Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Dans le cybercafe d'ou je vous ecris, il y a un type a cote de moi que je vais denoncer a la police. Il joue a un jeu video qui donne des pulsions malsaines. Dans une ville americaine, un hero en jeans et en chemise hawaienne trottine et tue tout ce bouge. Il ne quitte jamais son flegme et, sans precipitation, il donne des coups violents a tous les gens qui ont le malheur d'etre dans le coin. Une vieille dame revient des courses ? Il lui lance un coup de pied dans la face et la zigouille par terre. Une femme fait son jogging ? Il la frappe comme si c'etait un terroriste. Tout a la main. C'est un heros dejante, un malade. L'impression de folie est rehaussee par ses coups dans le vide, au milieu de la chaussee, comme des tics nerveux de criminel enrage. La melancolie du tueur en serie. Et les gens s'affairent sur les trottoirs d'en face, sans preter attention a ce dangereux psychopathe. Et les gens surfent sur internet, dans le cybercafe, sans preter attention a cet internaute fou a lier. Moi, je m'attends a recevoir un coup de coude a tout instant, j'en tremble sur mon clavier plein de graisse et de cendre de cigarette.
A un moment donne, son heros s'acharne sur un pauvre homme a terre et baignant dans le sang. Je proteste interieurement. "Mais va-t-il s'arreter ? Mon Dieu, c'est ignoble, qu'on arrete cet internaute et qu'on le mette en prison." Il cogne l'homme deja mort avec une violence inouie. Cela a dure une bonne minute, ce qui, dans le monde virtuel, est une eternite. Puis le jeune homme a eteint le jeu d'un mouvement brusque. Il est passe a un jeu de billard virtuel.
Il avait du satisfaire sa soif de sang pour aujourd'hui.