Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Un professeur de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) vient faire une conférence à Fudan. Un homme charmant et compétent. En l’écoutant et en le regardant, tout de même, il me vient une envie d’en faire un portrait.
C’est un homme aux cheveux sales, et non peignés. Il ouvre son cartable et en sort un dossier. Le texte de sa conférence est rangé dans une serviette en papier qui tombe en lambeaux. Il porte un pull marron et gris. Il reste assis et lit son texte dans un anglais au fort accent français. Il parle de problèmes sociaux en France d’un point de vue historique et parle de l’Histoire de France comme si elle était connue par les Chinois. Comme s’ils étaient censés connaître Napoléon III et le second Empire.
Il n’utilise aucun matériel pour soutenir l’attention, pas de projection, pas de schéma, pas d’image, pas de mouvement.
Tout cela serait très bien, et même rafraîchissant, dans ce monde d’apparence et de frime mercatique, si le contenu de sa présentation était brillant. Mais il y a un fossé entre l’annonce que l’on reçoit de la venue d’un grand spécialiste, prof d’une grande école prestigieuse, et la réalité d’une conférence sans défaut majeur, mais que Monsieur Tout le Monde aurait pu faire. Un étudiant d’université, sur le même thème, en aurait fait une aussi bonne, et se serait aidé du matériel à disposition pour rendre la présentation moins monotone.
Nous devons réveiller nos élites, décidément. Elles s’endorment sur leurs lauriers, semble-t-il. Il faut dire aux gens qui ont suivi des cursus ronflants, et qui se prévalent de diplômes resplendissants, que cela n’est pas suffisant. Que cela ne remplace pas la pensée, le savoir effectif, que cela ne les dispense pas de nous éclairer, de nous illuminer. Pour moi, l’intelligence, c’est comme la beauté : il n’y a que ce que l’on en perçoit qui compte.