Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
L’autre jour, en plein après midi, CCTV5 rediffusait pour la nième fois la finale de la Coupe du monde, France – Italie. Je regarde toujours ce match avec plaisir et frisson. C’était une bonne finale. Les quinze dernières minutes sont dignes d’un grand film palpitant, je ne m’en lasse pas. Les joueurs français, vieux et discrédités, font pression sur les fringants Italiens épuisés, à bout de ressource, et qui ne peuvent plus que défendre. Le coup de boule incompréhensible de Zidane qui stupéfie les commentateurs chinois. « Wei shen me ? ». Même réduits à dix joueurs, les Français continuent d’être les plus présents. J’éteins la télé à la fin du temps réglementaire et ne regarde pas la séance des tirs au but.
J’aime beaucoup regarder des matches de football dont je sais déjà le résultat. J’aime cela car je ne regarde pas un match sous un angle évènementiel, mais avec une optique esthétique. La question n’est pas : quel score va-t-il y avoir, et quel degré de joie ou de tristesse ce score va-t-il me procurer ? Le plaisir du spectateur vient de cette autre question : comment cette trentaine d’individus (en comptant les remplaçants, les entraîneurs et les arbitres) vont-ils arriver à ce résultat ? La connaissance du score à l’avance permet de mieux regarder la partie. Comme un film policier où l’on connaît déjà le meurtrier, le match sans suspens devient un déroulement sportif intéressant pour lui-même. On se concentre sur l’essence du football, les gestes techniques, les dispositifs tactiques, les espaces créés, les espaces fermés, les profondeurs de champs, le mouvement des lignes (je vous le dis, c’est éminemment artistique, si l’on prend du recul.)
Alors, comme pour le cinéma, on aurait besoin de voir les matchs du passé, les grands rendez-vous dont nos aînés parlent avec des sanglots dans la voix. La finale Hollande – Allemagne en 1974, le Brésil de 1970, les poteaux carrés de St Etienne – Liverpool. Pour se faire une vraie culture, nous avons besoin de pouvoir analyser des matchs entiers, de voir organiser des rétrospectives, des cycles (par exemple, « les grands matchs de Platini » à voir dans des cinémas, en alternance avec « les plus beaux films de Jean Gabin »), des conférences, des tables rondes…
De même que je me sentirais très pauvre si je ne pouvais pas avoir accès aux livres des siècles passés, aux films d’avant ma naissance, de même je suis un inculte de ne pas connaître mes classiques. J’attends donc que les médiathèques modernes nous permettent de visionner les grands classiques de l’histoire du foot.
En attendant, profitons des programmations bizarres des chaînes chinoises qui rediffusent n’importe quand des Arsenal – Chelsea et des France –Italie.