Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Après la guerre, il va travailler au Japon en tant qu’ingénieur, il s’occupe de photos aériennes. Voilà qui en impose encore un peu plus. Moi je donnerais volontiers un mois de salaire pour avoir quelques unes de ces photos.
Il écrit un bouquin qui se passe au Japon, Une bonne partie de campagne (1924), une histoire qui a l’air d’être intéressante : un étranger poursuit une Japonaise et cherche à l’inviter à visiter une île, tandis qu’un Japonais poursuit ledit étranger pour l’accompagner sur ladite île. Une course poursuite où la politesse le dispute au désir et aux préjugés raciaux.
Il prend pour pseudonyme Thomas Raucat, inspiré par l’expression japonaise « Tomarô Ka », qui signifie : « Ne m’arrêterai-je point ici ? »
Dans son nom même, il médite sur son appartenance territoriale. Va-t-il rester et s’établir au Japon ? Son roman rencontre un joli succès et sera réédité jusqu’au 21ème siècle, en poche et chez L’imaginaire/Gallimard. Il se promène en Asie et écrit un récit de voyage, De Shanghai à Canton, publié en 1927 chez Emile-Paul. L’année suivante, il ajoute quelques textes et publie le tout chez Gallimard, sous le titre Loin des Blondes. Il s’y montre, on l’a vu, pédophile, mais aussi colonialiste drolatique. Une nouvelle commence ainsi :
« Le Mé-Kong est un de nos grands fleuves français, avec la Loire et l’Oubanghi. »
Le lecteur se demande tout de même s’il ne rigole pas, ce mystérieux ingénieur, quand il parle d’Angkor comme de l’architecture française, « aussi français que Versailles. »
Il continue : « Le peuple khmère qui le bâtit descend évidemment des Athéniens, comme nous aussi. Et Angkor est français car son sol est français. On aura beau dire que la cité d’Angkor était construite avant notre venue. Est-ce qu’il n’y a pas dans notre pays d’autres merveilles qui existèrent avant que les Français ne fussent nés : le Puy de Dôme, par exemple. » Moi, je trouve cela hilarant.
Sur un bateau, il s’engueule avec un couple d’Européens qui comparent Angkor avec Bourouboudour, un temple de Java. Thomas Raucat, ça l’horripile d’entendre ces gros blonds qui se permettent de critiquer l’architecture française. Il se laisse alors aller à un sentiment de racisme moqueur que je cite ici parce que je trouve ce paragraphe drôle :
« Tandis que Bourouboudour, quoi qu’on dise, est un monument germanique, puisqu’il se trouve à Java. Maintenant je discernais la vraie nationalité de ces deux étrangers. J’aurais parié qu’ils étaient nés à Leipzig. Et sans doute à Bourouboudour, dans une nuit de sabbat, assis sur les marches de pierre, en compagnie de walkyries, avaient-ils dû engloutir d’énormes chopes de bière, le dragon Faffner sur les genoux. »
Il finira par se fâcher définitivement avec ses compagnons de voyage, à cause d’opinions divergentes concernant les panthères. A savoir, montent-elles, oui ou non, aux arbres ? Il y a des gens qui écrivent vraiment sur n’importe quoi !
Thomas Raucat ne publiera plus rien. Personne ne sait s’il est mort. S’il est vivant, il aura cette année 114 ans. Bon anniversaire, Monsieur Poidatz.