Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.

Au moment de rentrer dans son pays natal, il faut passer par la case cadeaux, qui m'est toujours relativement pénible. Heureusement, on m'a offert récemment des choses assez précieuses qui pourraient faire plaisir à mes proches.
L'ennui est qu'il faut varier un peu. Après plusieurs années de Chine, je ne peux plus revenir dans ma famille avec les mêmes trucs. Sauf pour ma mère qui apprécie un thé vert célèbre, cultivé dans la province de Zhejiang, non loin de Shanghai.
La chaleur étouffante de ces dernières semaines m'a donné l'idée d'acheter de nombreux éventails. Je les achète vierges et je demande à mes amis de calligraphier dessus, en leur disant que c'est pour d'autres amis, selon le principe incertain que les amis de mes amis sont mes amis. Mais, ici, la chaîne de l'amitié va assez loin ; asseyez-vous et écoutez plutôt.

L'éventail que je vais offrir à, mettons, Ben, sera le centre et le symbole de plusieurs « foyers » d'amitiés différentes. D'abord celle qui me lie à lui, qui remonte à une quinzaine d'années et qui est indéfectible. Ensuite celle qui me lie à la calligraphe, qui ne connaît pas Ben que je suis heureux de faire participer à mes cadeaux, car j'ai un côté fétichiste et j'aime imaginer les objets posséder une efficace singulière. Il y a aussi l'amitié qui me lie à Neige, la blogueuse céleste de Nankin : le poème que je fais calligraphier sur l'éventail est son poème préféré, elle me l'a récité au bord du Lac des Nuages Pourpres il y a un an, et j'en garde un souvenir ému. Or c'est aussi un poème (et un poète, Liu Zongyuan) qu'affectionne Ben, sans parler du fait que Ben et Neige se connaissent par l'intermédiaire de l'écriture. L'éventail, mon cadeau, sera donc gros aussi de l'amitié virtuelle qui lie mes deux amis séparément de moi.

En regardant mes amies calligraphier, j'admirais la forme même de l'éventail. Quelle invention géniale, quand on y pense. D'une simplicité d'enfant et d'une élégance rare.
Mademoiselle Guo, au bout du troisième éventail, et après avoir pratiqué une heure avant de se sentir prête, m'a dit qu'elle avait enfin pu écrire de manière libre, que cette liberté se voyait dans le résultat. Je hochai de la tête, perplexe mais heureux, reconnaissant et perdu d'admiration. Elle était en sueur, je l'éventai.