Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
On y croise des jeunes gens qui parlent de leur désir de mariage, de leurs valeurs, des limites qu’ils se fixent ou que l’on fixe pour eux.
Quand on vit en Chine depuis quelques années, ces témoignages ne sont pas vraiment surprenants, et pourtant la lecture reste très stimulante. Sans doute parce que les individus restent uniques, malgré les répétitions et la banalité des rêves d’avenir.
Plus que tout, me plaît le regard scientifique de l’ethnologue, qui ne porte aucun jugement de valeur. Moi qui suis un vulgaire sage précaire, pas ethnologue pour un sou, je ne peux m’empêcher d’être navré de voir des désirs vitaux réduits à l’état de modèles préétablis, et gérés par des calculs sordides (« je dois être vierge au mariage, mais mon mari devra avoir eu une ou deux copines avant moi pour que l’un des deux ait un peu d’expérience. Il devra être ambitieux pour gagner l’argent de la famille, il devra être travailleur, etc. »)
L’ethnologue n’est pas navré par cela, car il sait que nous tous faisons ces mêmes calculs, des calculs que nous ne percevons pas, ou que nous estimons plus fins, concernant moins l’image sociale de notre partenaire que ses valeurs humaines et singulières.
Ce que j’aime dans le regard scientifique de l’ethnologue, plus que sa gentille ironie pour nos valeurs et nos croyances, c’est son indulgence pour nos travers.
La lecture de ce mémoire, cependant, m’a re-projeté dans mes amours passées et dans mes questionnements.
Je ne sais pas si je dois continuer à croire à l’amour, quand je vois autour de moi combien les gens calculent. Je veux dire un amour pur, sans évaluation de ce que représente Machin ou Machine. Un amour non sociologique. Quelque part, dans mon cœur, quand je perçois qu’un couple s’est formé sur la base d’une entente matérielle, avec du romantisme clinquant pour barbouiller tout ça, ça me donne envie de crier.
Mais l’ethnologue ne crie pas, oh non. Il laisse couler, il fait preuve de mansuétude, de componction. Il écoute ce qu’on lui dit en hochant la tête, non parce qu’il a déjà compris ce que vous lui dites, mais parce qu’il se fera un plaisir d’essayer de comprendre.
L’amour, pour l’ethnologue, pour le sociologue, c’est quoi, une construction sociale aussi ? Moi, je suis trop romantique pour accepter totalement cela. Je suis trop passionné, au fond, trop irrationnel. Je reste persuadé que dans l’amour et le désir, il reste quelque chose qui déborde toutes les constructions qui ont pour but de nous enrégimenter.