Il y a des jours où je m’ennuie moi-même. Mes idées m’ennuient, mes paroles m’ennuient, ma voix m’ennuie, par-dessus tout mon apparence physique m’ennuie. Je vais jusqu’à me trouver l’air franchement antipathique et, toute chose égale par ailleurs, ennuyeux à regarder. En outre, mon physique a changé, au cours des années. Autrefois, j’étais un garçon à l’apparence intéressante, je respirais la passion de vivre et je portais des costumes flamboyants. J’étais vu comme un clown, alors j’avais tendance à m’habiller sobrement pour équilibrer le tout. Aujourd’hui qu’on me voit comme un homme sérieux, voire sévère, il me faut trouver des stratagèmes vestimentaires pour égayer mon abord visuel. Ajouter par le dehors un peu de la clownerie qui est le fond de mon caractère mais qui a été cachée par l’habitude et les règles de la sociabilité.
Alors pour conjurer mon ennui et peut-être aussi pour me récompenser d’avoir bien travaillé depuis quelques jours, je suis allé dans les boutiques de fringues de la rue Guoding, entre la Banque de Chine et le cybercafé. J’avais en tête des chemises que j’avais vues dans une grande surface quelques semaines auparavant. Ce que je faisais dans les étages d’une grande surface, Dieu seul le sait.
Heureusement, je n’eus pas à faire beaucoup de boutiques, et les vendeuses n’ont pas essayé de me voler, les chemises faisaient dans les 7 euros. Les marques, je ne les ai pas mémorisées. J’ai pris des chemises avec des couleurs, pour tromper la fadeur de ma lourde garde-robe grise, blanche et noire. Mais en regardant les dites chemises, ce soir, j’ai peur de les trouver ennuyeuses à leur tour. Ces couleurs, des lignes de couleurs sur un fond noir, quel ennui.
Ah, comme les femmes ont de la chance. Elles peuvent changer de coiffure tous les mois, et changer de tête à l’envi avec des produits cosmétique variés et inventifs. Les femmes, pour sûr, savent vivre dans une apparence chamarrée, c’est ce que j’aime chez elles. Cela me fait penser que mes ancêtres, il y a un bon millénaire, se maquillaient. Eh oui, mon bon lecteur, avant de s’établir sur la terre de France, mes ancêtres se maquillaient, se peignaient, se mettaient des machins dans les cheveux et se brossaient les dents. Il paraît que les femmes des régions conquises regardaient avec envie et effroi ces dangereux oisifs (retour des pays chauds) aux membres de métal et aux visages colorés.