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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 10:23

Les Chinois sont en train d'apprendre à apprécier le vin. C'est une des missions que prend au sérieux la classe privilégiée de la société. Ils suivent des petits stages d'œnologie, où de charmantes hôtesses leur apprend à renifler, à déguster, à reconnaître les arômes.

 

Neige, qui était une brillante étudiante en français, a décidé de quitter l'enseignement et la recherche universitaire pour travailler dans le vin. Son employeuse possède une entreprise d'importation et de vente de vins occidentaux. Comme sa clientèle est la population aisée de Nankin, elle a développé un secteur "stage et formation", où les potentiels clients viennent apprendre l'art de la dégustation.

 

Neige m'a invité à assister à une séance de dégustation à l'aveugle avec son groupe d'"élèves". Ce n'était pas une séance de formation à proprement parler, mais plutôt une soirée de divertissement, une activité de club, pour entretenir la flamme parmi les membres de la congrégation.

 

Chacun devait apporter une bouteille de vin français et la recouvrir de papier aluminium. Ensuite nous devions goûter les vins et deviner ce que c'était. Mais le plus important était d'apprécier les arômes, le corps et l'équilibre. Après quoi, un tour de table était effectué pour évaluer le prix de la bouteille sur le marché chinois.

 

Car c'est le prix qui se révèle être le gros mystère de ce marché en expansion. Comme les Chinois n'y connaissent rien, et que boire du vin français est un signe extérieur de richesse, il arrive que des nouveaux riches friment en mettant en scène le prix des bouteilles plutôt que leur qualité. Des marchands en profitent et vendent à prix d'or des vins médiocres. Ou remplissent des bouteilles aux étiquettes prestigieuses avec du mauvais vin.

 

Le vin en Chine est donc un sujet passionnant, où tout est très mouvant : il faut apprendre à apprécier des goûts nouveaux, tout en sachant maîtrises des fluctuations de prix infernales et parfois irrationnelles.

 

Les entreprises d'importation de vin fleurissent, donc, et semblent avoir la vie assez dure. C'est un monde où les gens se méfient, et quand on n'a pas les reins assez solides, on dépose le bilan après quelques années. J'ai rencontré plusieurs entrepreneurs qui avouaient de pas encore être bénéficiaires.

 

Neige, elle, est heureuse dans son nouveau métier. D'abord elle s'est découvert une passion pour le vin et un talent pour la dégustation. Et puis elle rencontre des gens intéressants, des gens sympathiques, des gens qui, pour certains, ont fait fortune dans l'industrie, et aspirent à une culture plus raffinée. Avec son élégance naturelle, son sourire distingué, son élocution de lettrée, sa qualité de francophone, Neige leur apporte sur un plateau cette promesse de culture élitiste.

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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 04:37

