Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Mademoiselle Zhao est passablement déçue par les hommes.
Elle dit vouloir rompre mais veut rester honnête. Elle ne veut pas faire de mal à son petit gars, donc n’ose pas, mais d’un autre côté elle ne le supporte plus et rentre tard, rejette tout contact avec lui. Elle se plaint de son attitude pressante et évoque sa jalousie pour justifier son attitude ambiguë vis-à-vis de lui. Elle me parle de tout cela et me demande des conseils. Je lui dis : « Tu veux un conseil, un avis indépendant, ou tu veux juste entendre dire des paroles qui vont dans ton sens. Tu veux que je te dise ce que je pense ou que je te dise ce que tu voudrais entendre ? » Elle veut une opinion franche.
Alors, moi, vois-tu, j’ai vécu les deux situations. Il m’est arrivé de rompre et de faire face à des colères hystériques que je n’avais pas prévues. Ou au contraire de faire face à des silences déçus et stoïques, des filles mieux que moi sous tous rapports et qui murmuraient : « J’ai dû faire ou dire quelque chose de mal. » C’est à vous mettre le cœur en miette.
J’ai aussi connu la rupture de l’autre côté de la barrière, des femmes qui n’osaient pas rompre clairement et qui, soit me trompaient, soit laissaient pourrir notre histoire (et mon état mental avec), option qu’a choisi mademoiselle Zhao, visiblement.
Mon conseil est donc d’une simplicité absolue, une simplicité dure et grave. Du moment que tu sais que cette histoire n’a pas d’avenir, tu dois rompre franchement en prenant toute la responsabilité de l’échec de votre histoire. Attends-toi à recevoir des reproches, des insultes, du mépris, de l’incompréhension, et accepte tout. Ne cherche pas à être aimée au moment où tu déclares précisément que tu n'aimes plus. N’essaie pas de lui faire admettre, ni même de sous-entendre qu’il est aussi un peu responsable de la rupture. C’est toi qui veux rompre, c’est toi qui, par ce geste, obtiens ce que tu désires, donc c'est à toi d'être magnanime. Tu es libre, ne cherche pas en plus à être comprise de la personne dont tu te libères. C’est un prix à payer, la haine que tu risques de voir exprimer à ton égard, un prix à payer assez léger compte tenu que pour toi, c’est un mauvais moment à passer, alors que pour lui, ce sera des semaines et des mois de déprime, de dégradation intérieure de l’image qu’il se fait de lui-même, de perte de confiance, de cuites avec des copains plus ou moins compréhensifs, de solitude, que sais-je ? d'activité sexuelle désordonnée et vénale.
Conclusion : pour rompre sans être détesté, il faut rompre nettement, avec le tranchant du boucher de Zhuangzi, sans avoir peur d’être détesté.