Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Cette année, c’est la poisse. Le tremblement de terre est tragiquement symbolique de l’histoire contemporaine du pays. Confrontée à tous les désagréments de ce début d’année, la population s’énervait mais ne faiblissait pas. Le tremblement de terre accable. On regarde maintenant la liste des malheurs et on se dit que c’est une malédiction qui s’est abattue sur la Chine. Les neiges de cet hiver, les accidents de train, les événements du Tibet, les manifestations sur le parcours de la flamme olympique, toutes ces choses énervaient et on avait peur que cela gâche la fête des Jeux Olympiques, mais rétrospectivement, elles prennent la forme plus générale d’un sort jeté sur le pays.
Certains devins prédisent que les J.O. n’auront même pas lieu.
Mon amie ne veut plus aller à Xian le week-end prochain, elle dit que la région serait aussi victime d’un tremblement de terre. Il faut dire qu’elle est nulle en géographie, et qu’elle peut imaginer Xian à 300 km de Chengdu (il y a deux ans, elle voyait l’Amérique et l’Australie en Europe, et le tout s’appelait selon elle : « Ouest ».) Mais cette nullité géographique la rend plus proche de la masse des Chinois qui vivent leur pays comme un lieu aussi intime que nous voyons le nôtre. Ils savent que c’est grand mais sans mesure exacte. Mon amie voit aujourd’hui l’ensemble du territoire chinois comme fébrile, fragilisé, dans l’attente d’un nouveau malheur.
Ce n’est d’ailleurs pas irrationnel : les conséquences à venir sont innombrables, les médias ne parlent que de cela et les images des décombres envahissent les écrans et les journaux. On attend les épidémies qui, paraît-il, suivent les catastrophes naturelles. On s’attend à de nouvelles mauvaises nouvelles.
On attend, on donne de l’argent, on attend, et on préfère, dans la mesure du possible, ne pas voyager.