Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Dire des phrases vides de sens, c'est aussi ce qu'on faisait à l'époque du règne de Mao. Si l'on en croit les témoignages de l'époque, la moindre phrase politique pouvait vous créer des ennuis, alors on se limitait à réciter le petit livre rouge. Aujourd'hui, je ressens des réactions de cet ordre, en particulier dans le contexte d'une université d'autant plus contrôlée qu'elle est prestigieuse, et qu'elle fournira nombre des membres de l'élite à venir. Une amie à qui je faisais part de cette hypothèse concernant l'époque maoïste, l'a reçue avec froideur et doute. Puis elle a parlé de sa famille, sans une parole de jugement : grand père emprisonné pour avoir aidé un membre du Guomintang ; père considéré de "mauvaise origine" et interdit d'université, et elle, enfin, préférant ne pas parler politique car "cela n'apporte pas de bien". Mais le vide des phrases, cela rejoint aussi le vide au centre du sage, la vision du corps et de l'être qui tournent autour d'un espace de non être, nécessaire pour laisser passer le souffle. C'est le vide au centre du bambou, plante de sagesse et de vitesse. C'est le vide au centre de la tour Jin Mao, qui donne le vertige et la grâce. Un vide qui abolit la notion de haut et de bas, d'ordre spatial. L'apparence extérieure peut être, on le voit, extrêmement puissante, ferme, confiante, conquérante, dominatrice, expansionniste, compétitive. Cela ne doit pas faire oublier le centre évidé, le centre silencieux, le centre inaccessible à la raison et à la parole.
Alors quoi ? Vous nous dites que l'absence de liberé de parole rejoint la sagesse antique des taoïstes ? On ne peut pas critiquer le gouvernement, mais ce n'est pas grave puisque la tradition philosophique disait déjà qu'il valait mieux ne rien dire.