Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
On peut lire dans le Courrier International que la littérature française « a perdu son éclat international », et que le signe indéniable en est l’attribution de prix importants, cet automne, à un Américain (J. Littell), une Canadienne (N. Huston) et un Congolais (A. Mabanckou), des auteurs qui ont evidemment écrit leur livre en français. N’est-ce pas au contraire un signe de la bonne santé des lettres françaises ? De leur vivacité, de leur ouverture sur le monde ? Je ne connais pas d’autres pays où l’on traduise plus d’auteurs étrangers, à part peut-être la Suède, qui profite d’avoir les jurés du prix Nobel, pour lesquels on traduit tout ce qui a de l’importance (on ne parle jamais des traducteurs suédois, mais ils doivent représenter une proportion importante de la population… J’y pense, ils doivent avoir des facs de langues étrangères à foison, là-bas, c’est une idée, ça, pour y couler mes vieux jours…)
Mais surtout, je ne connais pas d’autres langues qui accueillent autant d’auteurs étrangers. J’en parlais avec mes étudiants en début d’année, lorsque nous évoquions la rentrée littéraire (phénomène français qui est la cible des sarcasmes de tous, mais qui a pour effet de faire connaître des livres au grand public, et, parfois, de les faire lire.) L’anglais, bien sûr, est écrit par des auteurs de pays très divers, mais c’est généralement leur langue natale (je pense aux Indiens, aux Pakistanais, aux Africains, aux Australiens), même s’il y a des exceptions (Martel, québécois, Ishiguro, japonais.) Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait avec une autre langue ce phénomène d’attirance littéraire qui amène des Chinois, des Russes, des Tchèques et des Africains à choisir le français. On me dira, c’est normal, le français leur donne une plus grande lisibilité internationale. Ah bon ? Le français et sa misérable centaine de millions de locuteurs ? Pourquoi ne choisissent-ils pas l’anglais ? Ce serait plus cohérent. Au contraire, ce sont des locuteurs des pays anglophones qui viennent écrire en français (il y a presque une tradition, avec des monstres tels que Wilde, Henry Miller, Beckett, Julien Green.) C’est proprement extraordinaire, vu le poids minuscule du français dans le domaine commercial globalisé.
Chacun ses raisons, je ne peux pas parler au nom des autres, mais ça semble indiquer que le français représente encore quelque chose de spécial dans la littérature internationale. Pour ce qui est de l’éclat, à part les Etats-Unis dont le poids économique et politique propulse ses bons (et moins bons) auteurs dans les meilleures ventes mondiales, y a-t-il un autre pays qui mettent mieux en lumière la littérature ?