A Nankin, une étudiante en droit m’avait dit : « Il est normal de mettre en prison quelqu’un qui dit que Taiwan a le droit à l’indépendance.
- Pourquoi ? ai-je demandé.
- Parce que c’est contre la loi. »
L’idée que l’on puisse discuter des lois ne l’effleurait pas. D’autres étudiants, à Shanghai, se sont émus que, sur une carte du monde d’un manuel français d’histoire, Taiwan ne soit pas de la même couleur que la Chine.
Je rappelle si besoin est que Taiwan est officiellement une province chinoise, mais qu’en fait, elle n’obéit pas à Pékin, qu’elle vit en autarcie, sans reconnaissance des Nations Unies, mais en autonomie, élisant son propre président tous les quatre ans, sur la base d’une alternance possible entre deux partis principaux.
Les Etats-Unis eux-mêmes ne la reconnaissent plus que comme province chinoise, même s’ils continuent de leur vendre des armes au cas où la Chine déclenche une guerre.
Car c’est un fait, Pékin est très tendue sur cette question. La chose a été dite très clairement : si Taiwan déclare son indépendance, l’armée de libération populaire devra intervenir militairement.
Or Taiwan a beau être une toute petite île, elle est très bien armée. Une guerre contre l’armée chinoise ferait très mal. De plus elle ne laisserait pas le Japon indifférent, ni les Etats-Unis. Cela escaladerait en une guerre entre les deux ou trois superpuissances actuelles, soit la première guerre mondiale du 21ème siècle. Autant dire qu’aujourd’hui personne ne veut une telle guerre, du moment que tout le monde dans la région voit une grosse croissance économique. Mais les tensions augmentent, la nervosité est palpable dans les journaux et chez les gens.
Et viendra peut-être le moment où un casus belli sera très utile pour mobiliser toute la nation autour d’une idée inattaquable (l’unité de la Chine) et contre des ennemis extérieurs, tant il est vrai qu’un ennemi commun est le meilleur moyen de régler, ou de faire oublier, les problèmes intérieurs.