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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 22:42

La politique étrangère de Sarkozy a connu, paraît-il, des succès. Je ne sais pas, c’est bien possible, mais ce qui me frappe, pour ma part, c’est la continuité dans l’erreur. Afrique, Chine, Iran, la France se décridibilise avec acharnement.

AFRIQUE - Le discours de Dakar, prononcé en 2007, est maintenant une archive historique et il suffit de le réécouter, même en partie, pour en être choqué. Venir en Afrique noire pour dire aux gens que “l’homme noir” n’est pas assez “entré dans l’histoire” et que c’est là “son drame”, est injustifiable et témoigne, de la part de la personne qui a écrit ce discours, de ce qu’on appelle la connerie dans les bar-tabac des villes de province. L’ensemble du discours prête à rire et aura des conséquences néfastes sur notre rapport à l’Afrique pour longtemps encore. Plutôt que de se tasser, les effets vont apparaître avec le temps car le racisme y est relativement bien dissimulé derrière des citations de Senghor. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce discours est maintenant un document qui fait date dans les études postcoloniales, et l’université le prend et l’analyse comme un symptôme particulièrement parlant et radical, presque pathologique, du néocolonialisme.

CHINE - Après l’Afrique, voilà que notre président se ramasse avec les Chinois. Il parvient à se mettre à dos l’ensemble de la blogosphère chinoise, et pas seulement le gouvernement. Ses gesticulations autour des jeux olympiques n’ont donc servi strictement à rien, je crois que c’est aujourd’hui admis. Aucun dossier bilatéral n’a avancé depuis l’élection de Sarkozy. Rien de positif n’est apparu ; au contraire, on en est encore à tenter de réchauffer les relations diplomatiques pour que les Chinois reviennent à la position normale qui est la sienne, et qui consiste à signer des contrats avec la France autant qu’avec d’autres pays européens. En contrepartie d’un délabrement des relations Franco-chinoise, rien n’a bougé au niveau des droits de l’homme, des prisonniers politiques. Bref, échec total vis-à-vis d’un pays qui était pourtant bien disposé à notre égard, et qui devient, à la faveur de la crise actuelle, un acteur fondamental de la géopolitique.

IRAN - Sarkozy a sur le dossier iranien une position plus dure encore que celle des Américains. Il ne prend prend pas en compte le changement d’approche d’Obama ; il est encore sous Bush et se croit dans son bon droit en se lançant dans un bras de fer avec Téhéran. On croit rêver! A ce niveau, ce n’est plus de l’incompétence, cela ressemble à de la bêtise. Va-t-on se mettre à dos tous les pays émergents ? Je ne veux même pas entrer dans le détail de l’affaire, je veux seulement critiquer l’attitude formelle. Au niveau des formes, le président de la France ne peut pas venir dans des pays étranger et prendre de haut des gouvernements étrangers, c’est juste quelque chose qui ne se fait pas.

Et surtout, la France se décridibilise quand elle exige que l’Iran rentre dans le rang ”en cessant immédiatement ces activités destabilisantes et en répondant sans délai aux demandes de la communauté internationale” (lemonde.fr avec AFP, 28 sept. 09), sans pouvoir ni vouloir passer à l’acte pour faire respecter sa demande. On appelle cela des gesticulations à contre-temps, et ça ne peut que réjouir le gouvernement de l’Iran qui voit là une démonstration inespérée de l’idée que les Occidentaux leur refusent l’indépendance.