Je précise : au premier étage! Si vous entrez au Platane sans savoir, on ne vous demandera rien et on vous installera à une table du rez-de-chaussée, et on vous servira de la nourriture excellente aussi, mais vous sortirez un peu déçu ; vous direz que cela ne mérite pas la mention de "meilleur restaurant de Shanghai". Au rez-de-chaussée, il s'agit d'une brasserie de très bonne qualité, mais d'une brasserie, et vous n'êtes pas prêt à vider votre bourse pour un steack frites.
Pour aller à l'étage, où se situe le restaurant gastronomique, il faut le demander, il faut un peu forcer la main à un personnel qui a reçu des directives strictes : ne pas en faire un hall de gare, limiter le plus possible le nombre de clients pour qu'ils puissent être vraiment pris en charge.
On peut les comprendre. Les prix sont rédhibitoires et beaucoup de gens entreraient et sortiraient au bout de cinq minutes, après colloques gênés entre convives. Deux menus, l'un à 750 RMB, et l'autre à 1000. Le premier vin rouge (un très bon Figeac) est à 650 RMB. L'addition finale monte facilement à 1500RMB par personne, ce qui est un vrai scandale, je suis d'accord, mais là n'est pas la question. La question est que la bouffe est merveilleuse, le service excellent, la déco étonnante, que le dîner dure trois ou quatre heures sans possibilité de s'emmerder, et qu'on se retrouver vite seuls attablés dans ce petit espace confortable. La gastronomie, il vaut mieux que cela passe par le bouche à oreille, la gastronomie est une affaire de connaisseurs. La plupart des clients qui étaient en bas, dans la brasserie, étaient plus riches que nous : la sélection ne se fait pas uniquement par le portefeuille, mais par la volonté, par la connaissance, la pugnacité.
Entouré d'un papier peint qui fait penser aux chinoiseries du XVIIe siècle, d'amples motifs de branches d'arbres et d'oiseaux, le groupe d'amis tartine son pain avec du beurre de truffe, en attendant de commander. Je recommande le menu à 750 yuan, qui comporte trois ou quatre entrées : une Coquille Saint-Jacques, du foie gras préparé de trois façons différentes, sous forme de mousse (avec une confiture d'abricot que j'ai trouvée géniale, enfin l'idée était géniale), sous forme poêlée et sous forme de terrine (avec de l'anguille), puis une salade de carbe avec d'autres choses légères qui faisaient une bonne suite au foie gras.
Puis est venu le loup, ou le bar, je ne sais pas ce que l'on dit le plus habituellement. Le terme anglais de Seabass est plus courant car c'est un poisson qu'on mange plus souvent dans les bons restaurants anglo-saxons, dans le monde entier. C'est donc un poisson que les restaurants français proposent lorsque le chef n'est pas français, comme c'est le cas du Platane. Ici, nous avions du "black seabass", un bar noir qui se distingue du bar normal en ceci qu'il est plus petit, plus sombre et qu'il est meilleur au goût, si l'on en croit le serveur à qui nous avons posé la question. Le poisson avait un petit goût de brûlé que j'ai beaucoup apprécié. Le chef jouait sur le goût du brûlé, une subtile impression qui se retrouvait dans la Saint-Jacques et le foie gras poêlé, qui réhaussait la combinaison des sauces et des aliments principaux. C'est à des détails comme ceux-là, le jeu risqué du brûlé, que l'on reconnaît l'artiste parmi les chefs.
Puis j'ai eu une absence. Je n'avais presque pas dormi la veille au soir, et ma journée avait été bien remplie, arrivé au fromage et à la litanie des plats sucrés (fruits, sorbets, desserts, niama niama au chocolat pour accompagner le café ou je ne sais quoi), je piquais du nez, et il n'est pas jusqu'à ma voisine de table qui ne me dit que mes yeux étaient rouges. J'allais m'assoupir sur le canapé qui occupait une alcôve, histoire de libérer quelques rêves qui cognaient contre ma tête. Je revenais à table, réveillé par Grégoire pour le(s) dessert(s), tous meilleurs les uns que les autres.
Nous sommes sortis de là impressionnés sur tous les points et à tous les niveaux. De toutes les tables que nous avons essayées, et pour ce qui concerne la cuisine française, c'est le Platane qui remporte la palme, sans aucune hésitation, il domine Shanghai de la tête et des épaules. 
Le Platane, au croisement de Huangpi lu et de Xingye lu, à un bout de Xintiandi, au bord du lac.  

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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 03:47

Certes un peu restauré, assaini pour les besoins du tourisme, mais toujours agréable, et prise dans une odeur de mouton et de bouffes variées.





Une mixture à base de carrés gélatineux, blancs d'abord, puis brunis. Ils ressemblent à du tofu, mais ils sont en fait de la pâte de riz, comme pour faire les nouilles translucides qu'on mange dans la rue.


A cause de ces étals de foie de mouton, attaqué par des mouches et vendu au kilo, il arrive que le touriste chinois se sente plutôt d'aller manger ailleurs. Pourtant, la réputation gastronomique de Xian est très répandue en Chine.

