Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Dans la librairie, quelle ne fut pas ma surprise de voir que les romans classiques allaient par quatre, mais qu’il en manquait un ?
Comme je l’ai écrit récemment, Feng Menglong avait en son temps fixé les « quatre grands livres extraordinaires » : Les trois Royaumes, Au bord de l’eau, Le voyage à l’ouest et Fleurs en fiole d’or. Or que vois-je, sur les rayons ? Les trois Royaumes, Au bord de l’eau, Le voyage à l’ouest et Le rêve dans le pavillon rouge. Les autorité on respecté le principe de l’énumération, mais ont remplacé Fleurs en fiole d’or, trop érotique à leurs yeux, par Le pavillon rouge, beaucoup plus éthéré.
C’est un contresens, encore un. La liste établie par Feng Menglong, au dix-septième siècle, avait le mérite de proposer des proses à la fois proches et contraires, une espèce d’unité de style qui couvrait des activités humaines éloignées, donnant ainsi une belle totalité de ce qu’est l’homme chinois : on y voyait l’homme faire la guerre, faire l’amour, voyager, fuir, boire et manger, se révolter contre les injustices, commettre des injustices, être loyal tout en étant infidèle, être juste et hors la loi, débauché et en voie de rectitude.
Le Pavillon rouge n’est pas un de ces classiques. Il vient après, bien après. Son style est beaucoup plus difficile, plus dense et poétique. Sa pensée est plus claire, moins contradictoire. C’est un livre moderne, qui ne provient pas de la culture archaïque, des traditions orales comme les quatre autres.
Dans le but de veiller à la moralité du peuple, le pouvoir a commis une erreur d’esthétique qui amène les Chinois à se tromper sur leur propre culture et leur propre personnalité. Quand une fille vous dit : « je suis et je reste une Chinoise…, nous les Chinois, ne sommes pas comme vous…, tu sais, les Chinois… », elle oublie que la Chine a produit de merveilleux livres immoraux, que les Chinois se sont beaucoup amusés, dans le passé, qu’ils n’ont rien à envier à l’Occident sur ce point. Que la moralité étroite et collectiviste n’a rien de chinois, que la désobéissance, la roublardise, la rouerie, la malice ont de plus profondes racines en Chine que la vertu des images pieuses.
Si l’on voulait garder le sens de l’énumération, on aurait pu employer une autre formule, qui aurait davantage marqué les esprits : 4+1. Les 4 grands livres extraordinaires et le Classique des classiques, ou quelque chose comme ça. D’un autre côté, on pourrait aussi se passer de ces énumérations.