Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Comme ce sont des mots à la mode, on les emploie fréquemment et peut-être avec excès. Je lis un article sur la marche à pied, et cette pratique devient sous la plume de l’un ou de l’autre un acte de transgression dans une époque tournée vers la machine, la vitesse et le virtuel. Inutile de préciser que cela ne me satisfait pas beaucoup. Pourquoi prendre l’avion ou voyager en voiture serait moins transgressif ? Et pourquoi prendre ces anodins périples pour des actes politiques ?
Néanmoins, il y a quelque chose à creuser, à filer, dans cette idée du marcheur hors-la-loi. Ce n’est pas le moyen de transport qui compte, c’est le rapport au territoire, le fait de ne pas l’habiter de la manière qui a été prévue et voulue par les forces de l’ordre. En ce sens, je comprends mieux l’étonnement des gens quand je leur disais que je comptais dormir dehors, ou que j’avais dormi dehors. Ils y voyaient en premier lieu quelque chose d’interdit, puis, après coup, quelque chose de dangereux. Le danger potentiel de bêtes sauvages - une Chinoise m’avait parlé de tigres, à propos d’une balade dans une montagne de l’Anhui - ou le danger général, imprécis, de toute action qui s’écarte des sentiers battus.
Alors, je vais recommencer très bientôt à braver l’interdit. L’île de ChongMing, dans le delta du Yangtzi, au nord de Shanghai, est connue entre autres choses pour être une réserve naturelle et une plaque tournante d’oiseaux migrateurs de première importance. L’accès aux territoires en question y est interdit, pour le coup, officiellement. Mon prochain projet sera donc de m’y rendre avec un hamac, car le lieux est plus proche d’un marécage que d’un sous bois, et d’y dormir muni d’une paire de jumelles pour observer les piafs à l’aube, au nez et à la barbe des autorités compétentes.