Ce voyage aura beaucoup tourne autour du lac Houhai. A Pekin, il y a, au centre, la Cite interdite, a gauche de laquelle le lac Zhong Hai s'etend de tout son long. Au nord, celui-ce se prolonge par le lac Bei Hai. Lui-meme laisse la place au petit lac Qian Hai qui s'efface devant celui que j'ai beaucoup frequente depuis jeudi soir : Hou Hai.
Si vous allez a Pekin, je vous conseille de louer un velo et de vous promener autour de tous ces lacs, ainsi que dans les ruelles "Hutong" qui, pour celles qui ne sont pas (encore) detruites, gardent toujours un charme extraordinaire pour le voyageur, a chaque fois frappe de stupeur et de melancolie.
Le lac Hou Hai, j'ai du y passer la nuit de jeudi a vendredi, pour des raisons diverses que je ne peux pas etaler ici. Depuis cinq ou dix ans, ce lac voit se multiplier sur ses berges une myriade de bars plus ou moins branches. Apres quelques cafes underground, sont arrives les grands bars scintillants pour les baireaux du week-end.
J'esperais trouver des lieux ou je pourrais me divertir, lire, rencontrer des gens, me laver, dormir un peu ou, du moins, me reposer.
La plupart de ces bars ferment a deux heures du matin, le jeudi, sachez-le, vous qui louerez des bicyclettes et prevoirez de vous bourrer la gueule au bras de prostituees chamarrees et vindicatives jusqu'au petit matin.
Je marchai, solitaire, sur la rive du lac, ma capuche sur la tete, ravi qu'il ne pleuve pas, ravi d'avoir pense a prendre un vetement chaud, ravi d'etre a Pekin et de voir se detacher, sur le ciel clair de la nuit, des batiments chinois qui datent des Ming.
Je pus me reposer dans le "Zone", loin vers le nord, sur le dernier lac du centre ville, le Xi Hai. Un bar plein de banquettes, isole, qui restait ouvert Dieu sait pourquoi. Je pris un Irish coffee et m'assoupis, sur les quatre heures. On me reveilla vers cinq heures pour que je regle et fiche le camp.
Cinq heures du matin, j'avais fait le plus dur, j'avais meme reussi a soutirer un peu de sommeil a la ville. Ma nuit blanche serait donc moins dure a recuperer. Je repris ma promenade nocturne en attendant que le jour se leve.
Sans surprise, les berges resonnerent des cris des vieux Chinois venus faire leurs premiers exercices. Les memes cris, exactement les memes sons qu'autour du lac des Nuages Pourpres.
Un sentiment de bonheur tres fort m'enveloppait et me conduisait. J'etais si heureux que je decidais de couler un bronze entre les arbres, dans un coin d'herbe tendre jonchee de feuilles mortes. Feuilles mortes que je destinai a un usage quelque peu prosaique, mais necessaire et respectable.
Je ne savais pas l'heure qu'il etait, tant le brouillard etait epais, mais, bientot, je pris un petit-dejeuner dans un Macdo et disparus dans un taxi pour rejoindre l'hotel, loin dans la banlieue, ou se tenait un seminaire de lecteurs francais des universites de la Chine entiere. Je sechai naturellement les activites du premier matin pour dormir dans ma chambre d'hotel.