Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Comment passer du bois à la fleur ? Cette question qui vient du plus antique émerveillement de notre enfance, est une des tâche de la poésie. Considérons une seconde ce vers de Wang Wei :
木末芙愹花
La prononciation importe peu : Mu Mo Fu Yong Hua
et le sens est banal : "La fleur éclôt au bout de l’arbre", ou quelque chose comme ça.
L’intérêt du vers réside en fait dans la succession des caractères.
Il s’agit de passer de l’arbre 木 (début du vers) à la fleur 花 (fin du vers).
Les deux premiers sinogrammes sont construits sur le caractère de l’arbre : 木, auquel est ajouté un trait. Le signe de l’arbre est donc en transformation, il grandit, il accumule de nouveaux éléments.
Le troisième caractère voit disparaître l’arbre, mais donne l’impression de faire évoluer le deuxième caractère. Apparaît alors la clé de l’herbe : 艹, si bien qu’est accentuée la transformation de la végétation, du bois vers la fleur.
Les deux derniers sinogrammes comportent le caractère de l’homme : 人, ce qui, d’après la collègue qui m’en a parlé, peut vouloir dire que le poète, ou tout au moins une figure humaine, est déjà incluse dans le paysage, mais dans un état latent, ou spirituel. L’homme est d’ailleurs déjà introduit dans le troisième caractère, avec l’élément 夫 qui, laissé seul (sans la clé de l'herbe qui le couronne) signifie « mari », ou « monsieur ».
La présence de l’herbe, puis celle de l’homme, prépare l’éclosion du dernier caractère, qui en est constitué, et qui se prononce dans une ouverture de la bouche (Hua), après quatre sons plutôt étouffés.
C'est ainsi que la beauté, comme la branche de l'arbre en hiver, se cache parfois dans la matérialité même des signes. Quand le sage montre la lune, il faut parfois savoir regarder le doigt.