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 00:42

J’entends souvent dire qu’avec internet, c’est la fin du off, la fin de la séparation entre privé et public, etc. Très bien, alors je vais balancer méchamment.

J’étais au restaurant avec trois amis, mais comme c’est internet, je vais divulguer les noms, je prends le risque.

J’étais chez Jean George, restaurant excellent où je me rendais pour la troisème fois, avec, je cite de mémoire et par ordre alphabétique, Aloïs, Arthur et Grégoire. Voilà, je me fous des conséquences, c’est la force d’internet, c’est le risque des blogs, la splendeur du cyberjournalisme.

J’irai plus loin : Arthur et Aloïs venaient de s’acheter un e-phone et tripotaient leur superbe appareil, tandis que Grégoire, rongé par la jalousie, car il possédait une version vieille de six mois d’un super téléphone pas aussi classe que l’e-phone, gérait comme il pouvait les effluves et les vapeurs, dues à une soirée qui ne s’était terminée que quelques heures auparavant.

Moi, au contraire, je m’étais préparé pour être concentré sur la nourriture et la boisson, car je suis plus attaché qu’un autre aux choses de la fourchette, du palais et de la mécanique gastrique. Je m’étais levé à 7h30, et avais mangé jusqu’à 9h00. J’étais, par conséquent, parfaitement au point pour profiter d’un déjeuner de qualité sur le Bund. A 13h00, la digestion était faite, je n’avais ni trop ni trop peu faim. Le bon équilibre.

Nous demandons à parler au sommelier. Un Français approche et nous parle des fameux vins chinois dont on parle tant. Les vins de « Grace Vineyard » bénéficient d’une bonne réputation. Des collègues m’en ont parlé, un homme d’affaire français y consacre un billet sur son blog, des émissions de télévision ont été faites autour d’eux. Ils concurrencent, paraît-il, les vins européens. Le sommelier est un peu gêné, il nous dit que ces vins sont « bien faits ». Il ne sort pas de ce vocabulaire peu engageant : « Non non, c’est tout à fait sympathique. Il est bien en bouche, il a de la rondeur… Il manque peut-être un peu de structure mais, pour un vin chinois, c’est tout à fait intéressant. Les blancs surtout… Les rouges, c’est autre chose. » Mouais. Qu’est-ce qu’on fait, les mecs ? Je pose quelques questions techniques au sommelier qui ne sort pas de sa réserve polie. « Si vous voulez, dit-il, je peux vous faire goûter le chenin blanc et le chardonnay. Vous pourrez comparer. » Très bien, goûtons voir si le vin est bon.

Le chenin blanc est une exclusivité Jean George. Vous le saurez, si vous voulez boire ce qui se fait de mieux en vin blanc chinois, il faudra venir chez Jean George, ce qui, je vous le dis tout de suite, est plutôt une bonne chose à faire si, comme moi, vous attachez plus d’importance à votre palais qu’à d’autres parties de votre anatomie. Nous goûtons les deux blancs de chez Grace Vineyard et nous prenons le chenin blanc pour l’apéritif. Il est 13h30 et notre sommelier fronce imperceptiblement les sourcils, sans se départir d’un sourire professionnel. Quelque chose lui dit que nous allons rester un peu longtemps.

Grégoire trouve que le vin a des bulles, mais à part cela, tout le monde est satisfait du chenin blanc. Nous commandons. Je conseille à mes amis le foie gras brûlé et le filet de bœuf, que je trouve succulents. Grégoire, dont on ne sait jamais tout à fait s’il est avec nous ou s’il flotte dans les réminiscences des bacardi-cokes étoilés, préfère une soupe aux champignons avant le bœuf. De mon côté, j’opte pour la salade de crabe et une pièce de veau. Je ne serai pas déçu du voyage.

