Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
« J’ai trouvé deux femmes nordiques pour toi. »
C’était une belle entrée en matière. Mon ami pose sur la table du café une carte de visite. Le nom qui y figure est imprononçable mais mon ami m’assure que la fille est jolie. Elle parlait avec une copine, il les a abordées, leur a parlé de moi, Dieu sait pourquoi, et a obtenu de l’une d’elles une carte de visite qui m’était destinée. Il ne me reste plus qu’à prendre langue avec la Finlandaise en lui envoyant un email.
Cela me changera les idées, en effet. J’écris à la belle et nous fixons un rendez-vous.
Le jour du rendez-vous, je vois arriver une grande blonde balancée comme une Chrysler, aux longues jambes éloquentes, mais dont le visage est froid comme la pierre. Cette froideur n’a rien à voir avec le fait qu’elle est scandinave. J’ai connu des Scandinaves chaleureux, et même affables. Elle travaille dans la même université que moi, elle dirige le « Centre scandinave ». Elle m’explique un peu longuement de quoi il est question, et je me trouve l’air de plus en plus stupide face à cette femme plus jeune que moi qui a déjà tout compris des relations de coopérations universitaires entre la Chine et les pays européens.
Je m’aperçois incidemment que la France a certainement du retard dans ce domaine, comme dans la plupart des domaines. Je ne suis pas au centre des prises de décision, mais tout porte à croire que la France passe par de lourdes procédures, et ne fait rien sans l’appui où l’instigation de la machine diplomatique, tandis que les (petits) pays d’Europe du nord ouvrent des centres dans des mouchoirs de poche, communiquent en anglais sans chercher à promouvoir leur culture et leur langue, emploient des gamines de vingt-trois ans pour diriger les opérations et signent tout un tas de projets concrets qui se réalisent dans des délais très courts, sans que personne ne le sache.
Nous, nous organisons les « années croisées », l’année de la France en Chine, etc. qui n’apportent presque rien, mais qui font couler de l’encre. Eux n’utilisent plus une goutte d’encre, se faufilent dans tous les interstices des institutions chinoises et je suis sûr qu’ils attirent plus d’étudiants « d’élites » que nous.
Mais nous, que voulez-vous, nous avons encore ce côté Louis XIV, nous voudrions bien éblouir. Nous nous imaginons éblouissants, ce qui nous rend risibles, bien sûr, mais ce qui attendrit les âmes nobles. Communiquer en anglais, nous le faisons du bout des lèvres avec un fort accent. Nous sommes une nation de rois nus, un vieux peuple baroque qui prend la pose, et qui dépense sans compter pour des résultats piteux. Si nous devenons un jour un pays sous-développé, ce qu’à Dieu ne plaise, nous laisserons un souvenir contrasté, dont le bon côté sera un attachement à des valeurs perçues comme vieillottes mais qui feront rêver les Chinois dans un siècle : l’élégance et l’égalité, le plaisir, l’inutilité et la diversité politique.
Je pensais à toutes ces choses en écoutant ma Finlandaise, et je me disais : « Ce n’est pas avec ça qu’on tirera notre épingle du jeu. »