le développement de la francophonie ; le dialogue des cultures ; la promotion d’une littérature rare et exigeante.

La mésaventure actuelle, le coup d’arrêt que mon ambition vient de subir ne donne que plus de superbe et de force à ma mission. Il ne s’agit plus seulement de convaincre des fonctionnaires de l’ambassade, des profs et des éditeurs. Cela se corse, mes amis. Il convient maintenant de relever le défi traductologique d’une langue et d’un phrasé intraduisibles.

 

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