Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
L'autre jour, je vois sur mon bureau, posé par erreur, un mémoire de fin d'étude sur la « Monarchie constitutionnelle en France ». C'est en fait une longue fiche de lecture améliorée sur un livre de Mme de Staël, Considérations sur les principaux événements de la Révolution française.
Le mémoire est bien écrit, bien construit, mais comme de bien entendu, aucune réflexion historique qui cherche à faire contrepoids à la thèse centrale. Il n'y a pas d'antithèse dans le système scolaire à la chinoise, alors toute composition se borne à développer une thèse. Ce n'est pas un mal, nécessairement, mais ça limite considérablement le débat. Chacun sa thèse et chacun rentre chez soi.
Quelle est-elle, la thèse centrale de ce mémoire ? Que nous aurions dû faire comme les Anglais. Ces derniers avaient eu raison sur tout, alors que nous, pauvres couillons, il fallait se pincer pour croire à toutes les sottises que nous étions capables de réaliser dans notre histoire.
Après le temps du sarcasme est venu le temps de l'interrogation. Pourquoi un jeune Chinois, en 2007, écrit-il sur Mme de Staël et sur ce thème de la monarchie constitutionnelle, qui, me semble-t-il, n'intéresse personne ? (Si, peut-être quelques Anglais conservateurs et obsédés par la France au point de chercher constamment à prouver son infériorité.)
Une phrase, à la fin, m'a mis la puce à l'oreille : « La monarchie constitutionnelle aurait été la meilleure issue de l'ancien régime (…) elle aurait pu servir de dernier frein à la précipitation de la France au despotisme ; elle aurait pu délivrer la France de troubles intérieurs et d'invasions étrangères. »
Relisez cette phrase en remplaçant « France » par « Chine », et « monarchie constitutionnelle » par « Empire constitutionnel », ça tient merveilleusement bien et ça éclaire d'une lumière très crue l'histoire du 20 ème siècle chinois. Peut-être y a-t-il en Chine une nostalgie de la figure de l'Empereur, regardé comme unique légitimité reconnue par tous, à la différence d'un parti communiste et une administration tentaculaire auxquels le peuple peine à faire confiance. (C'est une question que je pose, de mon côté je n'ai jamais entendu parler de Chinois ayant cette nostalgie.)
Alors, était-ce un mémoire crypté ? Une critique de l'histoire chinoise déguisée en critique de l'histoire de France ? Rien n'est moins sûr, mais cela rend la lecture plus piquante, et ce serait un honneur pour nous que d'être encore un objet de « débats prétextes » pour des réflexions contemporaines et dangereuses.