Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.

Nous venons de passer la date anniversaire de la morte de Lu Xun et ça n’a ému personne. Il est mort le 19 octobre 1936, il y a soixante-dix ans. Mais qui est Lu Xun ?
C’est tout simplement le plus grand écrivain chinois du vingtième siècle. Il est reconnu comme tel par les Chinois et par les étrangers, ce qui est assez exceptionnel pour le signaler. Sa postérité est, elle aussi, exceptionnelle. Bien que militant infatigable pour la liberté et les droits civiques (ou droits de l’homme), Mao l’a toujours pris pour porte-parole de son action, si bien qu’il est aimé de tous, communistes et anti-communistes. De même, comme il luttait contre l’impérialisme des puissances étrangères et aussi contre les traditions iniques du système féodal, il est apprécié par les nationalistes xénophobes comme par les modernistes ouverts sur l’étranger.
Deux ou trois choses sur Lu Xun. Le temps où il a vécu était extraordinairement agité. Entre 1881 et 1936, il a vu le fonctionnement du système impérial, il a vécu la fin de la dynastie des Qing, la république de 1911 et les bouleversements qui s’ensuivirent. C’était une époque affreusement compliquée, les luttes étaient intestines et jaillissaient de toutes parts, les esprits étaient en feu.
Le jeune Zhou Shuren, étudiant en sciences à Nankin, puis au Japon, prit la décision de devenir homme de lettres car il voulait changer l’esprit de ses compatriotes. « La première chose à faire, écrit-il dans sa préface au recueil Cris, était de changer les mentalités et comme j’estimais que la littérature était le meilleur moyen pour y parvenir, je décidai de créer un mouvement littéraire. » C’est un autre monde, vraiment. Il prend un nom de plume, Lu Xun, et se lance dans la littérature par choix rationnel. Il est un des premiers auteurs à utiliser la langue parlée, comprise de tous. Mais comme sa culture est classique et qu’il est d’une complexion intellectuelle supérieure, il a développé un style magnifique, puissant et sombre, simple et nerveux, poignant.
Certes, ses écrits ressortissent à une littérature de combat ; ses nouvelles ont souvent un sens politique à peine caché sous des symboles évidents. Mais ils sont bien plus que cela ; même sans connaître l’histoire de Chine, ses histoires, ses récits, ses souvenirs, ses poèmes en prose sont un délice de lecture. Ses personnages sont vrais, ils débordent de beaucoup l’idée ou le symbole qu’ils sont censés incarner.
C’est la postérité de Lu Xun, le débordement. Ses textes sont plus gros que les combats qu’ils menaient et que les idées qu’ils charriaient. Sa révolte est d’actualité, en Chine et ailleurs. Qu’on s’en serve encore !