Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
En cette fin d'année universitaire, je me régale à lire les copies de mes chers étudiants. Il ne vous a pas échappé que sous ma sévérité, sous la dureté apparente de ma carapace républicaine, j'éprouve pour mes étudiants un mélange d'affection et d'admiration. Ils trouvent toujours le moyen de m'impressionner, de me faire rire, de me surprendre. Ils savent aussi me faire plaisir, je l'ai dit l'année dernière à propos des étudiants de Nankin, mais je pourrais le répéter à Shanghai.
Percevoir, à travers la lecture de leurs travaux, que de jeunes gens ont non seulement bien compris ce qu'il leur a ete enseigné, mais qu'en plus de cela ils font des efforts pour aller plus loin dans l'analyse, dans la recherche, dans l'expression, dans la réflexion, que ce qui leur était demandé de faire, c'est un motif de joie et même d'émotion, pour un professeur.
Et en Chine, le prof précaire est gâté en ce type d'émotion.
Après avoir lu de superbes mémoires sur Madame Bovary écrits par les étudiants de troisième année, des mémoires dignes d'étudiants français à mon avis, je suis en train de corriger des travaux de fin de deuxième année, concernant des peintures baroques. La concentration, l'attention, le sérieux et la joie qu'ils mettent à analyser une toile étrangère, vieille de quatre cents ans, me ravissent. Quand je lis leurs travaux, je me fous des fautes de syntaxe et de sémantique, j'ai l'impression d'être avec eux, de les voir réfléchir. Je vois leur visage et leurs gestes. J'ai envie de les remercier et de les embrasser.
Devoir mettre une note à cela me fait toujours aussi mal, mais je le fais, contraint par un système que je respecte, au bout du compte, du moment qu'il n'empêche pas mes étudiants, ces jeunes adultes, de travailler et d'éclore à des pensées nouvelles.