Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Dans la vieille bibliothèque de la faculté, il y a de vieilles éditions des Voyages extraordinaires de Jules Verne. Les Tribulations d’un Chinois en Chine, je ne pouvais pas passer à côté. Ce sont des tribulations passablement ennuyeuses, mais qui laissent à la lecture un arrière goût… d’extraordinaire, en effet. Ecoutez, c’est bien simple, l’intrigue n’est là que pour servir de prétexte aux personnages de sillonner l’Empire du milieu, et permettre à l’écrivain de faire une description des lieux les plus pittoresques du pays. Quelles villes voit-on ? Canton, Shanghai, Nankin, Le fleuve bleu, la Chine de Loess, le fleuve jaune, Pékin, Tianjin, etc. sans oublier la Grande Muraille.
C’est un bon moyen, incidemment d’avoir une idée de ce que pensaient les Européens sur la Chine. J. Verne fait un peu la synthèse des connaissances géographiques, démographiques, politiques et culturelles qu’on en avait l’époque, d’où un aspect un peu scolaire par moments, du conférencier qui fait son exposé. Le plus drôle est le jugement esthétique. Plusieurs fois, il est écrit à propos d’une femme que « même un Européen l’aurait trouvée belle », car elle était blanche de peau, etc. Si, à un siècle d’écart, nous avons toujours une certaine fascination pour l’Asie, il est clair qu’elle s’est transformée et que pour moi, en tout cas, plus une femme est chinoise, plus elle est attirante. A l’inverse, ce sont les Chinoises elles-mêmes qui reconnaîtraient dans le portrait dressé par Jules Verne la beauté incarnée.
Il y a des descriptions hallucinées. Celle de Nankin est réjouissante, la Vallée des Esprits est baroque, les animaux sculptés y sont immenses et envoûtants comme dans une peinture symboliste. Et puis il y a ces inventions techniques dignes des James Bond les plus délirants. Les personnages dérivent des jours entiers dans la mer de Chine, habillés d’étranges combinaisons flottantes les faisant ressembler à des marsouins. Jules Verne ne peut pas s’en empêcher, même dans un vieux pays qui s’est distingué, précisément à l’époque où il écrivait, par son retard technique vis-à-vis de l’Europe, il a trouvé le moyen de placer des gadgets et des machineries dernier cri, comme si le monde entier, à l’époque, possédait le même optimisme scientifique que lui.