Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.

On entend souvent ce lieu commun, ces temps-ci : « Les Chinois sont plus libres maintenant qu’il y a vingt ans. » On veut dire par là qu’il y a du progrès au niveau des droits civiques et qu’il ne faut pas trop en demander à un régime politique qui fait déjà beaucoup d’efforts pour le bien-être des Chinois.
Le problème est que c’est faux. Il y a vingt ans, nous étions en 1987, beaucoup d’écrivains et de penseurs publiaient des choses qu’ils ne pourraient plus publier aujourd’hui. Gao Xingjian travaillait dans son pays, à l'époque. Il y a un gouffre entre la Chine des années quatre-vingt et celle de la période post Tienanmen. Ce lieu commun est donc plus utile qu’il n’y paraît pour le pouvoir. Non seulement il dit que la Chine est sur la voie de la libération, mais aussi que les années quatre-vingt étaient rétrogrades, oppressantes, etc. On colore une période de respiration en noir et on la confond avec la Révolution culturelle.
Mais admettons. Admettons qu’il y a vingt ans, à part une élite intellectuelle, les Chinois dans leur ensemble étaient moins libres (et comment le mesurer ?)
Dans ce cas, je réponds que les Chinois sont moins libres maintenant qu’il y a 70 ans, ou 80 ans. Il faut lire ce que les gens écrivaient dans les années 1915, 1920. Une littérature combative, engagée et poétique faisait fureur. Le héros de cette littérature, Lu Xun, n’avait pas de mots assez durs pour son pays, dont il critiquait vertement le régime de l’époque. Personne, aujourd’hui, ne pourrait s’exprimer sur ce ton, tout en étant professeur d’université. La vie n’était pas facile, il y a 80 ans, elle était moins sécurisée, elle était plus précaire, mais les individus étaient plus libres d’exprimer et de publier des opinions et des styles d’écriture nouveaux.