Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
L'histoire a de ces ironies. Il y a quelques jours, lors d'un colloque de chercheurs en « études françaises », une thésarde de Shanghai a disserté sur l'esclavage en France à l'époque des Lumières. Thème à la mode qui permet de regarder avec ironie ce pays arrogant qui se proclame « pays des droits de l'homme ». Il ne faut pas leur en vouloir, c'est l'une des constantes universelles des recherches en études françaises. Dire du mal de la France, en montrer les faces sombres, démontrer combien les Français se sont trompés en tout, combien ils sont ignobles, racistes, machistes, paresseux, profiteurs, égoïstes, égocentristes, impérialistes, c'est le dénominateur commun de toutes les universités du monde où il y a une faculté de français.
Dans ces cas-là, il est rare d'entendre une réflexion nourrie : on montre les éléments à charge sans perspective historique, sans évoquer l'idée que la conscience a besoin de temps pour passer de l'acceptation de l'horreur à la révolte.
Le lendemain de cette intervention sur l'esclavagisme à la française, on apprenait l'existence d'esclaves dans des usines de briques en Chine. Une trentaine d'esclaves, puis une autre trentaine, puis on apprit qu'il y en avait un millier, dans la province du Shanxi. On apprit enfin l'existence d'un trafic d'enfants, kidnappés et vendus dans des usines. L'information est relayée par les médias chinois, donc on peut supposer que le gouvernement central veut sincèrement se débarrasser de ceux qui ont permis ce scandale. Sous la dynastie des Ming, cela ne les aurait pas choqué, mais aujourd'hui, l'émotion des Chinois est immense. Certains appellent à un soulèvement, d'autres expriment un profond ras-le-bol contre les « fonctionnaires corrompus », de toute part une tristesse insondable. Gardons-nous de penser que ces pratiques barbares sont spécifiquement chinoises. Nous avons prouvé amplement que nous en étions capables.
Mais toutes les protestations, sur internet et ailleurs, montrent que les Chinois – quand ils sont informés - veulent voir respecter le droit, celui même qui est écrit dans leurs lois. Cela ressemble à une lapalissade mais c'est tout simplement ce que demandent les dissidents et les prisonniers politiques, depuis toujours. C'est aussi un signe que les droits de l'homme ne sont pas qu'une déclaration officielle que les pays signent ou pas, ce n'est pas qu'une théorie, mais c'est la base de nos critères de jugements moraux, de nos valeurs, Occidentaux comme Chinois.