Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Une odeur entêtante, saturée, qui va avec la chaleur humide. Une odeur organique, qui provient peut-être des haleines mélangées, ou d’aliments longuement cuits, une odeur impossible à décrire.
La première fois que je suis venu en Chine, je l’avais déjà remarqué mais elle n’était pas distincte de toutes les autres sensations. Les premiers jours, cette odeur ne me plaisait pas, elle me rendait malade, ou était concomitante à la maladie que j’attrapais très rapidement. Elle me coupait l’appétit. Ou était-ce la maladie qui me coupait l’appétit ? Ou le décalage horaire, ou la chaleur ?
Mais cette fois, je l’apprécie, elle est pour moi annonciatrice de bonnes bouffes, de saveurs, de langueurs.
Dans le hall des arrivées de l’aéroport, les femmes chinoises, en robe, en sandales et la peau luisante, me ramènent violemment en Chine. J’en regarde une ou deux, longuement, mes yeux ont besoin de se repaître d’elles pour imprimer durablement le changement de pays.
Je quittais Paris où il faisait moins de quinze degrés, et je suis à Shanghai où il en fait trente. Je passe à un autre mode d’existence, plus lent, plus méditatif. Il faut maintenant trouver des parades contre la chaleur et l’humidité.
L’odeur s’est manifestée très nettement encore en sortant du taxi quand je suis arrivé chez moi, mais je m’empresse de noter cette sensation car elle disparaît vite. Après ma première sieste, je ne la perçois plus vraiment et, demain, elle sera sans aucun doute parfaitement intégrée à mes sens et à mon corps. C’est-à-dire qu’elle aura disparu.