Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.

Les Français qui habitent en Chine rentrent chez eux pour les fêtes. Sauf moi, et quelques autres, qui n’ont pas de vacances. Je suis allé à un déjeuner d’adieu chez des copains sur le point de rentrer chez eux. Ils avaient des instruments de musique, guitares, basse, percussions. Nous avons fait de la musique de salon, c’était réjouissant pour nous. Pour les voisins, je ne sais pas.

Mes amis ont l’habitude de répéter ensemble, donc quand ils m’ont mis une guitare entre les mains, je me sentais porté par leur savoir faire, leur entente. C’est merveilleux la musique de groupe. Sur un morceau, vous faites une série d’accords simples, en boucle, et par la grâce de l’ensemble, vous vous retrouvez au milieu d’une réalisation harmonieuse, aérienne. Vous vous sentez transporté.

Ils ne s’en sont pas rendu compte, mais ils m’ont fait un très beau cadeau de noël en m’accompagnant sur des chansons que je chante habituellement seul, sur des mauvaises guitares. Les solos de Marc (un prénom évocateur pour un fan de Tom Waits comme moi, et des rifs de Marc Ribaut) transfiguraient ma voix. A la moindre de mes inflexions vocales, au moindre changement d’intensités de mes gratouillements, il répondait par les notes qu’il fallait, celles, inespérées, qui donnent du souffle à la chanson. Ce garçon est un maître dans l’improvisation. Le temps d’un après-midi, je me suis cru musicien. Ce n’est pas une mince illusion.
A la nuit tombée, j’ai traversé la ville à vélo en état de lévitation. Arrivé chez moi, j’ai repris ma guitare. J’avais mal aux doigts, ma guitare était moche, ses cordes étaient sales, je n’en sortis qu’un bruit de casseroles, le charme était rompu.
