Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Quand on me dit que le Face bar est un endroit minable, qu'il transpire le néocolonialisme, qu'on n'y voit que des expats, voici comment je le défends.
Il est vrai qu'on y trouve davantage d'Occidentaux que de Chinois, mais cela s'explique aisément. Les Chinois n'ont pas intégré la culture du bistrot, du café, du pub, enfin du lieu public où l'on prend l'apéro. (Ils avaient les maisons de thé, en revanche, mais elles ont pour la plupart disparues, sauf dans des villes comme Chengdu.) Par conséquent, si vous voulez sortir dans des lieux à forte proportion de Chinois, il faut aller dans les karaokés.
On croit souvent que les Chinois ne vont pas dans les bars branchés parce que les consommations sont trop chères, mais c'est faux. Dans une ville comme Shanghai, il y a assez de nouveaux riches pour remplir dix ou vingt bars comme le Face. Ce qu'ils dépensent dans les karaokés en bouteilles et en accompagnatrices est largement supérieur à la demie douzaine de bières qu'un sage précaire peut boire (au maximum) lors d'une soirée commencée un peu tôt.
Quand Jin Ping Mei sera redevenu un livre de chevet dans ce pays, les jeunes gens cultivées voudront à nouveau jouir du temps qui passe dans les maisons de thé. Il paraît qu'elles sont déjà redevenues à la mode, mais je doute de la réalité de cette mode. Aujourd'hui, les immenses karaokés fermés, confinés, sont loin d'être détrônés.
Dès lors, le néocolonialisme qu'on reproche au Face, n'est qu'une affaire de décoration et d'architecture.
De mon côté, quand il y aura d'autres terrasses avec vue sur des arbres centenaires, des pelouses et des billards où les femmes chinoises se montrent intraitables et extrêmement concentrées, je m'impliquerai dans des débats de fond sur la meilleure manière de finir son dimanche.