Ce qui me choque dans ces trois dossiers, c’est l’inculture qui semble présider à tous ces mouvements. Quand Sarkozy pense Iran, à quoi pense-t-il ? Pays pauvre, musulman, anti-occidental, il pense peut-être turban, barbe blanche ? Mais quand on pense Iran, il faut d’abord penser Perse, civilisation ancestrale, culture raffinée, profondeur historique. Nous devons aller à Téhéran avec la grandeur de la Perse à l’esprit et Hérodote dans les valises. Il ne faut jamais oublier qu’à l’époque d’Hérodote, par exemple, l’Asie centrale et toute l’Egypte était sous la domination de la Perse, et que les Iraniens n’oublient pas leur grandeur passée. Nous ne pouvons avoir de bonnes relations avec l’Iran si nous ne connaissons rien de son histoire. C’est aussi important que de savoir ce qu’est devenue la sociologie du pays, sa classe moyenne, le rôle des femmes, les mouvements démographiques. Or, Sarkozy se contrefiche de tout cela.

Plus généralement, je crois qu’il faut en finir avec les effets de manche diplomatiques. Les rapports entre pays ne sont pas une affaire de décisions brutales et de rodomontades, elles sont faites d’un long travail de connaissance mutuelle, d’échanges, de frictions, de négociations, sur un temps long et patient. Avec le temps, je me désolidarise des manifestations pro-tibétaines qui ont eu lieu à Paris en mars 2008, et que j’ai un peu soutenues à une époque. Non seulement elles ne feront jamais rien avancer sur le terrain et elles blessent les Chinois , mais surtout elles enracinent des idées stupides et erronées dans l’esprit de la jeunesse occidentale. L’idée que plus on criera plus on aidera les opprimés. L’idée que le Tibet était un pays indépendant avant l’invasion chinoise des années 1950. L’idée qu’on est pur lorsqu’on traite les Chinois d’assassins. L’idée que la France est un pays qui peut exiger des choses aux autres. Là aussi, l’inculture était essentielle aux manifestations anti-chinoises. Qui, parmi les manifestants de Paris, s’étaient jamais penché sur l’histoire du Tibet ? Pour aider les Tibétains, il y a d’autres leviers, plus discrets, sur lesquels agir.

Et d’abord se cultiver sur les régions du monde qui nous intéressent. Les relations internationales ne devraient-elles pas être le lieu de la connaissance, de la recherche patiente, de la lecture et des traductions des grandes oeuvres ?

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Published by Guillaume - dans Politique
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commentaires

Guillaume 05/10/2009 22:50


Merci Galanga. Pour ce qui est du Tibet, je ne remets pas en cause le droit des peuples à se gouverner eux-mêmes. Je ne militerai donc pas pour l'administration chinoise au Tibet, mais au
contraire pour le droit des Chinois Han, et de tous les autres nationalités qui composent la Chine, de s'exprimer librement et de publier leurs réflexions, leurs recherches et leurs enquêtes.
Si les Chinois pouvaient dialoguer et échanger librement, ils pourraient évoluer collectivement sur la question des territoires occidentaux.

Pour ce qui est des Yoghurts de Kouchner, voir quelques billets plus tôt, je ne l'ai pas oublié.


galanga 05/10/2009 21:34



Je partage fortement votre point de vue, merci de l'avoir si bien exprimé.


Vous avez oublié les Ouïgours, que notre merveilleux ministre des "pas-ses-affaires" étrangères prend pour des yogourts.


Pour les manifestations pro-tibétaines, et la manipulation médiatique incroyable et de longue haleine qui les a permises, il y a quand même de plus en plus de gens qui justement se documentent et
découvre l'horreur du régime théocratique de l'époque de règne de ce "cher" dalaï-lama et de ses précédentes incarnations. Finalement, je me demande si ce maitre-menteur ne va pas le regretter.


Note: je ne suis pas Chinois, je suis Réunionnais (un "petit blanc les hauts" pour être précis). Je rend grâce à mon ile de m'avoir donné la chance d'éprouver chaque jour de mon enfance la
complexité et la richesse de bien d'autres cultures que celle de la métropole (indiennes - tamoul, hindou, musulman - africaines, chinoises, malgache...). Celui qui croit pouvoir, en peu de
temps, comprendre une autre culture et en saisir ses enjeux et règles est un imbécile (vous voyez de qui je parle...).