Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Inculture géographique, en premier lieu. Il situe les grottes de Longmen « près de Nankin »… C’est comme dire que celles de Lascaux sont près de Lyon.
Inculture littéraire aussi. Les seuls auteurs qu’il cite sont Sun Zi et Zhuang Zi. Lao Zi de loin. Bo Juyi une fois. Les absences de Cao Xueqin, et surtout de Li Bai, sont incroyables. Un amoureux de Mozart ne peut laisser passer Li Bai, c’est rigoureusement impossible. Plus globalement, pas un mot des narrations et des fictions, comme si les Chinois n’avaient passé leur temps qu’à déclamer des formules obscures dans un style dépouillé. Rien sur la sagesse sexuelle des anciens Chinois, rien sur Li Yu (dont Leyris – que Sollers ignore aussi – avait traduit le célèbre roman pornographique par un très beau : Ton corps est un tapis de prière), rien sur Jin Ping Mei. Pour un érotomane comme Sollers, c’est le signe implacable qu’il est très loin de la Chine, qu’il n’en parle jamais avec ses amis, qu’il n’a pas de commentateurs qui, sur son blog, relance son intérêt et lui font découvrir des choses.
En peinture et calligraphie, il ne parle que de Shi Tao. Soit. Mais ne rien dire de Ba Da Shan Ren, c’est bizarre. Je le répète, c’est impossible. Pour ne pas rester obsédé toute sa vie par la vie et l’œuvre de Ba Da Shan Ren, il faut n’avoir aucune proximité, aucune habitude de la Chine.
Et puis il y a son rapport avec la langue chinoise. Il dit, p.107, avoir « fait deux ans de chinois ». Il l’écrit à nouveau p.173. Qu’est-ce que ça veut dire, deux ans de chinois ? Ca veut dire qu’on n’en a jamais fait, voilà tout. C’est comme les gens qui disent qu’ils ont lu tel livre quand ils avaient 17 ans : ça explique pourquoi ils ont tout oublié, mais ça interdit aux autres toute forme de mépris. D’ailleurs Sollers ajoute, p.107 : « (trop tard, et pas suffisant, il faut commencer à 8 ou 9 ans) ». A la page 173, ça change : « (trop peu, il faut commencer à 9 ans) ». C’est faux, je le dis tout de suite. Je connais des gens qui ont commencé après l’âge de 25 ans et qui ont un très bon niveau. Il dit avoir traduit les poèmes de Mao, ce qui est possible avec des gens qui expliquent chaque caractère et le sens général, et en écoutant la musique du poème plusieurs fois, car dans ce cas ce qui compte c’est l’usage du français, pas la connaissance du chinois. Il dit avoir eu en tête une nouvelle traduction de Zhuang Zi et Lao Zi, ce qui est quasiment une preuve qu’il ne connaît que très partiellement la culture chinoise. C’est le genre d’idées qu’on a dans la fièvre des débuts, quand on n’a pas idée de la complexité des choses.
Alors, il sort des preuves, et leur naïveté d’enfant est touchante. Il dit que Jean Lévi lui offre sa traduction de Zhuang Zi, dont il cite la dédicace : « Avec estime et amitié ». Vous voyez ? Même Jean Lévi m’estime et m’aime, si c’est pas une preuve que je suis aussi un spécialiste de la Chine ! Il dit que Simon Leys est aujourd’hui très gentil avec lui, loin des combats des années 70. Il oublie simplement, il occulte, que c’est Simon Leys qui s’est fait insulté à l’époque, pas lui.