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17 février 2007 6 17 /02 /février /2007 07:53

Je connaissais Yukiko pour l’avoir rencontrée à Nankin, il y a un an ou deux. Elle parle français avec un accent irrésistible. Elle dit « histoire d’ameur », « si ça te combien », des choses comme ça.

Elle est très occupée, elle travaille comme architecte, mais elle continue ses études pour obtenir le permis gouvernemental d’architecte agréé, en plus de quoi elle danse dans une troupe de ballet et enseigne l’art de la danse classique. Son emploi du temps est chargé, comme beaucoup de Japonais, mais elle m’a accordé une soirée. A moi d’en faire bon usage. Je l’ai invitée dans le restaurant le plus cher qu’il m’était possible, dans le quartier de Shinjuku, et qui m’a coûté quatre ou cinq nuits d’auberge. Le chef faisait cuire le bœuf et les légumes sur une plaque, devant nous, tandis que Yukiko m’entretenait de son désir d’aller vivre à l’étranger. Si elle travaillait à l’obtention de son permis d’architecte, ce n’était pas par passion pour l’architecture mais pour pouvoir trouver un travail, en France ou ailleurs.

Après le repas, nous nous sommes promenés dans le quartier chaud de Kabuki-cho, où des grands Noirs baraqués ont voulu nous inviter à boire un verre dans un bar à putes. Yukiko a refusé avec la dernière énergie, malgré l’assurance des rabatteurs que ce serait gratuit pour elle. Je ne comprendrai jamais les femmes.

« C’est dangereux, me dit-elle. Ils font payer très cher et après tu as des problèmes.

- Pourquoi ? Regarde, il y a un grand Black pour nous protéger.

- Il n’est pas là pour nous protéger. C’est lui qui va te casser la gueule.

- Ah ? »

Je l’ai regardé avec beaucoup moins d’affection, soudain, ce grand costaud qui nous répétait : « It’s free for the lady. Come on. »

Tu parles pas comme ça de Yukiko, d’abord.

Cette dernière m’a tiré par la main pour me diriger vers un karaoké où j’ai fait d’elle une interview en français pour mes étudiants. Mon ambition était, je crois, de leur montrer, à mes chers étudiants, que les Japonais étaient des gens normaux, c’est-à-dire qu’ils parlaient français. Quelques jours plus tard, je ne saisis plus bien ce qui m’a motivé ce soir-là car, au fond, je ne vois pas pourquoi mes étudiants devraient considérer les Japonais comme anormaux.  

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Published by Guillaume - dans Japon
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commentaires

Guillaume 19/02/2007 08:46

Merci Serriere. Je ne suis pas sûr de savoir ce que vous voulez dire, mais l'adjectif que vous utilisez me persuade que c'est de l'ordre du compliment.

serriere 18/02/2007 08:34

très belle illustration du propos