Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
J'ai été absent pas mal de temps car on m'a volé mon ordinateur, mais j'ai déjà raconté cela mainte et mainte fois.
Dans la section Toshiba du centre commercial de mon quartier, Wu Jiao Chang pour ne pas le nommer (mon quartier, pas le centre commercial), un groupe d'au moins cinq jeunes hommes rouillaient et fumaient. Le temps que j'attende le portable que je voulais acheter, modèle Satellite L203, 4800 yuans (prix réduit à 4300 yuans) j'ai eu le temps d'observer leur manège.
L'un d'entre eux, à peine pubère, jouait à une console de jeu. Il s'excitait sur sa petite machine avec feu. Un autre, plus grand et plus gros, lisait un livre. Oui, un livre, en plein stand Toshiba. Les autres allaient et venaient. Le vendeur s'occupait de moi, il me conseillait, il essayait de me vendre des choses, que je refusais systématiquement. Il me montra un DVD intitulé "Vista" et me demandait si je voulais qu'on l'installe sur ma nouvelle bécane. Faites comme vous voulez, je n'y connais rien. Il m'apprend que cela coûte beaucoup d'argent, mais que pour moi ce sera beaucoup moins cher. "Laissez tomber, alors."
Je vis alors que les jeunes qui traînaient n'étaient pas des clients qui attendaient leurs machine, comme moi, mais des sortes de simili employés, des gens qui travaillaient plus ou moins là, en cas de besoin. Comme les restaurants et les bars qui ont un personnel pléthorique, les stands de vente font aussi vivoter tout un petit peuple dont le voyageur se demande s'il ne serait pas plus à sa place sur les bancs de l'école. A son âge, le petit peuple, il aurait encore des choses à apprendre, me semblait-il, comme l'anglais par exemple, pour vendre des machins à tous les étrangers qui résident à Shanghai quelques mois, ou quelques années. Je ne lui ai rien dit rien car vu mon niveau de chinois, le petit peuple se serait à juste titre bien foutu de moi.
A ma grande surprise, mon vendeur installe quand même "Vista" sur mon ordinateur. J'avais pourtant dit non. Va-t-il me le facturer ? Il arrive que les vendeurs me mettent devant le fait accompli, comme ça, mais je refuse toujours et je paie le prix convenu. Ils insistent alors avec le sourire puis acceptent dans un mouvement de tête qui semblent dire : "Ah toi, alors, tu as la tête dure, à ce qui paraît."
Non, il ne me facture rien de plus. Il me donne sa carte de visite et me serre la main.
Sur le chemin du retour, je repense à ces jeunes gens qui jouent aux jeux électroniques. Il paraît que les nouvelles technologies sont les secteurs porteurs, les signes de modernité d'une nation et d'une économie. Faut-il que je fasse un effort pour m'y intéresser un peu ?