Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
C’est un roman audacieux, puisqu’il est écrit par un Français, Stéphane Fière, et que le narrateur et personnage principal est un travailleur migrant chinois, un mingong (paysan ouvrier). Il raconte à la première personne le destin d’un campagnard qui vient tenter de s’en sortir à Shanghai.
Les mingongs sont très nombreux, on parle de deux à quatre cent millions, qui sont prêts à travailler pour presque rien puisqu’ils n’ont pas de papiers qui les autorisent à vivre dans les grandes villes. Comme ils sont l’essence du bâtiment, ils sont un facteur majeur de la croissance de l’économie chinoise.
Le héros de Stéphane Fière vient du Shanxi et travaille d’abord sur le chantier de Xintiandi. Il rencontre une jeune femme qui vend des petits-déjeuners aux ouvriers, et une histoire d’amour remplira sa vie laborieuse. Ensemble, ce provincial valeureux et cette shanghaienne rusée trouveront des moyens pour gagner plus, pour soutirer du plaisir, pour économiser, pour s’élever dans la société, et enfin pour sombrer.
Les avis sont très partagés sur ce roman. Je ne parle pas de l’aspect purement littéraire, qui est d’un intérêt limité, style sans particularité, construction classique des romans mélodramatiques et/ou naturalistes de gare (success story ponctuée de coups durs, avec le malheur qui se déploie à l’insu du personnage tout le long du roman avant d’éclater à la fin.)
Ce qui fait discussion, c’est le misérabilisme supposé de l’histoire. Plusieurs amis m’ont fait part de leur déception devant tant de malheurs, alors que moi, à la lecture, je voyais beaucoup de choses positives. Certes, la mère du héros meurt dès les premières lignes, son père meurt sur un chantier, il se fait trahir par sa petite amie, et finira peut-être mal, mais…
Mais il tombe amoureux et cet amour est physiquement réciproque. Or, un jeune homme plein d’espoir qui peut faire l’amour avec une femme qu’il aime, c'est un homme qui connaît le luxe extraordinaire d'une éducation sentimentale et sexuelle, c’est déjà un sort bien enviable. Moi qui ai connu cela aussi, à son âge, je considère cela comme une chance inouïe et un cadeau de la vie.
Ensuite, il n'est pas condamné à un travail aliénant et sous-payé toute sa vie. Il change d'emplois, il jongle avec les jobs, il apprend sur le tas. Un gamin qui non seulement apprend l’amour, mais peut passer d’un boulot à un autre, payés un peu plus à chaque fois, c'est ce que j'appelle un gamin heureux.
Vers la fin du roman, ce travailleur précaire parvient à gagner plusieurs centaines d’euros par mois. Il dépasse même le salaire moyen de Shanghai, cela indique que les mingongs, s’ils ont la niaque, peuvent s’en sortir.
Maintenant, du strict point de vue de la diégèse, c'est vrai que c'est un roman noir. Mes amis l'ont trouvé atroce, je l'ai trouvé plein d'espoir... Je me demande si cette incompréhension a été vécu par l'auteur lui-même, ou si c'est moi qui, comme d'habitude, suis à côté de la plaque.
La promesse de Shanghai, Stéphane Fière, 2007, (Picquier ed.)