Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
A mon retour à Shanghai, j'ai montré mes images de Taiwan à mes étudiants, ainsi que quelques journaux que j'avais ramenés exprès. Pas pour leur faire envie, bien entendu, mais pour partager avec eux quelques impressions que j'ai eues là-bas. Pour tout dire, je ne suis pas certain de la pertinence pédagogique d'un tel geste, mais c'est l'essence du professorat que d'avancer dans l'incertitude.
Certains m'ont dit que les Taiwanais avaient la réputation d'être des Chinois plus traditionnels qu'eux-mêmes, ce qui est dans leur bouche un grand compliment. Le Taiwanais a donc une bonne image sur le continent.
Pourtant, ce qui m'a frappé à Taiwan, ce n'est pas la préservation de je ne sais quelle tradition (auquel cas, ce serait un mixte intéressant de pratiques japonaises, chinoises, hakkas et occidentales) que la fusion permanente de pratiques et de techniques anciennes et contemporaines.
Les arts scéniques sont de bons exemples. La pièce dont je montre des extraits vidéos était jouée dans la rue du quartier Xinyi, pour célébrer l'anniversaire d'un dieu. Les gens du quartier venaient tous les jours, et se relayaient les après midi et les soirs, pour suivre les aventures interminables des personnages mythologiques. L'événement a duré plusieurs jours, je ne sais pas combien, mais avant que je parte, la troupe était partie et les décors démontés.
Il me semble qu'on voit bien, sur les images, combien le théâtre traditionnel chinois est mélangé avec la variété taiwanaise des années 90, avec l'usage des micros, des lumières, du synthétiseur, de la batterie. Même les costumes changent d'époque, un homme porte un chapeau de cow boy sur une robe Qing, etc.
Il n'y a aucune moquerie dans ce que j'écris. La tradition doit fusionner, il n'y a rien là que de très sain, je pense, même si je préfère naturellement assister à des séances de théâtre chinois qui me paraissent plus authentiques, comme le Kunqu de la province du Jiangsu. Mais l'authenticité, la tradition, la pureté, ce sont des concepts qui méritent qu'on les examine sans complaisance.