Des mini-reportages sur les façons de vivre, de penser, d'étudier, d'aimer en Chine. Des petits billets pour montrer une Chine plurielles, diverses et contradictoire.
Beaucoup d’activités culturelles, ces temps-ci, pour les francophones. En quelques jours, des conférences de Peeters sur Tintin, de Lauzat sur Bouvier, des concerts, des anniversaires, des danseuses françaises, des bouffes avec des copains, des boîtes de jazz et une chanteuse australienne. Et ce soir, une lecture de L’expulsé.
Un acteur français et une artiste chinoise nous ont fait la lecture. Ce n’est pas désagréable que les langues alternent, même si on comprend mal l’une des deux langues. Ca laisse le temps de faire décanter ce qu’on vient d’entendre, et quand les phrases sont drôles, ça rallonge le rire, ça nous en donne en rab. En l’occurrence, L’expulsé est tellement comique, de bout en bout, tellement pétri de drôlerie, passant d’une scène burlesque à un mot d’esprit, d’un paragraphe d’humour noir à ces questions hilarantes dont l’humour est inexplicable. Quand le narrateur est jeté par terre et qu’on lui envoie son chapeau à la figure, comment qualifier cette sorte de comique : « Comment décrire ce chapeau ? Et pourquoi ? »
La plupart des choses qui nous font rire, on ne sait pas pourquoi elles nous font rire. C'est très gênant quand on voudrait communiquer notre amour de Beckett à des jeunes gens de bonne volonté qui nous avouent ne pas l'aimer. Comment faire passer ça :
« Mais je ne crois pas exagérer en disant que j’étais dans la force de l’âge, ce qu’on appelle je crois la pleine possession de ses facultés. Ah oui, pour les posséder je les possédais. »
Alors, bien sûr, on peut toujours critiquer les comédiens, ils sont toujours en dessous du texte, dans ces cas-là. La phrase que je viens de citer, l’acteur ne l’a pas dite comme il fallait à mon goût, mais peut-on en vouloir à un acteur ? Au final, il ne s’en est pas trop mal tiré. Rendons-lui hommage, ce n’est déjà pas si mal qu’il ait osé s’y coller. Moi, quand je serai vieux, ce serait un de mes souhaits, lire des textes de Beckett dans des bibliothèques publiques, mais il faudra que je travaille beaucoup. Et puis il vaut mieux être vieux, à mon avis. C’est plus beau avec une voix de vieux.
Cela me fait penser à cette phrase… mais il faudrait se le répéter en boucle, le texte entier, et n’en avoir jamais assez. Allez, je vous cite la fin de la nouvelle, rien que pour le plaisir :
« L’aube poignait à peine. Je ne savais pas où j’étais. Je pris la direction du levant, au jugé, pour être éclairé au plus tôt. J’aurais voulu un horizon marin, ou désertique. Quand je suis dehors, le matin, je vais à la rencontre du soleil, et le soir, quand je suis dehors, je le suis, et jusque chez les morts. Je ne sais pas pourquoi j’ai raconté cette histoire. J’aurais pu tout aussi bien en raconter une autre. Peut-être qu’une autre fois je pourrai en raconter une autre. Ames vives, vous verrez que cela se ressemble. »