Nous arrosons les plats de résistance d’un rouge du même producteur chinois. Il ne sera pas dit que nous n’avons pas essayé, et j’avoue que j’étais très curieux d’en avoir le cœur net. La bouteille de merlot n’a pas eu le même succès. Arthur l’a trouvé excellent à la première gorgée mais a émis des réserves au fur et à mesure que le repas tirait  vers la fin. Aloïs ne disait rien – mais en même temps, Aloïs ne parle jamais beaucoup, alors son silence est difficile à interpréter – et Grégoire a finalement admis que son gosier était matelassé de telle façon que les liquides ne pouvaient pas être distingués d’un quelconque cocktail de boîte de nuit.

Le dessert a mis tout le monde d’accord. Le grand classique des desserts : le « Jean George Chocolate Cake », qui fond et vous réchauffe le cœur, qui vous rend meilleur homme et plus indulgent avec vous-même, à défaut de l’être avec les autres.

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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 12:36
Dans le café où je corrige des copies, je vois de nombreux jeunes gens qui invitent de jeunes filles à boire un capuccino ou un latte. Pour beaucoup d’entre eux, c’est une expérience inédite que de passer tant de temps en présence d’une personne de sexe opposé. On voit sur leur visage et leurs gestes qu’ils font un effort considérable pour maintenir un bon niveau de communication. Ils ne sont pas là pour passer un bon moment avec un(e) camarade, mais pour trouver un mari et une femme. C’est donc une véritable épreuve pour les deux, dans les deux sens du terme. 

Ils se jaugent, s'évaluent, mesurent le niveau de vernis social, le taux de tolérance au silence, la capacité de divertissement, l'usage de l'argent.
Certains se débrouillent impeccablement, ils rigolent, se font des sourires charmants, ont déjà de la complicité, mais pour d’autres, c’est un calvaire, une galère. Ils ne se disent rien, ont échoué plusieurs fois à faire monter l'ambiance et finissent la journée sur les rotules, en passant par la case café comme un devoir.

Je ne suis pas sûr de savoir ce que représente pour eux le café occidental où ils vont. C’est un peu cher, c’est occidental et c’est du café, alors ce doit avoir une vague connotation de classe.

On voit que ce sont des couples sans expérience quand ils restent moins d’une demie heure. Les autres Chinois rentabilisent le prix du café en restant l'après-midi entier à bavarder, à regarder leur ordinateur ou à lire. Mais pour ces couples en devenir, quand la fille n’est pas plus dégourdie que le garçon, une fois la boisson consommée et la sueur au front épongée, il n’y a, même en cherchant un peu, aucune raison de rester.

Je me mets à la place de ces jeunes hommes et je ressens leur malaise. Ils ont la même inexpérience du beau sexe que celle que j’avais à la puberté. On m’aurait dit, à 13 ans, que je devais trouver épouse, j’aurais été aussi peu loquace, aussi peu brillant, seul avec une camarade de classe, vue et connue depuis des années dans le cadre familier et peu érotique de la cour de récréation, de part et d’autre d’une table où je ne me serais jamais assis auparavant, et sirotant un breuvage étranger, amer et vainqueur, sans plaisir et sans idée de ce qu’il fallait entreprendre pour la suite.

Généralement, il suffit que je replonge dans une copie pendant quelques minutes pour que, relevant la tête, je ne vois plus personne à la table des amoureux en herbe.

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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 02:40
Je m'y suis rendu directement après un après midi à la bibliothèque Zi-Ka-Wei. C'est à trente minutes de marche, à travers les petites rues de la concession française.
J'y ai retrouvé des copains. Nous étions cinq et nous y sommes restés quatre heures. Il me semble que cela dit assez le plaisir qu'on y a pris. De la charcuterie, du fromage bien de chez nous, un chef à la personnalité marquée qui veut s’occuper de chaque assiette, d’où le petit nombre de tables dans un espace pourtant assez confortable.

Le patron vient nous demander ce qu’on veut boire.

