Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Ma jeune amie écrit sur son blog que les romans français traduits en chinois sont un peu chiants. Elle pourrait les lire en français mais ça lui demanderait trop de travail. Elle dit qu’elle n’oublie jamais, dans le cours de la lecture, que c’est un texte étranger, ce qui n’est pas le cas des romans japonais, par exemple.
Y aurait-il une barrière infranchissable entre les grandes langues asiatiques et nous ? Vieille question.
C’est le contraire qui se passe quand je lis Lu Xun en français. Le style court toujours de source, quel qu’en soit le traducteur. Il n’y a pas de littérature plus universelle que celle de Lu Xun.
Aujourd’hui, n’importe où dans le monde, sans rien connaître de la Chine et des Chinois, on peut lire ses textes et être touché, comme pour Dostoïevski, Victor Hugo ou Kafka.
D’ailleurs, lorsque je l’ai découvert, avant de venir en Chine, je l’ai spontanément comparé à Kafka. Je me suis dit, un peu bêtement : c’est le Kafka chinois. En le connaissant mieux, je ne peux plus dire cela, beaucoup de choses les séparent, mais il y a bien quelques similitudes, entre eux : un même dépouillement du style, un dépouillement savant, capable d’être riche de virtualités sémantiques. Un même sens de l’absurdité des choses, dont découlent autant de drôlerie que d’accablement. Un sens aigu de la raillerie, accompagné d’une tendresse véritable. Une tendresse, une compassion, un amour des gens dont seuls les gens féroces sont capables.
Certains Chinois aiment prétendre que la langue et la culture chinoises sont impénétrables aux étrangers, ils aiment se voir comme incompréhensibles. Petite Biche m’avait dit un jour que je ne pourrais pas comprendre tel film, car les paysages, les musiques, tout avait un sens pour eux qui ne pouvait pas être ressentis par un étranger.
Lu Xun est le parfait contre exemple de cette prétention. En créant une littérature compréhensible par tout le peuple chinois, il a créé une littérature traduisible dans toutes les langues du monde.