Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Un soir que nous étions dans un lieu de perdition de la nuit shanghaïenne, je fis lire à mademoiselle Zhao une phrase du Rêve dans le pavillon rouge et en captai le son et l’image.
Il s’agit d’une phrase du premier chapitre que j’affectionne tout particulièrement :
« A dater de ce jour, le moine Vanité des Vanités, à travers la vanité discerna les apparences, des apparences déduisit l’amour, puis réintroduisit l’amour dans les apparences, et, par le discernement des apparences, prit pleinement conscience de la vanité. »
Ne me demandez pas ce que cela veut dire, je ne le sais pas plus que vous. J’aime la répétition des mots, la ténuité du propos, le mouvement de la signification qui change et glisse à chaque occurrence des concepts. En chinois, même répétition augmentée de difficultés concernant le sens des mots.
La première fois que mademoiselle Zhao eut la version originale entre les mains, elle traduisit par « sexualité » ce qui est traduit ici par « apparences ». La deuxième fois, grâce à l’aide de notes en chinois moderne, elle rectifia le tir et m’expliqua le concept comme venant du taoïsme et ne possédant pas le sens de sexualité. Il ne possédait pas non plus tout à fait le sens d’ « apparences », mais aucun autre mot français n'était clairement préférable.
Un jour qu’il fera beau, je demanderai à une jeune femme prestigieuse et magnifique de s’habiller de la manière la plus sophistiquée, la plus voyante possible, et de réciter encore cet étrange éloge des rutilances du monde.