« - Vous n’avez pas un vin maison ?

- Si, on le fait nous-même, avec les vignes qui poussent sur la terrasse.

- Bon, je ferme ma gueule.

- Ok, j’ai ce qui vous faut. Cherchez pas, je sais ce qui ferait plaisir. »

Ah ? C’est la première fois qu’en Chine, un patron de restaurant prend le pouvoir ainsi. Mais ça me plaît bien, il prend ses responsabilités, il croit en ses produits, ça inspire confiance. On peut l'attendre au tournant, le petit Franck, en regardant les serveuses philippines. Franck s’est trop cassé les dents sur du personnel chinois, alors le jour où il a réalisé son rêve, ouvrir son propre bistrot, il s’est construit une équipe à son image : étrangère, discrète, souriante et point trop obséquieuse.

Le vin arrive et je suis soumis à un « blind test ». L’odeur est superbe. Je veux dire, pas spécialement complexe, mais une vieille odeur de vin telle qu’on n’en a qu’en France. Une odeur qui vous donne envie de parler comme le journaliste qui, dans "L'Echo de Chine" du 12 mars 1898, parle du « génie français ». Ce n’est pas du Bourgogne et ce n’est pas un grand Bordeaux, mais à vue de nez, et pour moi, ça pourrait être un bon petit Bordeaux, ou un bon Côte du Rhône, c’est dire si je n’y connais pas grand-chose. Alors je pronostique Côte du Rhône, parce qu'on y trouve davantage de petits vins surprenants. Il s’agit d’un Costière de Nîmes, dont Franck est assez fier. Moi aussi je suis assez fier : Rhône, Nîmes, tout cela n’est pas bien loin, et je n’ai pas perdu la face. Franck a trouvé un négociant basé en Mandchourie, et lui a pris toutes ses bouteilles. Moi, je trouve cela aussi romanesque que du Mac Orlan ou du Londres.

Après la charcuterie, j’ai pris un turbot à tomber par terre, qui m’a laissé presque silencieux pendant une demie heure. Tout avait l’air succulent, le carré d’agneau, le saumon et le reste. Le deuxième vin venait aussi du Languedoc. On demande à Franck : « Tu viendrais pas du Languedoc, toi, des fois ? » (Vous avez remarqué le tutoiement, qui, imperceptiblement, s’est substitué au vouvoiement, comme dans tout vrai bistrot.) Il dit : « Pas du tout, je viens d’Aix Marseille ! » Bon d’accord. C’est comme les types qui disent « je suis pas Lyonnais, je suis de Villeurbanne. »

Franck parle très bien des vins de cette région, il les connaît bien, et la deuxième bouteille, qu’il a mise en carafe derrière le bar pour être sûr qu’elle soit épatante, eh bien la deuxième bouteille, dont j’ai oublié le nom, elle était encore meilleure que la première.

On n’a pas pris de dessert, on n’en pouvait plus, mais par contre, une petite mirabelle, dans un beau verre à pied, on n’a pas dit non.

Et je dis que pour les gens qui aiment manger, qui aiment la France, qui aiment la vie, qui aiment Shanghai, qui aiment le vin, qui aiment le porc et tous les animaux de la Création, il n’y aura pas beaucoup de raisons de dire non, quand ils iront et retourneront chez « Franck ».

376 Wukang lu (Ferguson lane), tel : 021 6437 6465

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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 06:35
Le gros problème des restaurants gastronomiques de Shanghai réside dans le service. Les Chinois ne savent être serveurs, à tel point que certains établissement font appel à la main d’œuvre étrangère : Philippins, Malais, Hongkongais, on se trouve parfois servi par un personnel qui ne sait même pas parler le mandarin.   

Je suis facilement irrité par un mauvais service car un repas chez Jean Georges ou au Jade 36 est un moment exceptionnel, à moins d’être banquier et de prendre ces restaurants pour des cantines. Il faut dire aussi que j’ai été moi-même serveur, que je n’étais pas brillant et que j’ai fait beaucoup d’efforts pour me faire virer quand même, à deux reprises, alors que je travaillais mieux que mes homologues chinois.

