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Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.

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Notez bien ces mots

J'ai enfin trouvé une bonne masseuse de pieds dans mon quartier. Une bonne masseuse est celle qui ne fait pas mal, mais qui n'est pas trop douce non plus. Celle-ci, une belle femme de quarante ans, connaît les points sensibles, potentiellement douloureux, de ma voûte plantaire, et les circonscrit avec autorité, avant de les masser profondément.

Le massage de pieds, c'est plus qu'un plaisir, c'est un soin préventif pour garder la santé globale du corps. Mais pour moi, c'est aussi devenu un grand plaisir ; quand je partirai de Chine, je ne sais pas comment je survivrai sans. Ma masseuse fait son travail modestement, sans se rendre compte qu'elle porte en elle, dans ses mains, toute une sagesse, un art de vivre et de penser qui m'émerveillent.

Hier soir, je me faisais masser par cette femme experte en lisant un poète du neuvième siècle. Bai Juyi est né 1 200 ans avant moi, pas une annee de plus ou de moins. Je levai la tête, regardai ma masseuse, et pensai : « Voilà deux manifestations culturelles extrêmement vénérables qui se combinent : l'écriture classique et le massage des pieds. Les Chinois ont su rester hédonistes, ah ! Quels délices. »

A la télé, un soap opera déversait sa langueur et ses dialogues mélodramatiques. Des mélodies de piano dignes de Richard Clayderman soulignaient le contexte romantique éploré. Tout le monde, dans le salon, regardait la télévision, même ma masseuse qui devait tourner la tête pour cela. « Trois manifestations de la culture chinoise, me disais-je. La prose classique, le massage des pieds et les séries télé où les filles se lamentent. »

Sur le mur, un poster dessiné de la plante des pieds, à côté d'images kitsch dorées et encadrées. « Quatre, cinq manifestations de la culture chinoises en même temps. »

Un homme a demandé à ma masseuse : « Les pieds des étrangers, ils sont pareils que les nôtres ? » Ma masseuse a rigolé sans oser répondre. « Six, sept manifestations de la culture… »

J'ai arrêté de compter, j'ai repris ma lecture où je lus ceci :

« … je pourrai faire ce que je veux, aller où bon me semble ; je serai libre. Alors je ne manquerai pas, d'une main, d'emmener ma femme et mes enfants, et de l'autre, d'emporter ma cithare et mes livres, pour venir ici finir mes jours et enfin satisfaire l'ambition de toute ma vie.

 Sources claires et rochers blancs, notez bien ces mots ! »

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B
Sinisons-nous sans relâche.
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G
Et pourquoi pas cet été ? Si le bon Dieu me prête encore une voiture, comme la dernière fois, je referai un tour du plus beau pays du monde et ferai escale en Saône-et-Loire. Et on se sinisera au nez et à la barbe de tout le monde.
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B
Je me disais: ce guillaume, il a du trouver une édition de Bai Juyi, quelle chance, a Shanghai, tout est possible. Mais je me rends compte qu'il s'agit de ma chaumiere des monts Lushan. Ah, ma chaumiere des monts Lushan...La premiere fois que je l'ai lu chez Pimpanneau, ce texte m'avait marqué: il presentait une alternative au voyage, une "ambition" sedentaire. Neige raconte sur son blog que le jardin de Bai Juyi est aujourd'hui encombré d'un mur sur lequel des Japonais ont écrit des trucs qui n'ont rien à voir avec lui. Si c'est  pour voir ca, autant rester chez soi et se siniser tranquille jusqu'à ce que mort s'ensuive.<br /> J'ai justement une chaumiere familiale dans les monts de la Bourgogne du Sud, certes pas la plus belle montagne du monde, mais je vois bien quels amenagements je pourrais y faire pour que ce soit comparable à ce que décrit le texte. Au Sud, je construirais une terrasse, je percerais quelques fenetres et je ferais une bibliotheque de la plus belle salle. Un jour de je ne sais quelle lune, j'y emmenagerai et il y aura toi et ceux qui auront voulu venir; nous aurons preparé des trucs plus ou moins vegetariens et nous graverons quelque chose sur une stele pour commemorer le plaisir de cette réunion.
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G
Ni vraiment l'un ni vraiment l'autre, Juliette. Au début, j'avais très mal en effet, par manque d'habitude, mais il ne faut pas hésiter à dire aux masseurs d'y aller doucement, et de leur dire où on a mal, car ça dépend de chacun, le masseur n'est pas censé le savoir.
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J
On m'a dit que ça faisait très mal les massage de pieds chinois. Le plaisir que vous y prenez vient-il d'un amour de la souffrance, ou de la conscience que c'est bon pour la santé ?
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