Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Ah ! Le mot biennale résonne en moi comme un beau souvenir de ma jeune vie française. Je me rappellerai toujours, je finissais mon service national – eh oui, j’ai servi la nation, j’espère qu’elle s’en souviendra le moment venu – et la Biennale de Lyon recrutait des animateurs conférenciers. Ce fut un de mes premiers grands coups de bluff. Moi qui n’y connaissais rien, j’ai grillé la place à des étudiants aux beaux-arts et en histoire de l’art. Je devrais peut-être notifier cela sur mon CV : c’est une qualité indiscutable, dans un monde compétitif, de savoir prendre le job des autres, quand on est monsieur Tout le monde et qu’on sort de nulle part… Quoique. Quoique… je crains que mes employeurs ne se doutent par là du peu de compétences réelles dont je dispose pour les missions qu’ils m’assignent actuellement.
Animer des visites guidées dans des expositions d’art contemporain, c’est un des plus beaux boulots qu’il m’ait été donné de faire. Dans le cadre d’un musée, il n’y a qu’une position qui lui soit préférable, celle de conservateur en chef. Et encore, quand on est animateur, on n’a moins d’emmerdements. Il faut être tout en haut ou tout en bas de l’échelle pour avoir un contact charnel avec les œuvres d’art. Le grand chef les soupèse d’un point de vue financier et intellectuel, l’animateur d’un point de vue pédagogique et existentiel. Il essaie de les faire avaler à un public souvent réticent. C’est passionnant. Les techniques mises en place pour faire en sorte que des adolescents qui vous disent : « mais c’est pas de l’art, ça ! Mon petit frère peut faire la même chose » finissent par participer et réfléchir à ce qui se passe dans une installation, ce sont des trésors de communication, de dialogue, de persuasion.
A Shanghai, le public n’est pas réticent, loin s’en faut. Les Chinois vont au musée, appelé le « Shanghai Art Museum », sur la Place du Peuple, et ils s’amusent sans complexe. Ils se photographient devant les œuvres comme s’ils étaient devant la Tour de Pise, ils prennent des poses amusantes, bref, ils rajoutent une couche de spectacle. A mon avis, un artiste contemporain devrait prendre le public lui-même comme objet d’œuvres d’art, de photos ou de vidéo. Ce serait facile d’y plaquer un discours intellectuel sur la réception de l’art, sur la consommation, sur la mise en scène et la mise en image, sur la perte du sacré des œuvres, sur la notion de sacrilège et de jouissance.
Moi, ce que j’en dis… Je ne suis pas un artiste contemporain, alors je me tais.