L’idéal du serveur, c’est d’être invisible, d’apporter les plats et de les desservir sans se faire sentir, d’être léger comme une émulsion de truffes, discret comme une pincée de sauge et efficace comme un steak frites. Or, à Shanghai, les serveurs sont trop pressants ou se font trop attendre, ils sont maladroits, manquent de faire tomber les couverts, laissent des cendriers sur les tables, desservent avant que tous les convives n’aient terminé. Ils travaillent sans trop savoir ce qu'ils font là, sans saisir le sens des salamalecs qu'ils se sentent obligés de faire. Ils ne sont pas formés, voilà tout.

La solution, chers amis, je la tiens. Il faut monter une école hôtelière à Shanghai. Cela pourrait être fait dans le sillage d’une faculté de français, ou d’un centre de langue française, ou au sein d’une école internationale. On y formerait de jeunes Chinois de la région à servir, à diriger, à gérer, à parler anglais et français.

Il est difficile de comprendre pourquoi personne n’a encore investi dans ce type de business. Les restaurants pourraient y puiser leur personnel, les étudiants seraient assurés d’avoir du travail, et le niveau gastronomique de la ville s’élèverait. Et pourtant personne ne bouge. Les Français qui se lèvent tôt n’ont toujours commencé à y réfléchir, on se demande un peu à quoi ça sert de se lever tôt.

Il va encore falloir que je prenne les choses en main, vous allez voir.

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18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 23:48

Sens-et-Bund-1.jpg

Voici le restaurant où a dîné Sarkozy quand il est passé à Shanghai. Sur le Bund, donnant sur Pudong, le restaurant des frères Pourcel fut pour mes amis et moi un grand moment de réunion gastrique.
Des "lasagnes de queue-de-boeuf" à la "déclinaison de poire Belle Hélène", précédés d'une minuscule soupe au foie gras émulsionné (ou soupe émulsionnée de foie gras truffé), la bouffe nous satisfit suffisamment pour décider qu'à l'avenir, nous nous ferions une bonne table par mois (ou tous les deux mois, selon la lourdeur de l'addition.)


Sens-et-Bund-2.jpg

Nous y allâmes moins sur un coup de tête qu'à la suite d'un pari. Dans un bar, la semaine précédente, nous parlions d'un film et et n'étions pas d'accord sur le nom du réalisateur. Je lançais un défi : "on cherche sur internet, et si j'ai tort, je vous paie un lunch chez Jean-George." Sous-entendu, si je gagne, c'est vous qui m'offrez ledit lunch. Grégoire trifouille son ordinateur de poche et voilà que mon triomphe éclate. Après, dans le cours de la discussion, le Jean-George s'est transformé en l'autre restaurant français du Bund.
Restaurant à la décoration dépouillée, moins raffinée et confinée que le Jean-Georges, et une ambiance moins orientée "business".

Sens-et-Bund-3.jpg

Arrosé de deux bouteilles de Pessac-Léognan, le repas fut très cher : l'équivalent d'un mois de salaire pour un professeur d'université.

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30 août 2007 4 30 /08 /août /2007 09:57
Dès l’aéroport, l’odeur de la Chine m’est revenue. Il paraît que c’est l’odeur de l’Asie, et qu’on la retrouve aussi bien au Vietnam.

Une odeur entêtante, saturée, qui va avec la chaleur humide. Une odeur organique, qui provient peut-être des haleines mélangées, ou d’aliments longuement cuits, une odeur impossible à décrire.

La première fois que je suis venu en Chine, je l’avais déjà remarqué mais elle n’était pas distincte de toutes les autres sensations. Les premiers jours, cette odeur ne me plaisait pas, elle me rendait malade, ou était concomitante à la maladie que j’attrapais très rapidement. Elle me coupait l’appétit. Ou était-ce la maladie qui me coupait l’appétit ? Ou le décalage horaire, ou la chaleur ?

