Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Mencius a une entrevue avec le roi Xiang de Liang.
« Il m’a demandé abruptement : « Comment l’empire peut-il trouver la stabilité ? »
Je lui ai répondu : « Il la trouvera dans l’unité. »
- Qui pourra réaliser cette unité ?
- Celui qui ne prend pas plaisir à massacrer les hommes. »
Cette phrase de Mencius, je l’avais lue il y a longtemps et elle ne m’avait pas frappé. Aujourd’hui, elle m’obsède. Les jeunes Chinois préfèrent penser à autre chose, mais c’est ancré dans leur culture, dans leur sagesse antique. Mencius, philosophe du IVème siècle avant JC, contemporain probable des grands taoïstes, et « héritier spirituel » de Confucius (Anne Cheng), écrit à un moment de l’histoire où les royaumes en présence se combattent. De cette rivalité, Mencius tire argument : les habitants pouvaient passer d’un royaume à un autre, préférer la loi de l’un ou l’autre, et ainsi donner le plus de puissance au gouvernant le plus humain :
« Or, parmi les meneurs d’hommes aujourd’hui, il n’en est pas un qui ne prenne plaisir à massacrer. S’il s’en trouvait un seul qui n’y prît pas plaisir, alors le peuple de l’empire tout entier se retournerait et tous les regards convergeraient sur lui. »
Est-ce que Mencius est enseigné à l’école ? Ses textes sont-ils vénérés comme le sont ceux de Confucius ? Ce sont des questions que je poserai le moment venu. Anne Cheng (Histoire de la pensée chinoise, point essais, p.166) affirme que l’influence de Mencius est perceptible dans toute l’histoire de Chine, jusqu’au mouvement de contestation de 1989. Mouvement que le régime avait « pris plaisir » à massacrer.
La place du peuple, chez Mencius, est centrale. Il n’élit pas le souverain, mais il l’adoube, en quelque sorte. Et il lui est permis de le renverser, si le souverain n’est plus digne du mandat que le Ciel lui a conféré. Cela sent suffisamment le souffre pour que le ministère de l’éducation étende discrètement une couverture ouatée sur la pensée et le texte original du vieux philosophe qui décrit en ces termes l’influence que produirait un souverain humain sur le peuple :
« S’il en était ainsi, le peuple viendrait vers lui, pareil à l’eau qui coule naturellement vers le bas. Et quand l’eau tombe à flots, qui pourrait s’y opposer ? »