Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Des Français écrivent sur Shanghai depuis les années 1840. Cela nous fait 170 ans de littérature, ce n’est pas peu dire, et savez-vous qu’il n’y a pas une étude digne de ce nom sur le sujet ?
Alors, comme d’habitude, comme chaque fois qu’une bonne idée traîne dans le coin, je m’en charge. Pas tout seul, d’ailleurs, puisque j’encourage des étudiants shanghaiens à se pencher sur cette question. La transformation des images de Shanghai dans la littérature française, j'imagine que cela pourrait être une façon pour eux d’utiliser leur parcours universitaire pour embrasser l'identité de leur vie urbaine. Il y a une identité française de Shanghai, comme il y a une identité italienne de Lyon, ou une identité juive de Venise.
Il nous reste à créer un centre de recherche international, centré autour de la bibliothèque Zi Ka Wei, qui travaillera sur tous les textes écrits sur la ville, en plus de vingt langues. Cela aussi demande ardemment à être fait. Comparer les images de la ville selon les époques et selon les pays d’origine des auteurs. Imaginez un peu les lettres et les journaux intimes des Japonais, des Polonais, des Africains... Ne me dites pas que cela ne vous fait pas rêver !
Commençons par les Français, et posons l’hypothèse qu’il y a eu quatre grandes époques.
Le temps des colonies, où les étrangers ne se mêlaient pas aux Chinois. Ils apportaient leurs propres étrangers, d'Inde et de Cochinchine, et ne voulaient rien avoir à faire avec la Chine, commerce excepté.
La Belle époque, où Segalen rejette cette ville : elle est exclue de la Chine éternelle des esthètes.
Les Années folles où les Chinois prennent une plus grande importance dans le mythe que nos écrivains sont en train de créer, mythe d'une ville capitaliste, aventurière, immorale et comploteuse.
Les années maoïstes où les écrivains sont accueillis par le régime en place. Font-ils seulement attention à Shanghai ? C’est à étudier.
La temps de la réouverture aux étrangers, de 1978 à nos jours, et la reprise du capitalisme, avec une différence de taille : Shanghai est devenue chinoise à part entière. Elle est même devenue un symbole de la Chine éternelle, de sa capacité à se relever, à digérer les conquêtes étrangères et à les siniser.
Histoire d'une inclusion. Ou comment une ville est tenue à l'écart de la culture d'un pays avant d'en devenir un symbole et une locomotive.