Mais cette fois, je l’apprécie, elle est pour moi annonciatrice de bonnes bouffes, de saveurs, de langueurs.

Dans le hall des arrivées de l’aéroport, les femmes chinoises, en robe, en sandales et la peau luisante, me ramènent violemment en Chine. J’en regarde une ou deux, longuement, mes yeux ont besoin de se repaître d’elles pour imprimer durablement le changement de pays.

Je quittais Paris où il faisait moins de quinze degrés, et je suis à Shanghai où il en fait trente. Je passe à un autre mode d’existence, plus lent, plus méditatif. Il faut maintenant trouver des parades contre la chaleur et l’humidité.

L’odeur s’est manifestée très nettement encore en sortant du taxi quand je suis arrivé chez moi, mais je m’empresse de noter cette sensation car elle disparaît vite. Après ma première sieste, je ne la perçois plus vraiment et, demain, elle sera sans aucun doute parfaitement intégrée à mes sens et à mon corps. C’est-à-dire qu’elle aura disparu.

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11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 10:50

Je rêve d'être un homme d'affaire pour parler business autour d'un repas. Il y a des restaurants qui inspirent les conversations sérieuses, les discussions d'adultes qui manient de gros chiffres et font des plans sur la comète.

Je suis allé déjeuner avec Mademoiselle Dao, journaliste et éditrice d'Oriental Outlook, le magazine d'actualité qui a publié, et sérieusement coupé, mon article sur les bords de l'eau. Sujet hautement controversé, le comportement des chinois au bord de l'eau ne pouvait se passer d'un examen soutenu de la part de la direction de la revue.

Mademoiselle Dao est une charmante Nankinoise qui a passé plusieurs années en Europe et qui a la responsabilité de cette page, « Heading Est », qui donne la parole à un étranger. Elle dit que c'est la première fois qu'un organe de presse chinois le fait. De retour en Chine, elle a travaillé à Pékin puis s'est fait embaucher par ce magazine basé à Shanghai. Elle affirme qu'il s'agit d'un des trois magazines main stream les plus importants de Chine. Main stream, c'est une notion qui revient souvent dans sa conversation, c'est une marque de qualité à ses yeux.

Nous n'avons pas parlé directement des découpages qu'elle a fait subir à mon texte. Je ne voulais pas me plaindre, ni   passer pour un emmerdeur. Mais elle m'a expliqué se façon de procéder. Elle demande à l'étranger un article de 1500 mots anglais et doit composer, à partir de cela, un texte chinois d'un tiers plus court. Cela lui donne la latitude qu'elle juge nécessaire pour rendre le texte « publiable ».  

A côté de nous, des Américains parlaient business et ne quittaient pas des yeux leur ordinateur portable. Ils mangeaient sans payer la moindre attention à leur sandwich. « Regardez donc ce que vous mangez, bougres d'andouilles ! » Mademoiselle Dao se moquait d'eux, aussi, elle dit qu'au bureau, gens disaient qu'elle s'était européanisée, et qu'elle aussi, il lui fallait des pauses repas véritables. Pour moi, ce n'est pas spécialement européens, c'est humain : manger, c'est un moment important, il faut le respecter un minimum. D'ailleurs, tout le plaisir de parler business, c'est d'avoir de la bonne bouffe. Les businessmen, remarquez bien, ne vont jamais dans des boui-boui.

Nous en sommes venus à faire des projets d'avenir, avec Mademoiselle Dao. Un voyage en France avec des étudiants, l'année prochaine, sponsorisé par des entreprises françaises et couvertes par les médias chinois. On irait à Lyon, on visiterait les musées, guidés par mes amis de là-bas, et on irait regarder un match de l'Olympique lyonnais. Vivent les déjeuners business !

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