Beaucoup d’étudiants plagient. Ils le font avec une assurance troublante, comme s’il était impossible que vous le remarquiez. Ils passent d’un paragraphe bourré de fautes et à la syntaxe fragile, à un paragraphe parfaitement calibré, aux tours élégants et aux formulations savantes.
Le plus étonnant est qu’ils ne se rendent pas tout à fait compte, d’abord de la gravité de la faute, mais surtout de sa réalité. Ils prétendent qu’ils n’ont pas plagié. Certains, comme partout ailleurs, sont simplement malhonnêtes, mais d’autres sont sincèrement choqués d’être accusés de tricherie. Ils disent qu’ils ont changé quelques mots au texte copié, pensant qu’ils devenaient par là les auteurs véritables du deuxième texte. Et puis qu’ils étaient d’accord avec toutes les idées exprimées par l’auteur, donc « il est normal que les phrases soient presque les mêmes si les idées sont exactement les mêmes. »
Il faut pas mal d’expérience pour les confondre, car ils sont candidement persuadés de n’avoir rien fait de mal. Il faut aussi du cran car il est douloureux de dire à une fille gentille et discrète : « Ce n’est pas toi qui as écrit ce texte. Ce niveau de langue, ici, et là, même tes professeurs n’en sont pas capables. »
C’est d’autant plus délicat que les professeurs chinois ne semblent pas trouver cette question très intéressante. Lors d’une délibération, ils parleront des défauts d’un devoir, des mérites comparés, sans aborder le plagiat, clairement repéré, pourtant, lors d’une réunion préalable. Et lorsque le professeur étranger l’évoque, pour en souligner l’aspect inacceptable, ils sont gênés, comme s’ils assistaient à une démonstration d’impolitesse de la part de l’étranger.