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Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.

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Méditer 89

Que les Chinois n’aient pas le droit de discuter de leur histoire récente, au fond, qu’est-ce que ça peut faire ? Pourquoi ça vous dérange ? Parler du passé, à quoi ça sert, etc.

Un truc me chiffonne dans le silence imposé : ne pas parler du massacre de la place Tienanmen interdit de penser à l’année 1989 dans son ensemble. Or, l’expression galvaudée « année charnière » s’applique à 1989 avec une intensité remarquable, et méditer sur les événements de cette époque devrait être un devoir d’historien et de citoyen pour essayer de lire le présent.

Avec la chute du mur de Berlin, et la désagrégation à venir de l’empire soviétique, c’est l’ensemble de la planète qui était pris d’une espèce d’optimisme pour l’avenir. Vous vous souvenez ? Les gens pensaient à une mondialisation qui était à l’époque synonyme de générosité et de communication. Un angélisme un peu cucul étreignait les groupes de hard rock qui composaient des berceuses pour des temps futurs -Wind of change de Scorpion, pour ne parler que d’eux. Mandela sortait de prison début 90 et l’Afrique du Sud se débarrassait du régime de l’Apartheid. En France, nous fêtions le bicentenaire de la Révolution et la fraternité était la valeur la plus prisée, celle qu’on voulait voir progresser dans les faits.

A cette époque, pas si lointaine, le monde entier croyait que tout irait mieux. L’article le plus symptomatique de 1989 : La fin de l’histoire de Fukuyama, dans lequel il prédit que le libéralisme et la démocratie allait s’étendre et s’imposer partout, et que la paix finirait par régner. C’était la fin de l’histoire au sens de conflits majeurs entre blocs opposés ; les conflits allaient devenir locaux et leurs solutions iraient dans le sens de l’établissement d’une démocratie universelle

Et les Chinois s’y mettent ! Aujourd’hui, ce serait rigoureusement impensable, mais les Chinois s’organisent et manifestent pour réclamer des droits ! En mars, les Tibétains se rebellent : Le gouverneur de la province, un certain Hu Jintao (devenu depuis président du pays) écrase la révolte avec une brutalité inouïe. D’avril à juin, les étudiants, bientôt rejoints par des travailleurs, se sentent poussés par le même « vent de changement » qui souffle sur le reste du monde. Ils ne veulent pas faire la révolution, ils réclament quelques droits. Le gouvernement envoie l’armée.

Le régime en place rappelait que le peuple chinois était sa propriété et qu’il entendait en user comme bon lui semblait.

Pendant que nous, sous l’ère Clinton, nous nous laissions bercer par l’optimisme, la Chine se préparait à vivre d’autres temps, où les relations internationales ne seraient plus dirigées par le droit, mais par la force. Nous y sommes.

 

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