Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Un problème de traduction intéressant, parmi des milliers d'autres, dont nous avons parlé avec Yuxia. Le roman de François Weyergans, Trois jours chez ma mère, est l'histoire d'un écrivain, nommé François Weyergraf, qui écrit un roman intitulé Trois jours chez ma mère. Ce « roman dans le roman » a pour héros un écrivain qui s'appelle François Graffenberg. Je ne vais pas plus loin, et j'attire votre attention sur ces trois noms :
Weyergans : nom réel de l'écrivain.
Weyergraf : nom du personnage principal, proche du véritable écrivain mais fictionnel quand même.
Graffenberg : nom du personnage créé par le personnage, donc encore plus éloigné du véritable écrivain.
Comment les traduire en chinois ? Le traducteur de la version chinoise a opté pour la solution la plus courante aujourd'hui : une transcription phonétique. Or, pour traduire François Graffenberg, il faut au moins huit caractères chinois, ce qui est beaucoup trop long pour les lecteurs chinois qui ont l'habitude des noms à deux ou trois caractères. Certains n'ont pas peur d'avouer, du reste, qu'ils ne lisent pas et donc ne retiennent pas le nom des personnages des romans étrangers. S'ils en parlent entre eux, ils usent de périphrases : « La femme du mec, le père des trois filles, la sœur aînée, etc. »
Dans le roman de Weyergans, le problème est que les noms constituent une partie importante du projet littéraire du livre. Or, la transcription phonétique fait perdre tout le jeu sur le nom réel qui se « fictionnalise », par variations progressives, et donc tout le jeu, central dans l'œuvre de Weyergans, avec l'autofiction, entre la réalité et la fiction.
Je suggérai donc à Yuxia une solution miracle : traduire chaque nom par trois caractères chinois, de sorte que :
1- Les trois noms entrent en résonance.
2- Le troisième nom soit entièrement différent du premier mais qu'il soit relié au premier grâce au deuxième.
3- Le deuxième nom ait un équivalent de Graf, qui rappelle le grec « écriture ».
4- Le troisième nom ait un équivalent à Berg, qui rappelle les juifs d'Europe centrale, et tous les artistes, scientifiques et intellectuels portant un pareil nom (Berg, Schönberg, etc. sans oublier qu'un autre personnage du roman porte encore le nom de Graffenstein, rappelant les Einstein, Eisenstein, etc.)
Mais cette solution n'est pas acceptable pour une raison simple. François Weyergans, le nom réel, doit être traduit de manière phonétique, sur la couverture du bouquin, sinon c'est considéré comme une infidélité, ou une licence outrancière avec la réalité. C'est l'ensemble du problème qui est à repenser. Nom de Dieu, ils peuvent pas penser aux traducteurs chinois, les auteurs français ?